Une pièce sur Etty Hillesum, victime de la Shoah

Etty HillesumConnaissez-vous Etty Hillesum, morte à Auschwitz en 1943 ? La jeune actrice Helena Sadowy prépare un spectacle mettant sa vie en scène, grâce aux écrits bouleversants laissés par cette victime de la Shoah. Interview.

Pie XII.com : En quoi consiste votre projet théâtral ?

Helena Sadowy : Il y a trois ans, j’ai assisté à un spectacle mettant en scène les écrits d’Etty Hillesum ; j’étais choquée par le manque d’engagement des comédiens vis-à-vis du texte incroyablement puissant de cette jeune femme. J’avais envie de me lever pendant la représentation et de crier : “C’est un scandale ! Vous êtes en train de parler de millions de Juifs qui ont péri dans les camps! Prenez-vous la mesure de ce qui s’est passé ?”. En sortant de la salle, j’ai pensé : “Il faut absolument que QUELQU’UN monte ce texte en lui donnant sa vraie profondeur !” Et un an plus tard, cela s’est transformé en : “Il faut absolument que JE monte ce texte !” 😊

J’ai donc sélectionné une heure de texte dans les quelques trois-cent pages d’Une vie bouleversée, recueil des écrits d’Etty Hillesum regroupant son journal rédigé entre 1941 et 1943, et les lettres qu’elle a envoyées depuis le camp de Westerbork. Il s’agit à présent de porter la voix d’Etty, seule en scène, pendant un peu plus d’une heure, avec toute l’honnêteté et l’engagement que ce texte requiert. Pour ce faire, je suis accompagnée d’une amie et metteuse en scène, Véronique Ebel, qui me guide de son regard pertinent et exigeant, pour rester la plus fidèle possible aux mouvements intérieurs de cette jeune femme hors du commun de 28 ans.

– Etty Hillesum : pourquoi avoir choisi cette figure ?

Il me paraît crucial de nos jours de faire entendre sa parole porteuse d’une réelle espérance. Pas d’un espoir en toc comme “ça ira mieux demain!”, car Etty n’était que trop consciente que les menaces extérieures iraient en s’empirant. Mais une vraie espérance qui trouve sa source dans la bonté de la vie. Elle passe au travers de la cruauté de cette période infernale en nourrissant une vie intérieure de plus en plus riche. Cette vraie liberté intérieure se maintiendra jusqu’au bout, et ce malgré les circonstances de plus en plus effroyables que l’on connaît.

– En deux mots, que pouvez-vous nous dire d’elle ?

Esther (Etty) Hillesum est née en janvier 1914 aux Pays-Bas dans une famille de tradition juive. Femme sensible et passionnée, elle éprouve un profond mal de vivre et cherche un sens à sa vie. En février 1941, elle fait la rencontre de Julius Spier(*), rencontre qui deviendra le catalyseur du cheminement spirituel de la jeune femme. Par son accompagnement psychologique et spirituel, Julius Spier aide Etty à canaliser ses forces vitales et à reconnaître la présence de Dieu en elle-même. C’est sous son conseil qu’elle commencera à écrire un journal le 9 mars 1941. Elle y décrit les mesures restrictives de plus en plus austères contre les Juifs d’Amsterdam, jusqu’à son transfert au camp de transit de Westerbork où elle séjournera elle-même pour y travailler dans “l’assistance sociale aux personnes en transit” organisée par le Conseil juif. Elle sera déportée à son tour à Auschwitz en septembre 1943 avant d’y mourir deux mois plus tard.

– S’est-elle convertie au christianisme ?

Etty ne s’est pas proprement convertie au christianisme ; cependant, ce que l’on découvre au fil des pages de son journal, c’est un chemin d’amour qui élargit son cœur et son intelligence. Un itinéraire qui l’introduira peu à peu dans une intimité avec Dieu. De Julius Spier, elle dit qu’il est « l’accoucheur de son âme », et, à son contact, elle découvre l’amour pour Dieu et pour toute l’humanité, jusqu’au don absolu de soi, jusqu’à l’abnégation la plus totale, tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l’Humain.

– Cela vous a-t-il rapproché d’elle, et pourquoi ?

Au fil du travail théâtral sur ce texte d’une richesse infinie, je me suis sentie de plus en plus proche d’Etty. Je l’admire. Nous avons le même âge elle et moi, et je la considère comme une amie, un guide, qui me montre le chemin de la liberté intérieure, du don total de soi. Pour moi, elle est une figure majeure de sainteté du siècle dernier. Sa parole me fonde. Elle m’inspire. Quelle chance inouïe de pouvoir dire ce texte encore et encore ! J’espère que de nombreux spectateurs pourront l’entendre à leur tour et en être inspirée comme je le suis !

Pour aller plus loin :

(*) Sychothérapeute disciple de Jung, juif d’origine, 54 ans, se montrant de plus en plus intéressé au christianisme, ira jusqu’à désirer le baptême.

 

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