Les catholiques belges dans la résistance…

La dernière mise à jour du site officiel du Mémorial de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, fait état de 1.443 justes de Belgique (cf. http://www1.yadvashem.org), c’est à dire non pas du nombre réel de « sauveteurs » non-juifs, mais de ceux sur qui le Mémorial peut offrir des documents, précise le site.


Des enfants ont été notamment cachés dans des couvents, des monastères et des institutions catholiques, comme le précise un autre site, également en anglais, sur ces « héros » à l’œuvre pour sauver des vies pendant la tragédie de la Shoah (cf. http://www.holocaust-heroes.com).

Le témoignage de Lucien Steinberg, dans son livre « Not As A Lamb » affirme : « La protection de la reine mère, Elizabeth, ainsi que du cardinal Van Roey et d’autres, y compris le gouvernement en exil, a assuré une place pour un enfant dans tous les couvents. »

Le site a retenu en particulier le nom de l’orphelinat de « La Providence », à Verviers, tenu par les Soeurs de la Charité de saint Vincent de Paul, qui a abrité des centaines d’enfants dont les parents avaient été déportés en camps de concentration ou se cachaient eux-mêmes.

Soeur Marie (Mathilde Leruth) était chargée de s’assurer que les enfants juifs ne révèlent pas leur identité pendant les nombreuses visites inopinées des nazis. Un jour, alors qu’on s’attendait à une importante descente nazie, Sr Marie et les enfants partirent pour une excursion improvisée d’une après-midi en autobus dans un village voisin.

Sylvain Brachfeld, l’un des enfants sauvés par cet orphelinat a décrit Sr Marie, bien des années après, comme « une merveille d’amour dans des circonstances qui l’ont obligée à risquer sa vie et sa liberté tous les jours ». Sr Marie fait partie des « Justes » honorés à Yad Vashem.

Un moine bénédictin belge du Mont César, près de Louvain, a eu un rôle clef pour le sauvetage de centaines de réfugiés juifs, y compris de nombreux enfants: le Père Bruno (Henri Reynders). Il travaillait en lien avec l’organisation juive clandestine, le Comité pour la défense des Juifs (CDJ), grâce à un réseau pour abriter les enfants dans des couvents ou des familles. Pour assurer la sécurité des enfants, le P. Bruno procurait aux familles des cartes de rations alimentaires, des fausses identités, et une aide financière.

Lorsque certaines familles lui demandaient de faire de ces enfants qui leur étaient confiés des catholiques, le Père Bruno répondait : « Nous sommes responsables de leurs vies, mais leurs âmes ne nous appartiennent pas. » Un responsable du CDJ a souligné que le P. Bruno payait personnellement de sa poche pour tous les enfants dont il se chargeait. Des années plus tard, lorsqu’il se rendit en Israël pour planter un arbre à Yad Vashem, le P. Bruno a évoqué ainsi ses activités de sauvetage pendant la guerre : « Trois cent soixante âmes juives sont passées par mes mains, dont 200 enfants. Je ne peux pas vous dire à combien de portes j’ai frappé. Je me suis vraiment épuisé mais cela valait la peine. »

Rose Meerhoff, de Bruxelles, n’avait que sept ans lorsqu’elle a été confrontée aux déportations nazies. Un jour de septembre 1940, alorsqu’elle rentrait chez elle après l’école, une voisine l’arrêta avant sa porte pour lui dire : « Les Allemands sont venus et ont emporté ta maman. Ne monte pas à l’appartement. » La voisine a conduit Rose à la gare et l’a emmenée à Louvain, où les Bénédictines s’occupaient d’un orphelinat. Elle se souvient que des enfants juifs étaient déjà là à son arrivée et que d’autres sont encore arrivés ensuite. Elle ajoute qu’on leur donnait à tous des noms chrétiens. Le sien était Christiane DeGraef. Elle a écrit plus tard : « Je suis restée deux ans et demi dans ce couvent et j’ai toujours un sentiment spécial pour les couvents et en particulier pour les religieuses. Elles risquaient leur vie pour nous. »

Le site de ces « héros » nomme encore, parmi les membres du clergé de Belgique, les laïcs, les institutions qui ont sauvé des juifs réfugiés pendant l’Occupation, le P. Joseph André, de Namur qui renonça à sa vie d’étude et de contemplation pour mettre toutes ses énergies dans le sauvetage de centaines de réfugiés, surtout des enfants. Il travaillait également en lien avec le Comité pour la défense des Juifs, suppliant monastères et couvents du pays d’abriter des réfugiés. A sa mort, en 1973, nombre de ses anciens protégés vinrent à ses funérailles.

Les organisations clandestines étaient en effet en lien étroit avec les couvents et les monstères.

Jeanne de Mulienaere, une catholique flamande, journaliste, et sa collègue Vera Shapiro, travaillèrent dans la clandestinité au sauvetage de quelque 3000 enfants juifs, en les répartissant dans des monastères et des couvents de Belgique.

Louisa Mercier, chef du personnel dans une usine de Louvain, a placé des douzaines d’enfants dans un institut catholique de Chimay, dans le sud du pays.

Les Soeurs de Notre Dame de Sion ont sauvé 200 enfants juifs confiés par leurs parents terrorisés par la déportation et les ont cachés dans plusieurs de leurs couvents en Belgique.

Enfin, comme ce site sur les « héros » de Belgique, le site officiel de Yad Vashem propose, en anglais, quelques éléments sur l’action menée par Marie et Emile Taquet-Martens.

Le « Home reine Elisabeth », au Château du Faing, dans le village isolé de Jamoigne-sur-Semois, avait été transformé en centre pour enfants handicapés en 1941, et confié aux soins des Soeurs de la Charité de Besançon, grâce au financement de la reine Elisabeth.

Mais à la suite des rafles des nazis, le centre ouvrit ses portes à des enfants de réfugiés: le centre en accueilli 75, dont plus de la moitié étaient juifs.

Le Père André et Mme Yvonne Nevejean, président de la Société nationale pour les enfants (ONE), dont les bureaux étaient à Bruxelles les dirigèrent vers cette institution catholique.

Marie Taquet-Martens pourvoyait aux besoins quotidiens des enfants, et son mari, le major Emile Taquet, se chargeait des questions administratives et de la coordination avec les bureaux de Bruxelles. Les enfants recevaient d’eux l’affection chaleureuse d’une famille : Mme Taquet avait à coeur d’embrasser chaque enfant le soir avant d’aller au lit. Les enfants ont témoigné plus tard de l’atmosphère heureuse et agréable qui a fait du manoir pour eux, à une époque tragique, comme « un camp de vacances ».

Paru sur ZENIT le vendredi 20 avril 2007 (ZENIT.org)

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