Archives de l’auteur : Jean-Baptiste Maillard

Le pape François prend la défense de Pie XII

Comme le rapporte Radio Vatican, ce matin au Vatican, à Sainte Marthe, le pape François a pris la défense de Pie XII en ces termes :

« En pleine guerre, combien de personnes on prit des risques, à commencer par Pie XII, pour cacher des juifs, afin qu’ils ne soient pas tués ou déportés. Ils risquaient leur peau ! Mais c’était une œuvre de miséricorde de sauver la vie de ces gens, de risquer. »

Sur son blog, le Suisse Romain, un prêtre licencié en communication de l’Université pontificale Sainte Croix à Rome, explique :

« Comme me l’a confié un expert de la communication du Saint-Siège, le pontificat du Pape François est absolument providentiel pour l’image de l’Eglise catholique. Le fait d’avoir comme décentrer l’ample message de l’Eglise, autrement dit en mettant d’avantage en lumière son message sur les réfugiés, les pauvres, les petits ou encore l’écologie humaine, permet au Pape de rappeler en tant opportun des grandes vérités. » Et d’ajouter : « nous pourrions peut-être voir dans un proche avenir la béatification de Pie XII. Le contexte polémique, largement alimenté par certains grands médias, rend encore cette initiative presque impossible. L’opinion publiée monterait au créneau. »

Souvent stigmatisé à tort comme étant soit-disant « controversé », Pie XII a fait l’objet d’une légende noire mise en place par le KGB pour discréditer la parole de l’Eglise, et démontée depuis par de nombreux historiens. Comme l’explique par exemple Jean Sévillia sur ce récent article de notre blog, « pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill, ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs. Dans la mesure de ce qu’il savait, Pie XII a parlé. Dans la mesure de ce qu’il pouvait, il a pris des initiatives. Il l’a fait selon les contraintes de l’époque, et selon sa nature ».

A commencer le discours de Noël 1942 (- occulté par le film Amen de Costa-Gavras qui, en 2002 a repris a son compte la légende noire, donnant malgré lui naissance à ce blog de réflexion historique -) où Pie XII évoquait les « centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive », bien compris à l’époque, y compris par les nazis, comme une condamnation de la persécution contre les juifs.

Une pièce sur Etty Hillesum, victime de la Shoah

Etty HillesumConnaissez-vous Etty Hillesum, morte à Auschwitz en 1943 ? La jeune actrice Helena Sadowy prépare un spectacle mettant sa vie en scène, grâce aux écrits bouleversants laissés par cette victime de la Shoah. Interview.

Pie XII.com : En quoi consiste votre projet théâtral ?

Helena Sadowy : Il y a trois ans, j’ai assisté à un spectacle mettant en scène les écrits d’Etty Hillesum ; j’étais choquée par le manque d’engagement des comédiens vis-à-vis du texte incroyablement puissant de cette jeune femme. J’avais envie de me lever pendant la représentation et de crier : “C’est un scandale ! Vous êtes en train de parler de millions de Juifs qui ont péri dans les camps! Prenez-vous la mesure de ce qui s’est passé ?”. En sortant de la salle, j’ai pensé : “Il faut absolument que QUELQU’UN monte ce texte en lui donnant sa vraie profondeur !” Et un an plus tard, cela s’est transformé en : “Il faut absolument que JE monte ce texte !” 😊

J’ai donc sélectionné une heure de texte dans les quelques trois-cent pages d’Une vie bouleversée, recueil des écrits d’Etty Hillesum regroupant son journal rédigé entre 1941 et 1943, et les lettres qu’elle a envoyées depuis le camp de Westerbork. Il s’agit à présent de porter la voix d’Etty, seule en scène, pendant un peu plus d’une heure, avec toute l’honnêteté et l’engagement que ce texte requiert. Pour ce faire, je suis accompagnée d’une amie et metteuse en scène, Véronique Ebel, qui me guide de son regard pertinent et exigeant, pour rester la plus fidèle possible aux mouvements intérieurs de cette jeune femme hors du commun de 28 ans.

– Etty Hillesum : pourquoi avoir choisi cette figure ?

Il me paraît crucial de nos jours de faire entendre sa parole porteuse d’une réelle espérance. Pas d’un espoir en toc comme “ça ira mieux demain!”, car Etty n’était que trop consciente que les menaces extérieures iraient en s’empirant. Mais une vraie espérance qui trouve sa source dans la bonté de la vie. Elle passe au travers de la cruauté de cette période infernale en nourrissant une vie intérieure de plus en plus riche. Cette vraie liberté intérieure se maintiendra jusqu’au bout, et ce malgré les circonstances de plus en plus effroyables que l’on connaît.

– En deux mots, que pouvez-vous nous dire d’elle ?

Esther (Etty) Hillesum est née en janvier 1914 aux Pays-Bas dans une famille de tradition juive. Femme sensible et passionnée, elle éprouve un profond mal de vivre et cherche un sens à sa vie. En février 1941, elle fait la rencontre de Julius Spier(*), rencontre qui deviendra le catalyseur du cheminement spirituel de la jeune femme. Par son accompagnement psychologique et spirituel, Julius Spier aide Etty à canaliser ses forces vitales et à reconnaître la présence de Dieu en elle-même. C’est sous son conseil qu’elle commencera à écrire un journal le 9 mars 1941. Elle y décrit les mesures restrictives de plus en plus austères contre les Juifs d’Amsterdam, jusqu’à son transfert au camp de transit de Westerbork où elle séjournera elle-même pour y travailler dans “l’assistance sociale aux personnes en transit” organisée par le Conseil juif. Elle sera déportée à son tour à Auschwitz en septembre 1943 avant d’y mourir deux mois plus tard.

– S’est-elle convertie au christianisme ?

Etty ne s’est pas proprement convertie au christianisme ; cependant, ce que l’on découvre au fil des pages de son journal, c’est un chemin d’amour qui élargit son cœur et son intelligence. Un itinéraire qui l’introduira peu à peu dans une intimité avec Dieu. De Julius Spier, elle dit qu’il est « l’accoucheur de son âme », et, à son contact, elle découvre l’amour pour Dieu et pour toute l’humanité, jusqu’au don absolu de soi, jusqu’à l’abnégation la plus totale, tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l’Humain.

– Cela vous a-t-il rapproché d’elle, et pourquoi ?

Au fil du travail théâtral sur ce texte d’une richesse infinie, je me suis sentie de plus en plus proche d’Etty. Je l’admire. Nous avons le même âge elle et moi, et je la considère comme une amie, un guide, qui me montre le chemin de la liberté intérieure, du don total de soi. Pour moi, elle est une figure majeure de sainteté du siècle dernier. Sa parole me fonde. Elle m’inspire. Quelle chance inouïe de pouvoir dire ce texte encore et encore ! J’espère que de nombreux spectateurs pourront l’entendre à leur tour et en être inspirée comme je le suis !

Pour aller plus loin :

(*) Sychothérapeute disciple de Jung, juif d’origine, 54 ans, se montrant de plus en plus intéressé au christianisme, ira jusqu’à désirer le baptême.

 

Les liens de Pie XII avec l’Opus Dei

Le bienheureux Alvaro del Portillo, successeur de saint Josémaria Escriva à la tête de l’Opus Dei, est moins connu que ce dernier. Artège vient de publier une « Petite vie » écrite par François Gondrand, qui l’a côtoyé, et qui se lit comme un roman. On y trouve aussi les liens qu’entretenait Pie XII avec l’Opus Dei. Interview de l’auteur.

Pie XII.com : Après celle de saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei, vous venez de publier la première biographie du bienheureux Alvaro Del Portillo, son successeur. Pourquoi ?

François Gondrand : J’ai pensé qu’un ouvrage d’un accès facile rencontrerait son public et ferait connaître cette personnalité importante dans la vie de l’Église et dans l’histoire de l’Opus Dei, mais moins connu que le fondateur, Josémaria Escriva, canonisé en 2002. Alvaro s’est engagé dans l’Opus Dei, encore naissant, dès 1935, et il a accompagné Josémaria Escriva jusqu’au décès de celui-ci, en 1975, avant de lui succéder pendant près de vingt ans, en poursuivant l’élan fondateur, en promouvant l’expansion des apostolats dans de nombreux pays. À la tête de l’Opus Dei, il a été le principal promoteur de la béatification, puis de la canonisation du fondateur, et il a obtenu du saint-siège l’érection de cet institut séculier en prélature personnelle de l’Église, en 1982, accomplissant ainsi un vœu très pressant de son prédécesseur. Il a été lui-même béatifié par le pape François en 2014.

– De nombreux papes lui ont confié des responsabilités, à commencer par Pie XII : lesquelles ?

Pie XII, qu’il a rencontré pour la première fois en 1943, puis en 1946, en représentation du fondateur, l’a nommé en 1947 secrétaire de la commission spéciale pour les instituts séculiers, puis qualificateur de la Congrégation du Saint-Office en 1950, et consulteur de la Congrégation des Religieux en 1955. Jean XXIII lui a confié plusieurs charges en rapport avec la préparation du concile Vatican II. Au cours de celui-ci Paul VI l’a nommé expert de plusieurs commissions, et secrétaire de celle sur la discipline du clergé et du peuple chrétien. Puis il a été nommé consulteur de la commission post-conciliaire sur les évêques et le gouvernement des diocèses. Jean-Paul II l’a nommé aux synodes sur la réconciliation et la pénitence (1983), sur la vocation et la mission des laïcs (1987), et sur la formation des prêtres (1987).

– On sait que Pie XII a soutenu la fondation de nombreux instituts séculiers ou même de congrégations, comme celle de Mère Teresa. Quel rôle a joué Pie XII vis-à-vis de l’Opus Dei ?

– Avant même de recevoir l’abbé Escriva, en 1946, Pie XII souhaitait faire sa connaissance. Il en avait entendu parler par de jeunes universitaires qui terminaient leurs études à Rome. Il leur avait même demandé une photo de lui. Il priait avec Chemin, un recueil de considérations spirituelles qu’on lui avait remis. Il s’est montré très intéressé par ce qu’on lui avait dit du message de l’appel de tous à la sainteté et à l’apostolat de fidèles courants à exercer un apostolat chrétien dans tous les milieux que promouvait le fondateur de l’Opus Dei.

– Et pourquoi, selon vous ?

– On sait que l’apostolat des laïcs sous des formes nouvelles lui tenait à cœur. Une de ses grandes décisions fut la publication en 1947, d’une loi cadre, la constitution apostolique Provida Mater Ecclesia. Même si ce nouveau cadre juridique, qui créait les instituts séculiers, ne convenait pas tout à fait au fondateur de l’Opus Dei, celui-ci l’accepta, en attendant que l’Église accorde un jour à celui-ci un statut plus conforme à son esprit éminemment séculier, convenant mieux à des fidèles laïcs, non consacrés, travaillant et exerçant un apostolat au cœur du monde. Aujourd’hui prélature personnelle de l’Église, articulée au saint-siège par l’intermédiaire de la Congrégation des évêques, l’Opus Dei représente une des offres qui sont proposées à l’apostolat des laïcs. Mais c’est aux premières approbations de Pie XII qu’il le doit.

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La campagne contre Pie XII, une querelle posthume

jeansevillia-piexiiLe texte de Jean Sévillia ci-dessous est extrait du chapitre « L’affaire Pie XII » de son livre Historiquement correct publié en 2003 chez Perrin, livre réédité en collection de poche Tempus en 2006 avec un texte actualisé, et de nouveau publié chez Perrin dans ses Ecrits historiques de combat(*) en 2016. Cette dernière édition comprend une bibliographie actualisée sur l’affaire Pie XII. Ne sont pas reproduites ci-après les notes et références des citations qui figurent dans le livre.

En juin 1944, au lendemain de la libération de Rome, l’aumônier juif de la cinquième armée américaine témoigne que « sans l’assistance apportée aux juifs par le Vatican et les autorités ecclésiastiques de Rome, des centaines de réfugiés et des milliers de réfugiés juifs auraient péri ». Après la guerre, le Congrès juif mondial, « au nom de toute la communauté juive, exprime une fois de plus sa profonde gratitude pour la main protectrice tendue par Sa Sainteté aux juifs persécutés pendant ces temps terriblement éprouvants » ; et l’organisation offre au Vatican une somme de 20 000 dollars « en reconnaissance de l’œuvre du Saint-Siège sauvant les juifs de la persécution fasciste et nazie ». Le grand-rabbin de Rome, Israël Zolli, et sa femme se convertissent au catholicisme, au terme d’un cheminement théologique entamé dès les années 1930 ; ils choisissent pour prénoms de baptême Eugenio et Eugenia, en hommage à l’action de Pie XII en faveur de leurs coreligionnaires. En 1946, Pie XII reçoit soixante-dix-huit juifs rescapés de la déportation, venus le remercier. Moshes Sharett, futur Premier ministre d’Israël, rencontre le pape. « Je lui dis, racontera-t-il, que mon premier devoir était de le remercier et, en lui, l’Eglise catholique, au nom de la communauté juive, pour tout ce qu’elle avait fait en différentes contrées pour secourir les juifs ». Le sénateur Levi, en témoignage de gratitude pour l’action de Pie XII en faveur des juifs, fait don au Vatican d’un palais qui abrite aujourd’hui la nonciature apostolique à Rome. En 1955, l’Union des communautés juives d’Italie proclame le 17 avril jour de gratitude pour l’assistance du pape pendant la guerre. Le 26 mai de cette même année, quatre-vingt-quatorze musiciens juifs, originaires de quatorze pays, exécutent la IXe symphonie de Beethoven, à Rome, sous la direction de Paul Kletzki, « en reconnaissance de l’œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour sauver un grand nombre de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ».

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A la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, la mémoire du pape est unanimement saluée. Devant l’ONU, Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d’Israël, fait cette déclaration : « Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes ». Le rabbin Elio Toaff (qui accueillera Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986) proclame que « les juifs se souviendront toujours de ce que l’Eglise a fait pour eux, sur l’ordre du pape, au moment des persécutions raciales ».

En 1963, le Vicaire, la pièce de Hochhuth, lance la campagne contre Pie XII. Mais un député britannique, Maurice Edelman, président de l’Association anglo-juive, rappelle que « l’intervention du pape Pie XII a permis de sauver des dizaines de milliers de juifs pendant la guerre ». Etabli à Jérusalem, l’écrivain juif Pinchas Lapide, consul d’Israël à Milan du vivant de Pie XII, est interrogé par le correspondant du Monde. « Au lendemain de la libération de Rome, se souvient-il, j’ai appartenu à une délégation de soldats de la brigade juive de Palestine qui a été reçue par le pape et qui lui a transmis la gratitude de l’Agence juive, qui était l’organisme dirigeant du mouvement sioniste mondial, pour ce qu’il avait fait en faveur des juifs. (…) Le pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l’Eglise catholique ont sauvé de 150 000 à 400 000 juifs d’une mort certaine. Lorsque j’ai été reçu à Venise par Mgr Roncalli, qui allait devenir Jean XXIII, et que je lui exprimai la reconnaissance de mon pays pour son action en faveur des juifs, il m’interrompit à plusieurs reprises pour me rappeler qu’il avait chaque fois agi sur ordre précis de Pie XII ».

Quelques années plus tard, Lapide rédige un livre – traduit en plusieurs langues – sur les rapports entre le judaïsme et l’Eglise. Après une longue enquête, il révise ses chiffres à la hausse : « L’Eglise catholique, sous le pontificat de Pie XII, fut l’instrument qui sauva au moins 700 000 mais probablement jusqu’à 860 000 juifs d’une mort certaine de la part des nazis ».

En février 2001, dans un magazine américain, un rabbin new-yorkais, David Dalin, publie un long article où il revient sur la multitude des témoignages juifs en faveur du pape, pendant et après la guerre. « Toute la génération des survivants de l’Holocauste, constate-t-il, témoigne que Pie XII a été authentiquement et profondément un Juste ». Dalin demande que Pie XII soit reconnu par Israël comme « Juste des nations », car « le pape Pacelli a été le plus grand soutien des juifs ».

L’ensemble de ces témoignages rend étranges les allégations selon lesquelles les archives du Vatican recèleraient des secrets honteux. En 1999, une commission internationale de trois historiens catholiques et de trois historiens juifs s’est réunie à Rome. Fin 2000, elle a remis son rapport au cardinal Cassidy, président du Conseil pontifical pour le dialogue avec le judaïsme. La commission a posé quarante-sept questions, à son avis non résolues, les parties juives demandant un réexamen des archives du Vatican, travail pourtant effectué de manière approfondie par les jésuites qui ont édité les Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Un refus leur a été opposé, non par principe mais pour des raisons purement techniques. Afin de désamorcer la polémique qui s’en est suivie (et qui engage d’autres enjeux, cette revendication ayant été intégrée par le gouvernement israélien dans son contentieux avec le Saint-Siège), Jean-Paul II a décidé d’accélérer les échéances : en 2003, 640 dossiers concernant les relations entre le Vatican et l’Allemagne sous Pie XI sont disponibles, et il en ira bientôt de même pour le pontificat de Pie XII. Mais selon le père Blet, il n’y a plus rien à découvrir dans les archives du Vatican.

Pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill, ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs. Dans la mesure de ce qu’il savait, Pie XII a parlé. Dans la mesure de ce qu’il pouvait, il a pris des initiatives. Il l’a fait selon les contraintes de l’époque, et selon sa nature. « Il a agi en diplomate, non en croisé, au risque évident de décevoir et d’être plus tard accusé », remarque très justement Robert Serrou.

Soixante ans après, les pièces historiques continent de s’accumuler, mais à décharge de Pie XII. Avec des surprises : John Cornwell, par exemple, est revenu sur sa position. « A la lumière des débats qui ont eu lieu, déclare-t-il, et des preuves qui ont été fournies suite à la publication de mon livre, je dirais maintenant que Pie XII avait une marge de manœuvre si réduite qu’il est impossible de juger les raisons de son silence pendant la guerre, pendant que Rome était sous la botte de Mussolini et occupée ensuite par les Allemands. » Aux Etats-Unis ont paru les Mémoires de Harold H. Tittmann, un diplomate américain qui a travaillé au Vatican de 1940 à 1944 et qui a souvent rencontré Pie XII. L’ouvrage confirme les efforts du Souverain Pontife pour s’opposer aux nazis et pour défendre les Juifs.

Pourquoi s’en prendre à Pie XII ? En 2002, Jean-Claude Grumberg, co-scénariste du film Amen (lequel produisit l’ouverture de ce site, ndlr), affirme que « c’est un film qui dit qu’hier c’est aujourd’hui, et qu’aucune autorité n’a autorité sur notre conscience ». Ce qui est visé à travers le pape, ici, c’est l’autorité de l’Eglise catholique. La querelle, dès lors, glisse sur le terrain philosophique : elle n’est plus historique. Et si Pie XII n’était qu’un prétexte ?

Jean Sévillia

Ecrits historiques de combat

ecritshistoriquesdecomabt-jeansevillia-piexii(*) Ecrits historiques de combat rassemble pour la première fois les trois principaux essais historiques de Jean Sévillia, actualisés et enrichis d’une préface inédite. L’auteur de l’Histoire passionnée de la France a été le premier à dénoncer le politiquement correct appliqué au traitement de notre histoire. Cette déformation idéologique du passé, inspirée par une vision réductrice de la France d’avant 1789, par un anticléricalisme systématique et par une certaine vulgate marxiste, a contribué, selon Jean Sévillia, à forger une interprétation monolithique, une doxa, à laquelle il rétorque par sa propre vision, inscrite dans la grande tradition conservatrice et appuyée sur une vaste culture historique et journalistique. Aussi ces essais enlevés et élevés ont-ils rencontré un très large public et contribué à ouvrir puis nourrir le débat sur les nœuds gordiens de notre histoire, du Moyen Âge à nos jours, en passant par la Révolution française, par le choc de 1940 ou encore Mai 68. Moralement correct (2007) complète et approfondit le précédent livre par une analyse thématique et transversale de la société contemporaine à travers la pensée dominante. Enfin, Le Terrorisme intellectuel, dont la première édition date de 2000, est volontairement placé en fin de volume, car il établit le lien entre histoire et actualité en attaquant les modes et passions successives, de 1945 à nos jours, de l’intelligentsia et du milieu médiatique qui sont dominés par la gauche – avec pour corollaire l’aveuglement devant le bilan du communisme, la préférence pour le multiculturalisme et la diabolisation de tout ce qui fait obstacle au prétendu sens de l’Histoire.

Sur l’auteur : essayiste et historien, chroniqueur au Figaro Magazine et membre du conseil scientifique du Figaro Histoire, Jean Sévillia est l’auteur de biographies et d’essais historiques qui ont été de grands succès de librairie.

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« Pie XII, le dernier des autocrates » ? (Bernard Lecomte)

dictionnaire-amoureux-des-papes-piexiiDans son Dictionnaire amoureux des Papes (2016), Bernard Lecomte consacre bien évidemment une notice à Pie XII. Rappelant sa formation de juriste et de diplomate, il dresse la liste des différents postes que celui-ci a occupé avant d’être élu au siège de Pierre. L’auteur souligne bien le paradoxe de Pie XII : pourquoi ce pape salué comme le défenseur de Rome et le sauveur de nombreux juifs bénéficie-t-il aujourd’hui d’une image de collaborateur ?

Si la notice se montre plutôt favorable à Pie XII on pourra regretter qu’il ne mentionne pas davantage les raisons de l’attaque qu’il a subi et l’orchestration de cette attaque par l’URSS. De même, comme le fait remarquer l’auteur, le pontificat de Pie XII s’est achevé treize ans après la fin de la guerre. Il est donc dommage que l’auteur ne mentionne pas les actions menées durant ce pontificat et les nombreux textes et encycliques écrits par ce pape. Certes les projecteurs braqués aujourd’hui sur Pie XII sont essentiellement consacrés au conflit mondial mais il aurait justement été utile, dans ce dictionnaire amoureux des Papes, de les détourner quelque peu de la guerre pour éclairer d’autres versants de son action.

Jean-Baptiste Noé, historien

Extrait du livre (p. 486-489) de Bernard Lecomte :

Pie Xll (1939-1958)

Le dernier des autocrates

le-pape-pie-xiiEugenio Pacelli, lui, était né pour être pape. Toute sa biographie va dans ce sens. D’abord, il est issu d’une famille qui sert la papauté depuis trois générations : son grand-père Marcantonio a fondé L’Oservatore Romano et son frère aîné Francesco fut le négociateur des accords du Latran ! Ensuite, il est romain : il a passé toute son enfance à quelques jets de pierre du Vatican, sur l’autre rive du Tibre. Enfin, c’est un surdoué : toujours premier de sa classe, bac avec mention, facilité désarmante en droit, don des langues, etc. Ajoutez à cela une foi vivace et d’avantageuses relations familiales : très tôt, il entre à la curie comme assistant du chef de la diplomatie vaticane de Pie X, Mgr Pietro Gasparri, dont il devient l’adjoint dès 1911. Il n’a que trente-cinq ans.

À ce poste, il traite d’importants dossiers — la séparation des Églises et de l’Etat en France, la préparation d’un nouveau Code de droit canonique — qui le préparent aux plus hautes responsabilités. Au printemps 1917, il est sacré évêque et envoyé comme nonce apostolique à Munich, où il plonge au cœur des tractations engagées par Benoît XV pour sortir du conflit mondial. C’est là qu’il va subir l’agression d’un commando de communistes spartakistes, en avril 1919, avant d’être bientôt transféré à Berlin où se joue, dans les salons huppés des chancelleries, le sort de l’Europe. En 1930, c’est un diplomate hors pair et un germaniste confirmé qui devient, à cinquante-quatre ans, le secrétaire d’Etat de Pie XI.

Pendant neuf ans, il sert loyalement ce pape difficile à vivre — les colères d’Achille Ratti sont légendaires — et l’assiste notamment dans la rédaction de ses encycliques de 1937 fustigeant le nazisme et le communisme. Quand Pie XI meurt en février 1939, alors que le grondement des chars hitlériens fait trembler l’Europe, personne ne doute de son remplacement par le cardinal Pacelli : celui-ci est en effet désigné par le conclave le 2 mars, en moins de vingt-quatre heures. À la satisfaction de tous les États européens, à l’exception du Reich allemand.

Le nouveau pape fait tout pour enrayer la marche vers la guerre et proclame, pour cela, la neutralité du Saint-Siège. En vain. Ses appels à la paix sont sans effet, et il ne parvient pas à dissuader Mussolini de rallier Hitler. Impuissant face à la barbarie, on lui reprochera plus tard
cette neutralité qui l’empêche — autant que sa crainte de représailles massives — de dénoncer haut et clair, après 1942, la politique d’extermination des juifs menée par les nazis.

À la fin de la guerre, Pie XII est fêté par les Romains comme le defensor civitatis de la Ville éternelle — il a activement contribué à en éviter la destruction en 1944 — et par la communauté juive comme un bienfaiteur — il a sauvé des milliers de juifs en leur ouvrant les portes des couvents et des séminaires de la région. C’est beaucoup plus tard, après la sortie de la pièce Le Vicaire à Berlin en 1963, que l’on accusera durement ce pape de n’avoir pas assez protesté contre l’Holocauste.

Cette accusation est-elle injuste ? La question n’est pas simple, et il serait présomptueux de la traiter ici en quelques lignes. Faire de Pie XII, germanophile convaincu, un antisémite ou un pronazi avéré est contraire à la réalité. De même que l’accuser de partialité ou de pusillanimité. Mais que sa voix puissante ait manqué, à l’époque, n’est
pas contestable non plus, comme l’a magnifiquement écrit dès 1951 Fécrivain François Mauriac dans sa préface au Bréviaire de la haine de Léon Poliakov :

Nul doute que Poccupant n’ait eu des moyens de pression irrésistibles et que le silence du pape et de sa hiérarchie n’ait été un affreux devoir; il s’agissait d’éviter de pires malheurs. Il reste qu’un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n’ont pas crié, et quelles qu’aient été les raisons de leur silence.

Après avoir tenu la barre de l’Église pendant ces cinq ans de fracas et de drames, Pie XII régnera encore pendant treize années. Comme un ascète au visage émacié, au port altier, aux gestes hiératiques, à la voix théâtrale. Comme un autocrate qui ne jugea pas utile de remplacer son secrétaire d’État, Mgr Maglione, décédé en 1944. Comme un solitaire sûr de sa valeur et de son jugement, juste entouré de quelques proches parmi lesquels sa gouvernante, la célèbre sœur Pascalinafl qui Passistera jusqu’à sa mort dans sa résidence de Castel Gandolfo, le 9 octobre 1958.

Ses obsèques, très émouvantes, donnèrent lieu à l’un des plus grands rassemblements populaires de l’histoire du Vatican. À ce moment-là, personne n’imaginait que ce grand pape deviendrait, quelques années plus tard, un extraordinaire sujet de polémique…

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Le pape François silencieux à Auschwitz

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« Ce pape vient spécialement pour rencontrer les rescapés », a témoigné une survivante de ce camp de la mort qui a fait 1,1 million de victimes pendant la Shoah…

Ce vendredi, le pape François, qui a visité l’ancien camp de la mort d’Auschwitz, a jugé que la « cruauté » qu’il y avait vue existait toujours dans le monde d’aujourd’hui. « Je ne veux pas vous affliger, mais je dois dire la vérité. La cruauté ne s’est pas arrêtée à Auschwitz et à Birkenau », a déclaré le souverain pontife en s’adressant aux participants aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) depuis une fenêtre du palais archiépiscopal de Cracovie. « Aujourd’hui aussi, tant de prisonniers sont torturés pour les faire parler, c’est affreux (…), beaucoup d’hommes et de femmes, dans des prisons surpeuplées, sont traités comme des animaux », a ajouté François.

À Auschwitz « nous avons vu la cruauté d’il y a 70 ans. Aujourd’hui, la même chose arrive dans tant d’endroits où il y a la guerre ». Dans le camp de la mort installé par les nazis allemands en Pologne occupée, le pape a gardé le silence, mais a exprimé sa réaction devant l’horreur dans le livre d’or : « Seigneur, aie pitié de ton peuple, Seigneur, pardon pour tant de cruauté », a-t-il écrit. Solitaire et recueilli, le visage grave, le souverain pontife a traversé à pied le célèbre portail orné des mots « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) en arrivant à l’ancien camp nazi, près de Cracovie. Ayant à peine franchi l’entrée, il s’est assis sur un banc et s’est plongé dans une prière silencieuse, la tête penchée, les yeux parfois fermés, pendant plus de dix minutes. Il a échangé ensuite quelques mots avec un groupe de douze rescapés du camp, Polonais, juifs et Roms, dont la violoniste de l’orchestre du camp, Helena Dunicz-Niwinska, 101 ans.

Parmi les rescapés, Janina Iwanska, 86 ans, a déclaré qu’elle était « très émue ». « Je voulais m’agenouiller devant lui, mais il m’a prise dans les bras et embrassée sur les deux joues », a-t-elle confié. Le pape lui a paru « non seulement très triste, mais également très fatigué ». La veille, elle avait déclaré avoir le sentiment que le pape venait avant tout pour voir les rescapés. « Les autres papes venaient visiter le site du camp, et par la même occasion rencontrer les survivants, et celui-ci vient pour rencontrer les rescapés », a-t-elle dit. François est allé prier dans la cellule de la mort du saint polonais Maximilian Kolbe, un prêtre qui a offert sa vie pour sauver celle d’un père de famille.
Psaume en hébreu

Il s’est ensuite rendu dans le camp d’Auschwitz II-Birkenau. Quelque 25 catholiques polonais qui avaient risqué leur vie pour aider des juifs sous l’occupation, nommés « Justes parmi les nations du monde » par l’institut israélien Yad Vashem, ont pu saluer le pape et recevoir de ses mains des médailles de son pontificat. Au mémorial de Birkenau, devant lequel le pape est passé lentement en silence, le psaume 130 a été chanté par le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich en hébreu, puis lu en polonais par un prêtre venant d’une ville où une famille catholique entière avait été exterminée pour avoir accueilli et caché des juifs. Environ 1,1 million de personnes ont été tuées à Auschwitz-Birkenau, dont un million de juifs européens. En fin d’après-midi, le souverain pontife a présidé un chemin de croix à Cracovie devant plusieurs centaines de milliers de jeunes. Il y a appelé les chrétiens à aider les exclus et les réfugiés, tout en assurant que cette manière de suivre l’enseignement du Christ n’était pas « sadomasochiste ». « Nous sommes appelés à servir Jésus crucifié dans chaque personne marginalisée (…), dans celui qui est exclu, qui a faim, qui a soif, qui est nu, détenu, malade, sans travail, persécuté, réfugié, migrant », a-t-il dit. Mais « le chemin de la croix n’est pas un chemin sadomasochiste, il est le seul qui vainc le péché (…) en ouvrant les horizons de la vie nouvelle et pleine. »

Le pape François est le troisième pape à se rendre à Auschwitz-Birkenau. Jean-Paul II en 1979 et Benoit XVI en 2006, avaient prononcé des discours très forts pour dénoncer la Shoah. Ce vendredi 29 juillet au matin, le pape François a surtout voulu rester silencieux. Il voulait se rendre seul dans ce lieu d’horreur…

Un silence apprécié

Le journaliste de France 2 présent sur place, François Beaudonnet, a affirmé que le souverain pontife a « respecté son engagement : on l’a vu se recueillir, prier, on l’a vu meurtri, comme écrasé par le poids de ce lieu où sont morts plus d’un million de Juifs ». Ce journaliste a estimé « que le choix de ce silence – qui est évidemment tout sauf de l’indifférence – a plu à la communauté juive. Le grand rabbin de Pologne a déclaré : ‘Il faut rester silencieux sur place, pour ensuite lancer un cri très fort au monde’ ».


Pape François : comment interpréter son silence lors du déplacement à Auschwitz-Birkenau ?

Sources : AFP et France 2

Témoignage inédit sur le plan d’Hitler pour enlever Pie XII

PieXII-oiseauAntonio Nogara raconte, dans le journal officiel du Vatican, L’Osservatore Romano, en italien du 6 juillet 2016, « cette nuit de 1944… quand le substitut se précipita chez le directeur des Musées du Vatican ». Les alliés venaient de confirmer le plan de Hitler d’enlever Pie XII, déjà connu du pape grâce à l’ambassade d’Allemagne. Un témoignage oculaire important et inédit, traduit intégralement par Constance Roques pour Zenit, et reproduit ici.

Dans la Rome, « ville ouverte » de 1943 et 1944, le langage habituel recourait, avec une grande fréquence, aux mots s’éloigner, s’éclipser, se tenir en embuscade, se cacher, échapper, disparaître, en référence aux personnes, et cacher, masquer, camoufler, dissimuler, en référence aux choses ; des verbes qui se confrontaient aux noms d’arrestations, déportations, razzias, coups de filet, perquisitions et séquestrations, termes révélateurs de la situation difficile d’alors.

Malgré l’afflux de personnes déplacées en quête d’une aide et d’un refuge, la Ville surpeuplée semblait presque déserte. Promenades, réceptions et divertissements en général quasiment abolis ; les « sorties », parfois à la limite de l’aventure, étaient destinées à la recherche du strict nécessaire à repérer le plus près possible, en empruntant de préférence les chemins, ruelles et petites places où la contiguïté des magasins, porches et bifurcations offraient de plus grandes possibilités de se dissimuler ou des échappatoires.

Le soir, tout le monde à la maison, autour de radios grésillantes, de portée limitée ou troublée, le volume au plus bas, en quête d’informations, ou engagé, avec des proches et des voisins d’immeubles, dans des parties prolongées de « briscola », de « scopa » (jeux de cartes populaires, ndlt) et de jeux similaires, mais toujours l’oreille tendue pour percevoir le danger imminent dans le son suspect du pas cadencé d’une ronde, un ordre militaire sec, le bruit d’un véhicule, un coup de feu…

Les rassemblements indispensables pour des raisons vitales, prompts à se dissoudre au premier signal d’alarme, se formaient à l’abri des cantines publiques et des paroisses qui distribuaient des rations fournies par le vicariat ou par le Cercle de Saint Pierre qui, grâce à la générosité de la Société générale immobilière et à ses camions protégés par les drapeaux du Vatican – certains étaient aussi mitraillés, faisant des victimes parmi les chauffeurs – se trouvaient en Italie centrale (Ombrie et Toscane).

Dans l’attente des tours, l’anonymat et le caractère occasionnel des rencontres favorisaient les échanges de conversations de circonstance, banales et circonspectes, dans lesquelles la patience forcée commune se créait des moments d’exutoire par des interjections dont l’hyperbole sarcastique masquait souvent la protestation. Parmi toutes celles qui m’ont été rapportées, je fus frappé alors par celle de quelqu’un qui, racontant avoir assisté à des coups de filet systématiques et à des disparitions de parents et de connaissances, hasarda, d’un ton sournois : « il ne manquerait plus qu’ils nous emmènent le pape ! » L’expression, à la limite de l’imaginable, aurait eu l’effet voulu en se référant à la Coupole ou au Colisée mais, avec l’allusion au pontife, elle obtenait la plus grande efficacité, comme une malédiction dans la douleur, l’humiliation et l’effarement, réveillant dans le subconscient, croyant ou non croyant, la question angoissée : mais qu’en serait-il de Rome sans le pape, centre du christianisme ?

Le tourbillon des événements ne me détourna pas du souvenir de cette boutade, jaillie ingénument telle une effusion dans un moment de colère, mais pas si invraisemblable ni infondée du tout. Quelques semaines plus tard, le hasard allait m’en donner une preuve personnelle inattendue.

En 1921, étant donné les multiples charges qui étaient confiées à mon père Bartolomeo, outre la direction générale des Musées, le pape Benoît XV lui accorda, privilège convoité et exceptionnel pour un laïc marié avec des enfants, d’habiter dans le sacré Palais apostolique qui, avec les Musées, la Bibliothèque, les Archives et une partie circonscrite des jardins actuels, complétait le territoire du Vatican avant le Concordat et le traité du Latran de 1929. En dépit des meilleures dispositions de la part des officials compétents, l’exiguïté des lieux rendait difficile le repérage de locaux habitables et adaptés à un usage familial ; après plusieurs mois de recherche, l’attribution tomba sur un ensemble de salles abandonnées du Secrétariat des Brefs, donnant par deux amples baies vitrées sur le centre du bras central de la Troisième Loge, avec par derrière des chambres et des couloirs qui donnaient sur le corridor du Triangle. L’accès était à côté de l’ascenseur, qui fonctionnait à l’eau à cette époque et servait aussi les autres « loges » de la Cour Saint Damase.

Quand la Secrétairerie d’État était fermée, la Troisième Loge déserte devenait un déambulatoire idéal avec vue sur Rome d’un bout à l’autre, par beau temps comme par mauvais temps. Mes parents en profitaient le soir après le repas ; souvent je les rejoignais et plus d’une fois je les trouvai en train de converser avec Monseigneur Giovanni Battista Montini qu’ils rencontraient alors qu’il sortait, bien au-delà des horaires, de la Secrétairerie d’État pour rentrer dans son logement situé au dos de la Première Loge, non loin de l’appartement Borgia.

Les contacts de mon père, pour raison de travail, avec Mgr Montini étaient presque quotidiens et les rencontres vespérales répétées, devenues habituelles avec les années, avaient aussi pris une empreinte familière pour ma mère et pour moi. À part l’heure – il devait être vingt-trois heures – je n’éprouvai donc pas de surprise particulière lorsqu’à un moment avancé de la soirée, en plein hiver 1944, entre la fin janvier et les premiers jours de février, ayant entendu la sonnette de l’entrée, je me trouvai face à Mgr Montini qui, entrant rapidement et fermant immédiatement la porte dans son dos, me dit qu’il « devait » rencontrer « le professeur » d’urgence.

Embarrassé de me trouver en robe de chambre et en pantoufles, je le priai de s’asseoir dans le studio-bibliothèque et je courus chez mon père qui était déjà au lit sous deux lourdes couvertures, son bonnet de nuit sur la tête et un édredon sur les pieds. Le chauffage avait été interdit par manque de charbon et par respect pour les sacrifices imposés aux Romains par les circonstances ; la chambre, exposée au nord, était particulièrement froide.

Par les temps qui couraient, surpris mais non contrarié compte tenu du caractère d’urgence manifesté par un personnage connu pour sa discrétion, mon père se rhabilla prestement. Je ne me souviens pas comment je me suis occupé de notre hôte illustre jusqu’à ce que, plus rapidement que prévu, mon père apparaisse ; après un bref conciliabule entre eux deux, ils sortirent à la hâte : mon père emmitouflé tenant à la main le lourd trousseau des clés du Musée et de la Bibliothèque, Mgr Montini avec une torche électrique qu’il avait posée sur un coffre dans l’entrée, torche du type de celles dont étaient dotés les pompiers pour leurs rondes nocturnes.

Préoccupé pour la santé de mon père plus que pour les motifs de cette excursion qui avait clairement pour objet les musées, j’attendis avec ma mère le retour qui advint au bout de presque trois heures. Mon père, qui paraissait très éprouvé et transi, nous rassura laconiquement et, renvoyant le compte-rendu à de meilleures heures, se mit au lit avec détermination et l’air préoccupé.

Ce n’est que le lendemain après-midi qu’avec la recommandation de maintenir le secret absolu, mon père nous révéla que l’ambassadeur du Royaume-Uni, sir Francis d’Arcy Osborne, et le chargé d’Affaires des États-Unis, Harold Tittmann, avaient averti ensemble Mgr Montini qu’ils avaient eu vent, par leurs services militaires d’information respectifs, d’un plan avancé du Haut Commandement allemand pour capturer et déporter le Saint-Père sous le prétexte de le mettre en sécurité « sous la haute protection » du Führer. Auquel cas, considéré comme imminent, les forces alliées interviendraient immédiatement pour bloquer l’opération, y compris par des débarquements au nord de Rome et un lâcher de parachutistes. Il fallait par conséquent préparer aussitôt un refuge secret où le Saint-Père serait introuvable pour le temps strictement nécessaire, deux ou trois jours, à l’intervention militaire.

Telles étaient la substance et la portée de la démarche diplomatique anglo-américaine, confidentiellement exposée par Mgr Montini à mon père, mobile exceptionnellement dramatique de l’excursion nocturne, qui devait naturellement être gardée secrète. C’est dans ce but que, toujours selon le récit de mon père, la recherche commença cette nuit-là, de la Galerie lapidaire à l’escalier de Bramante et, de là, dans les locaux de la vieille Direction des Musées et annexes, autour de la Grande Niche, et de la cour octogonale jusqu’à la Cour de la Pomme de pin, sans négliger les pièces mineures servant de dépôts, débarras, vestiaires à adapter éventuellement ; mais malheureusement, la recherche autour de ces locaux s’avéra négative.

Excluant a priori, pour sa trop grande visibilité, la Pinacothèque et le bâtiment attaché à la nouvelle entrée, partiellement habité, et excluant les magasins des Marbres dont la structure les rendait inhabitables, une pause s’imposait. La recherche, jusqu’alors décevante, fut étendue à la Bibliothèque qui, ne présentant pas de solutions internes, inspira cependant à mon père, qui y avait travaillé plus de dix ans comme « scrittore » au début du siècle, l’idée de visiter aussi la Tour des Vents contiguë et la visite confirma les attentes.

La grosse tour massive et élégante, en état de semi-abandon, se révéla contenir un dédale de pièces, de couloirs, d’escaliers et de petites échelles, un mini-labyrinthe dans un emplacement favorable pour un trajet couvert et rapide à parcourir. Mgr Montini en sembla convaincu et conclut l’extraordinaire galopade en rentrant à la maison.

Il ne fait pas de doute qu’il s’est bien agi d’une galopade, vu le rythme de marche que Mgr Montini avait imprimé dans la fougue de sa recherche et auquel mon père, qui avait trente ans de plus que Montini, résista bien (Bartolomeo Nogara avait alors presque 76 ans, Montini 46). Mon père rappelait aussi que son illustre compagnon de galopade, malgré l’angoisse de la recherche, manifestait de temps en temps de brefs commentaires sur la beauté suggestive des œuvres d’art entrevues par intermittence dans un rayon de lumière, au cours de cette rapide recherche. Quant au choix définitif du refuge, mon père était personnellement convaincu du caractère improbable de la solution d’y recourir, s’agissant d’un expédient précaire, d’une sécurité relative et d’une validité dans le temps très réduite. Il avait aussi proposé à Mgr Montini un plan alternatif en réserve, à savoir d’étendre la recherche à la basilique Saint Pierre, avec ses tenants et ses aboutissants, souterrains compris, comme siège peut-être plus sûr dans la fâcheuse hypothèse de la séquestration du Saint-Père. Mon père conclut le compte-rendu, nous fixant d’un regard plein d’amour, par la phrase « Que Dieu nous aide », invocation qui était aussi une invitation : « Ne me posez pas d’autre question ».

Un long silence s’ensuivit, ma mère anéantie entre incrédulité et effarement, moi surpris par la tournure que prenaient à l’improviste des événements qui demandaient la recherche immédiate de solutions certainement à haut risque personnel, y compris pour les amis que nous avions aidés à se cacher au Vatican et que nous ne voulions pas abandonner. Outre le sort malheureux et humiliant du Saint-Père à qui nous étions liés par l’affection et la dévotion, planait sur nous la pensée oppressante qu’une visite des SS ne serait bénéfique pour personne, réfugiés juifs et non juifs, avec les mesures de rétorsion possibles sur les résidents ecclésiastiques et laïcs. Quelques semaines agitées se passèrent dans l’attente spasmodique autant que vaine de développements réconfortants de l’Opération Schingle, étant donné l’enchaînement d’informations contradictoires provenant de diverses sources autorisées elles aussi.

Je me souviens ensuite comme d’un jour de grand soulagement de celui où mon père, rentrant à la maison après une de ses visites presque quotidiennes à la Secrétairerie d’État, nous confia que le plan d’Hitler était déjà connu depuis longtemps du Vatican qui avait été alerté par des indiscrétions privées allemandes de personnes hostiles au plan en question. L’ambassade d’Allemagne elle-même aurait souligné à Berlin les inévitables réactions négatives parmi les populations catholiques, y compris dans les différents pays neutres. La folle opération redoutée n’aurait pas lieu grâce aux prises de position internes des autorités diplomatiques allemandes à Rome. Il est cependant certain que les appréhensions pour la sécurité du pontife ne prirent fin qu’après l’abandon de Rome par l’armée allemande.

La solution pacifique à cet événement ne dissipa nullement certains motifs de perplexité qui l’accompagnèrent et que nous ne pouvons négliger, puisque nous en parlons. Il est hors de doute que les informations apportées par les deux ambassadeurs alliés étaient d’une gravité telle, même par rapport à ce qui était déjà su, qu’elle incita Mgr Montini à s’activer aussitôt pour faire face immédiatement, à l’improviste, à une situation d’urgence. Il est aussi impensable que Mgr Montini n’ait pas aussitôt informé de la démarche diplomatique le cardinal Luigi Maglione, alors secrétaire d’État, sans exclure des consultations plus larges et plus hautes. L’intervalle d’environ quatre heures, entre ses remerciements aux deux ambassadeurs et la solitaire visite-intrusion chez Bartolomeo Nogara, trouverait son explication dans ces consultations internes préalables à la Secrétairerie d’État. L’assurance d’une intervention immédiate qui aurait libéré le pontife en l’espace de quelques jours firent sans doute affleurer des motifs d’incertitude et de scepticisme quant au très bref délai annoncé pour l’intervention militaire, comme sur la possibilité de s’opposer aux éventuels soldats allemands qui, certainement bien entrainés et préparés dans ce but, auraient agi à coup sûr en une demi-heure ou à peine plus.

Avec du recul, en reparlant de cette excursion nocturne avec les doutes qui l’accompagnèrent, mon père exprima sa conviction qu’en cette circonstance Mgr Montini, quelles que fussent ses estimations personnelles, s’acquittait d’un devoir avec les scrupules et le zèle qui le caractérisaient. Dans la situation dramatique de ces mois, la dénonciation conjointe des ambassadeurs des deux plus grandes puissances alliées ne pouvait en aucune manière être ignorée. Heureusement, l’exécrable événement fut conjuré, épargnant l’histoire de pages plus douloureuses que celles qu’elle avait déjà écrites en ces temps-là. Je considère aujourd’hui pratiquement partagée par tous la conviction exprimée par mon père que Pie XII, en raison de son sens élevé de la dignité, du caractère fort dont il a fait preuve en diverses circonstances et du sens élevé de l’honneur qui a toujours accompagné son magistère, n’aurait jamais admis de compromis en négociant sa propre sécurité contre des solutions incompatibles – même minimes – avec la dignité et le prestige du pontife et de l’Église.

L’évocation de souvenirs de cette période vécue intensément réveille encore en moi des émotions apaisées comme celle des amples baies vitrées de la Troisième Loge qui tremblaient au grondement cadencé des coups de canon sur le front, désormais proche des « Castelli Romani », annonçant des temps nouveaux qui allaient bientôt frapper à nos portes.

 

Vatican : un proche de Pie XII enterré dans la nécropole papale

Il n’y a pas que des papes dans la crypte-nécropole du Vatican, comme le rapport l’agence romaine I-média pour l’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne.

Outre l’extravagante Christine de Suède (1626-1686) « reine des Goths, des Suédois et des Vandales » selon l’épitaphe en latin, se trouve le tombeau de l’empereur Otton II (955-983), dit « le sanguinaire », spécialement connu pour avoir d’avoir convié les seigneurs romains qui voulaient rétablir la République à un grand festin afin de mieux pouvoir les assassiner…  Certains personnages sulfureux, comme Alexandre VI Borgia (1492-1503), ne sont même plus présents dans la crypte… Précisons d’ailleurs que les dépouilles des papes béatifiés et canonisés sont habituellement exposées à l’étage supérieur, directement dans la basilique.

I-média nous parle également d’un prêtre enterré dans la crypte, bien connu de Pie XII : Ludwig KaasLudwing Kass

« Au fond de la crypte, devant le tombeau de l’empereur Otton II, se trouve à même le sol une plaque de granite rouge où repose un simple prêtre diocésain : Ludwig Kaas (1881-1952), patriote rhénan passionné de politique.

Élu député à partir de 1919, il conseille en 1920 le nonce apostolique en Allemagne Eugenio Pacelli, futur Pie XII (1939-1958). Dirigeant un parti centriste de 1928 à 1933, il vote les pleins pouvoirs à Adolf Hitler (*). Il négocie avec ce dernier le concordat entre le Vatican et le Reich.

Accusé de conflit d’intérêts par sa famille politique, le prélat allemand se voit obligé de démissionner et de rejoindre la Curie romaine. Pie XII le nomme en 1939 responsable des fouilles sous la basilique Saint-Pierre. Il redécouvre la tombe de Pierre pendant la Seconde Guerre mondiale. La sépulture de Mgr Ludwig Kaas sera déplacée dans la crypte à la demande du pape ».

(*) Comme le raconte Wikipédia, le vote des pleins pouvoir à Adolf Hitler se fit après avoir tenté de rétablir un travail parlementaire en coopération avec les nationaux-socialistes. Pour certains, le pape Pie XII et le cardinal Pacelli (futur Pie XII) soutinrent cette politique dans une lettre qui montrait Hitler comme un rempart contre le communisme, mais, toujours selon Wikipédia, « cela n’est cependant pas corroboré par d’autres sources et tant que les termes exacts ou les qualifications dans cette lettre ne seront pas connus, les interprétations resteront spéculatives ». Avec cette précision : « le pape commençait à se méfier de ce parti qui supprimait les libertés de l’Église en interdisant les associations de jeunesse catholique ».

« Quand Adolf Hitler devint chancelier le 30 janvier 1933, grâce à une coalition entre le NSDAP, le DNVP et des conservateurs indépendants qui excluait le Parti du Centre, Kaas se sentit trahi. »

Par la suite, Kaas s’opposa vigoureusement au nouveau gouvernement…

Pour en savoir plus : la page qui lui est dédiée sur Wikipédia

Le Vatican n’a pas aidé les criminels nazis à fuir

L’Osservatore Romano rapporte la thèse de Pier Luigi Guiducci, professeur d’histoire de l’Église au centre diocésain de théologie pour laïcs Ecclesia Mater de l’université du Latran (Zenit du 10 août). Un éclairage utile (on se souvient d’une scène du film Amen de Costa-Gavras qui appuyait cette thèse, cf photo).

Dans le film Amen

« L’Église et le Vatican n’ont en aucune façon aidé la fuite des criminels nazis », affirme Pier Luigi Guiducci, professeur d’histoire de l’Église au centre diocésain de théologie pour laïcs Ecclesia Mater de l’université du Latran. Des propos rapportés par L’Osservatore Romano du 26 mai 2015.

Auteur de l’ouvrage « Au-delà de la légende noire » (Oltre la leggenda nera, Milan, Mursia), il travaille depuis dix ans « dans les archives allemandes, croates, italiennes, argentines et américaines, pour démentir des affirmations qui se révéleront infondées ou inventées et ne résisteront pas à l’analyse historique ».

Pour l’historien, « l’Église et le Vatican n’ont en aucune façon aidé la fuite des criminels nazis. Si ceux-ci ont réussi à s’infiltrer parmi les réfugiés avec de faux papiers ou à utiliser des filières diplomatiques pour atteindre l’Amérique du Sud ou d’autres nations où ils pouvaient compter sur de bonnes couvertures, il n’y a aucune trace de connivences d’ecclésiastiques ou d’organisations catholiques, qui ne s’occupaient que d’activités humanitaires ».

Dans la préface du livre, le père jésuite Peter Gumpel, rapporteur de la cause de béatification du pape Pie XII, souligne que Pier Luigi Guiducci « est en mesure de prouver que les thèses de divers auteurs n’expriment, la plupart du temps, que des opinions, des suppositions, des convictions personnelles non confirmées par des documents historiques, qui font l’impasse sur des données divulguées après l’ouverture d’archives civiles ».

Source : Zenit

Père Marie-Benoît, le prêtre qui sauva 4500 Juifs

Père Marie-Benoît

Dans le Figaro, Jean Sévillia revient sur la figure de ce prêtre capucin encouragé par Pie XII en 1943 et qui a son arbre à Yad Vashem, comme « Juste parmi les nations ».

Dans ses souvenirs, tout avait commencé fin 1940, peut-être début 1941. Un homme était venu le voir, dans son couvent de Marseille, afin de lui demander de secourir une jeune fille juive et sa famille. Spontanément, le capucin avait accepté parce que, déclarait-il, «il ouvrait les bras à quiconque demandait de l’aide». A cette nuance près qu’à cette époque, ils n’étaient guère nombreux à tendre la main aux Juifs étrangers qui avaient fui les armées allemandes et que les conditions d’armistice et les directives de Vichy avaient placés dans une nasse. Mais le père Marie-Benoît n’était pas du genre à se laisser impressionner. Le bruit de son intervention s’était discrètement répandu, les cas s’étaient succédé. Il avait secouru dix, puis vingt, puis cent réfugiés juifs.

Le père Marie-Benoît sera un des premiers Français, en 1966, à être décoré du titre de «Juste parmi les nations».

Et cela avait continué: quatre ans durant, dans le sud de la France (Marseille et Nice) puis à Rome (en 1943 et 1944), le religieux avait fait de l’assistance aux persécutés et pourchassés de toutes sortes, Juifs, résistants ou aviateurs alliés, une véritable mission. Combien de personnes avait-il secourues? Le nombre de Juifs qui lui doivent la vie sauve est estimé à 4 500. Pie XII, en 1943, avait encouragé l’entreprise de ce fils de saint François qui sera un des premiers Français, en 1966, à être décoré du titre de «Juste parmi les nations»: à Yad Vashem, le Mémorial des héros et martyrs de l’Holocauste créé par l’Etat d’Israël, un arbre a été planté en son honneur.

Susan Zuccotti, une historienne américaine, consacre un livre à ce personnage qui mérite d’être connu. L’ouvrage ne remplace pas la biographie savante que Gérard Cholvy, professeur émérite à l’université de Montpellier, a publiée sur lui (Marie-Benoît de Bourg d’Iré, Cerf, 2010). Mais sa lecture donne à admirer l’itinéraire étonnant de Pierre Péteul, né dans une modeste famille de l’Anjou, entré en religion sous le nom de Marie-Benoît, devenu docteur en philosophie et professeur au Collège de son ordre à Rome. Ce héros modeste, mort en 1990, aura beaucoup compté dans le dialogue instauré après-guerre entre l’Eglise catholique et les Juifs, ce qui ajoute à sa dimension historique.

Père Marie-Benoît, de Susan Zuccotti, Bayard, 446 p., 34,90 €. Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat.