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« L’Eglise n’a pas peur de l’Histoire » : le pape François ouvre les archives sur Pie XII

Les archives secrètes du Vatican contiennent des fonds importants et variés provenant des Congrégations et des Bureaux de la Curie romaine, ainsi que des dépôts de familles patriciennes romaines et, depuis 1660, la correspondance de la Secrétairerie d’État du Vatican.

Le pape François a autorisé l’ouverture des archives secrètes du Vatican sur le pontificat de Pie XII, comme nous le rapporte l’AFP dans une dépêche… pour le moins controversée.

« Afin de pouvoir faire la lumière sur l’action de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale, le pape François a annoncé, lundi 4 mars, que les archives secrètes du Vatican sur son pontificat (1939-1958) seraient ouvertes en mars 2020, ce que de nombreux chercheurs réclament depuis plusieurs années“, annonce l’AFP dans une dépêche reprise dans de nombreux médias. « J’ai décidé que l’ouverture des archives du Vatican pour le pontificat de Pie XII aurait lieu le 2 mars 2020, au 81e anniversaire de l’élection d’Eugenio Pacelli à la papauté »a déclaré le pape en recevant les archivistes du Saint-Siège.

Pour l’Agence France Presse (AFP) – et de nombreux journalistes – le pontificat de Pie XII est “controversé”, en raison d’un prétendu “silence”, compris comme “une complicité passive”… (lire notre article à ce sujet). Silences que le pape François lui-même avait déclaré ‘utiles’ (lire ici), Pie XII ayant sauvé 11.000 Juifs romains (lire ici). Citons aussi, par exemple, le Grand Rabbin de Roumanie, qui avait estimé à 400.000, les juifs de Roumanie sauvés de la déportation par l’œuvre de St Raphaël organisée par Pie XII… (lire ici).

« L’Eglise n’a pas peur de l’Histoire »

« L’Eglise n’a pas peur de l’Histoire », a affirmé François, en rappelant que Pie XII s’était retrouvé à la tête de l’Eglise « en un moment parmi les plus tristes et sombres du XXe siècle ». « J’assume cette décision (…), sûr que la recherche historique sérieuse et objective saura évaluer sous sa juste lumière, avec les critiques appropriées, les moments d’exaltation de ce pape et, sans doute aussi les moments de graves difficultés, de décisions tourmentées, de prudence humaine et chrétienne », a-t-il ajouté.

« Diplomatie cachée mais active »

Ces décisions « pourront paraître à certains comme une réticence et furent en fait des tentatives (…) de maintenir, dans les périodes de ténèbres les plus profondes et de cruauté, la petite flamme des initiatives humanitaires, de la diplomatie cachée mais active », a assuré le pontife argentin, précise encore l’AFP.

De nombreux Juifs ont félicité Pie XII pour son action pendant la guerre

Mais, ce que l’AFP passe totalement sous silence, c’est que de nombreux Juifs ont félicité Pie XII pour son action pendant la guerre. En effet, immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale et durant les années qui ont suivi, des centaines de manifestations d’estime envers Pie XII ont été apportées à son égard de la part des plus hautes autorités d’Israël depuis Mme Golda Meir et le Grand Rabbin de Jérusalem, jusqu’au Grand Rabbin de Rome, Elio Toaff (lire notre article).

Une pièce de théâtre et un film… controversés eux aussi !

En 1963, en pièce de théâtre, Le Vicaire, du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, dresse un réquisitoire contre Pie XII, créant ainsi de toutes pièces une légende noire. Ce que ne dit pas non plus l’AFP à ce sujet, et comme on l’apprendra plus tard, il s’agissait en réalité d’une opération du bloc soviétique pour déstabiliser l’Eglise catholique, sous le nom “opération siège n°12”, donné en référence aux douze Apôtres. Thèse qui sera reprise en 2002 par le réalisateur d’obédience communiste Costa-Gavras, dont la société s’appelait K.G. production, en hommage au KGB, et qui déclara, pour son film, n’avoir pas voulu s’embarrasser d’historiens… L’affiche du film, amalgamant honteusement la croix nazie et la croix du Christ, fut réalisée par Oliviero Toscani, qui fut le célèbre auteur des campagnes de pub sulfureuses et polémiques de Benetton (lire notre critique à la sortie du film).

Depuis lors, comme le rappelle l’AFP, “« des organisations juives ont dénoncé comme une forme de complicité passive l’attitude de Pie XII face à la Shoah. Alors que ses successeurs Jean XXIII (1958-1963), Paul VI (1963-1978) et Jean Paul II (1978-2005) ont été canonisés, le procès en béatification de Pie XII, relancé en 2009 par Benoît XVI, est depuis au point mort.»

« Pour beaucoup d’historiens, poursuit l’AFP, il aurait dû condamner bien plus fermement le massacre des juifs mais ne l’a pas fait par prudence diplomatique et pour ne pas mettre en péril les catholiques dans l’Europe occupée. » Elle ajoute cependant : « Une pièce de théâtre de 1963, Le Vicaire, du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, adaptée dans le film à charge Amen du Grec Costa Gavras en 2002, a largement contribué à cette image d’un pape lâche. D’autres historiens assurent en revanche qu’il a sauvé des dizaines de milliers de juifs italiens en demandant aux couvents de leur ouvrir leurs portes. »

Notre avis : l’ouverture des archives permettra de faire toute la lumière sur ces heures tragiques de notre histoire en toute objectivité historique. Tous ceux qui cherchent la vérité historique ne peuvent que s’en réjouir, qu’ils soient historiens, journalistes, ou simples curieux : affaire à suivre…

Le pape François prend la défense de Pie XII

Comme le rapporte Radio Vatican, ce matin au Vatican, à Sainte Marthe, le pape François a pris la défense de Pie XII en ces termes :

« En pleine guerre, combien de personnes on prit des risques, à commencer par Pie XII, pour cacher des juifs, afin qu’ils ne soient pas tués ou déportés. Ils risquaient leur peau ! Mais c’était une œuvre de miséricorde de sauver la vie de ces gens, de risquer. »

Sur son blog, le Suisse Romain, un prêtre licencié en communication de l’Université pontificale Sainte Croix à Rome, explique :

« Comme me l’a confié un expert de la communication du Saint-Siège, le pontificat du Pape François est absolument providentiel pour l’image de l’Eglise catholique. Le fait d’avoir comme décentrer l’ample message de l’Eglise, autrement dit en mettant d’avantage en lumière son message sur les réfugiés, les pauvres, les petits ou encore l’écologie humaine, permet au Pape de rappeler en tant opportun des grandes vérités. » Et d’ajouter : « nous pourrions peut-être voir dans un proche avenir la béatification de Pie XII. Le contexte polémique, largement alimenté par certains grands médias, rend encore cette initiative presque impossible. L’opinion publiée monterait au créneau. »

Souvent stigmatisé à tort comme étant soit-disant « controversé », Pie XII a fait l’objet d’une légende noire mise en place par le KGB pour discréditer la parole de l’Eglise, et démontée depuis par de nombreux historiens. Comme l’explique par exemple Jean Sévillia sur ce récent article de notre blog, « pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill, ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs. Dans la mesure de ce qu’il savait, Pie XII a parlé. Dans la mesure de ce qu’il pouvait, il a pris des initiatives. Il l’a fait selon les contraintes de l’époque, et selon sa nature ».

A commencer le discours de Noël 1942 (- occulté par le film Amen de Costa-Gavras qui, en 2002 a repris a son compte la légende noire, donnant malgré lui naissance à ce blog de réflexion historique -) où Pie XII évoquait les « centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive », bien compris à l’époque, y compris par les nazis, comme une condamnation de la persécution contre les juifs.

Le pape François estime utile les ‘silences’ de Pie XII…

…pour que ces “silences” ne tuent pas davantage de Juifs !
Pape François

Le 12 juin 2014, un jour après la prière pour la paix avec les présidents d’Israël et de Palestine, le pape François a accordé une interview au journal espagnol “La Vanguardia” dans laquelle il revient sur le rôle de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale. Extraits choisis avec d’autres passages sur le judaïsme.

Pourquoi est-il important pour tout chrétien de visiter Jérusalem et la Terre Sainte ?

Pape François : A cause de la Révélation. Pour nous, tout a commencé, là-bas. C’est comme « le ciel sur la terre », une avance de ce qui nous attend dans l’au-delà, dans la Jérusalem céleste.

Vous et votre ami le rabbin Skorka, vous vous êtes donnés l’accolade en face du mur des Lamentations. Quelle importance a eu ce geste pour la réconciliation entre les chrétiens et les Juifs ?

Au Mur, se trouvait aussi mon bon ami le professeur Omar Abu, président de l’Institut du Dialogue interreligieux de Buenos Aires. J’ai voulu l’inviter. C’est un homme très religieux, père de deux enfants. Il est aussi l’ami du rabbin Skorka et je les aime tous les deux énormément, et j’ai voulu que cette amitié entre les trois soit comme un témoignage.

Vous m’avez dit il y a un an que « dans chaque chrétien, il y a un Juif » ?

Peut-être que le plus correct serait de dire que « vous ne pouvez pas vivre votre christianisme, vous ne pouvez pas être un véritable chrétien, si vous ne reconnaissez pas votre racine juive ». Je ne parle pas de Juif dans le sens sémitique de race mais dans le sens religieux. Je crois que le dialogue interreligieux doit approfondir cela, la racine juive du christianisme et dans la floraison chrétienne du judaïsme. Je comprends que c’est un défi, une patate chaude, mais on peut faire comme des frères. Je prie tous les jours l’office divin avec les psaumes de David. Les 150 psaumes nous les passons en une semaine. Ma prière est juive, et ensuite j’ai l’eucharistie, qui est chrétienne.

Comment voyez-vous l’antisémitisme ?

Je ne saurais expliquer pourquoi il existe, mais je crois qu’il est très lié en général, et sans que cela soit une règle fixe, à la droite. L’antisémitisme a l’habitude de mieux se nicher dans les courants politiques de droite que de gauche, n’est-ce pas ? Nous en avons même qui nient l’holocauste : une folie.

Un de vos projets est d’ouvrir les archives du Vatican sur l’holocauste.

Ils apporteront beaucoup de lumière.

Quelque chose que l’on pourrait découvrir vous préoccupe-t-il?

Sur ce sujet ce qui me préoccupe c’est la figure de Pie XII, le pape qui était à la tête de l’Église pendant la Seconde Guerre Mondiale. On a tiré à boulets rouges sur le pauvre Pie XII. Pourtant il faut se rappeler qu’avant on le voyait comme le grand défenseur des Juifs. Il en a cachés beaucoup dans les couvents de Rome et d’autres villes italiennes, et également dans la résidence estivale de Castel Gandolfo. Là-bas, dans la chambre du Pape, dans son propre lit, sont nés 42 bébés, des enfants de Juifs, et d’autres persécutés qui étaient réfugiés là-bas. Je ne veux pas dire que Pie XII n’a pas commis d’erreurs – moi-même j’en commets beaucoup – mais son rôle il faut le lire selon le contexte de l’époque. Qu’est ce qui était le mieux, qu’il ne parle pas pour qu’ils ne tuent pas plus de Juifs, ou qu’il parle ? Je veux aussi dire que parfois cela me donne un peu d’urticaire quand je vois que tous s’en prennent à l’Église et à Pie XII et qu’on oublie les grandes puissances. Savez-vous qu’elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire des nazis pour amener les Juifs jusqu’aux camps de concentration ? Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé ces voies de chemin de fer. Pourquoi ? Il serait bon que nous parlions un peu de tout.

 

NB : L’Argentine, d’où est issu le pape, est le pays d’Amérique Latine qui compte la communauté juive la plus importante. Au début du XXème siècle et dans la période de l’entre-deux-guerres, des juifs d’Europe sont partis là-bas pour les raisons que l’on sait de l’antisémitisme européen mais aussi pour répondre au projet de création de « fermes juives » initié par le baron allemand Maurice Hirsch qui avait, au 19ème siècle, acheté des terres dans ce but. L’Argentine faisait alors partie de ce que l’on appelle les projets d’ex-territorialisation avec la Crimée et bien sûr le Birobidjan, même si ces deux derniers cas se situaient dans un autre contexte. Le projet agraire n’a pas réellement réussi mais les familles juives sont restées en Argentine et la communauté est aujourd’hui importante. Depuis plusieurs décennies le dialogue entre juifs et catholiques y est très vivant et le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François, a toujours été attentif et très présent aux rencontres, aux partages spirituels et aux actions communes.