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La guerre et le Vatican, secrets de la diplomatie du Saint-Siège

La guerre et le Vatican. Les secrets de la diplomatie du Saint-Siège : ce nouveau livre nous apporte un précieux éclairage sur la question Pie XII.

 

Éclairage de notre historien Frédéric Le Moal

Avec son étude très bien documentée qu’il publie aux éditions du Cerf, Johan Ickx, directeur des Archives historiques de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, verse une pièce capitale au dossier Pie XII. Sa grande originalité repose sur la période traitée : celle de la Première Guerre mondiale.

Les accusations de complaisance du Vatican à l’égard de l’Allemagne ne concernent pas seulement la période 1939-1945. Elles ont commencé à fleurir à l’époque de la Grande Guerre et visaient le pape Benoît XV, mais aussi le brillant diplomate qui ne cessait de gravir les échelons : Mgr Pacelli, le futur Pie XII. Déjà les journalistes, les hommes politiques, les membres du clergé reprochaient au Saint-Siège un coupable silence, expression d’une germanophilie enracinée chez des prélats désireux entre autres de maintenir le très catholique empire d’Autriche-Hongrie. De 1914 à 1939, du soutien aux Habsbourg à celui aux nazis, la route était droite et bien tracée !

Or, c’est cette thèse grotesque que remet en cause, archives vaticanes à l’appui, Johan Ickx dans son passionnant et très précis ouvrage. Son travail repose sur la question des exactions allemandes exercées en Belgique lors de l’invasion d’août 1914 et dont l’incendie de la très prestigieuse université de Louvain devint le vibrant symbole.

La question des responsabilités se posa en ces termes : les Allemands agirent-ils en représailles des actions des francs-tireurs belges ou montèrent-ils une opération d’intoxication pour procéder à une destruction destinée à terroriser la population et à briser son esprit de résistance ? Se rajoutait à cela une autre problématique : celui du silence de Benoît XV devant le « martyr » de la catholique Belgique ?

Ce que démontre Johan Ickx est en fait lumineux : le Vatican fut très mal informé par la nonciature à Bruxelles tenue par Mgr Tacci-Porcelli et le diplomate Mgr Sarzana qui joua un rôle central pour convaincre Rome d’adhérer à la thèse allemande. Une contre-offensive fut menée par le recteur de l’Université de Louvain, Mgr Ladeuze, qui écrivit un long et détaillé rapport pour le pape mais qui n’arriva à Rome qu’en septembre 1915, un après sa rédaction !

Mgr Pacelli, qui occupait déjà une place importante dans le système diplomatique du Saint-Siège, s’empara du dossier et entretint des liens avec ce que Johan Ickx appelle le « club des cinq ». Ce groupe était composé de cinq personnes dont Mgr Deploige, professeur à l’université de Louvain, et exerça une pression considérable pour faire évoluer la position du Vatican en faveur de la Belgique et la détacher de l’Allemagne.

Le principal intérêt du livre est de démontrer le soutien de Mgr Pacelli à cette action, sa proximité avec les Anglais, son influence dans la mise à l’écart des diplomates germanophiles. On découvre en fait ce qu’était et ce que sera sa ligne diplomatique : « ce jeune secrétaire était pleinement acquis à la cause des Alliés – même si, comme le remarqua Mgr Deploige lui-même, il ne le laissa jamais transparaître – à condition que le sort des catholiques allemands ne soit pas entaché et que la position impartiale du Saint-Siège soit préservée. »

Bref, les archives du Vatican parlent et innocentent Pie XII.

Frédéric Le Moal

Présentation de l’éditeur

100 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour exhumer, ici, des documents secrets, conservés au Vatican et à Bruxelles. Ces derniers révèlent que le Saint-Siège était miné de l’intérieur dès le début de la guerre, et qu’à partir de l’année 1915, à Rome, une contre-diplomatie des Alliés agissait. Sa mission : résister à l’Allemagne. Elle pouvait compter sur la sympathie de Mgr Pacelli, futur Pie XII. Outre de clarifier le rôle de Benoît XV, à qui on a tant reproché de ne pas avoir pris position pendant la Grande Guerre, ce livre dévoile l’action menée par Pacelli, pour s’opposer à la propagande allemande et rapprocher le Saint-Siège, la Belgique, la France et l’Angleterre, c’est-à-dire les Alliés. Après un demi-siècle de débats, cet ouvrage met un terme à la querelle : plus jamais il ne sera permis d’accuser l’Église de complaisance envers l’Allemagne guerrière.

Johan Ickx, La guerre et le Vatican. Les secrets de la diplomatie du Saint-Siège (1914-1915), éditions du Cerf, août 2018, 296 p., 24 €

Vatican : un proche de Pie XII enterré dans la nécropole papale

Il n’y a pas que des papes dans la crypte-nécropole du Vatican, comme le rapport l’agence romaine I-média pour l’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne.

Outre l’extravagante Christine de Suède (1626-1686) « reine des Goths, des Suédois et des Vandales » selon l’épitaphe en latin, se trouve le tombeau de l’empereur Otton II (955-983), dit « le sanguinaire », spécialement connu pour avoir d’avoir convié les seigneurs romains qui voulaient rétablir la République à un grand festin afin de mieux pouvoir les assassiner…  Certains personnages sulfureux, comme Alexandre VI Borgia (1492-1503), ne sont même plus présents dans la crypte… Précisons d’ailleurs que les dépouilles des papes béatifiés et canonisés sont habituellement exposées à l’étage supérieur, directement dans la basilique.

I-média nous parle également d’un prêtre enterré dans la crypte, bien connu de Pie XII : Ludwig KaasLudwing Kass

« Au fond de la crypte, devant le tombeau de l’empereur Otton II, se trouve à même le sol une plaque de granite rouge où repose un simple prêtre diocésain : Ludwig Kaas (1881-1952), patriote rhénan passionné de politique.

Élu député à partir de 1919, il conseille en 1920 le nonce apostolique en Allemagne Eugenio Pacelli, futur Pie XII (1939-1958). Dirigeant un parti centriste de 1928 à 1933, il vote les pleins pouvoirs à Adolf Hitler (*). Il négocie avec ce dernier le concordat entre le Vatican et le Reich.

Accusé de conflit d’intérêts par sa famille politique, le prélat allemand se voit obligé de démissionner et de rejoindre la Curie romaine. Pie XII le nomme en 1939 responsable des fouilles sous la basilique Saint-Pierre. Il redécouvre la tombe de Pierre pendant la Seconde Guerre mondiale. La sépulture de Mgr Ludwig Kaas sera déplacée dans la crypte à la demande du pape ».

(*) Comme le raconte Wikipédia, le vote des pleins pouvoir à Adolf Hitler se fit après avoir tenté de rétablir un travail parlementaire en coopération avec les nationaux-socialistes. Pour certains, le pape Pie XII et le cardinal Pacelli (futur Pie XII) soutinrent cette politique dans une lettre qui montrait Hitler comme un rempart contre le communisme, mais, toujours selon Wikipédia, « cela n’est cependant pas corroboré par d’autres sources et tant que les termes exacts ou les qualifications dans cette lettre ne seront pas connus, les interprétations resteront spéculatives ». Avec cette précision : « le pape commençait à se méfier de ce parti qui supprimait les libertés de l’Église en interdisant les associations de jeunesse catholique ».

« Quand Adolf Hitler devint chancelier le 30 janvier 1933, grâce à une coalition entre le NSDAP, le DNVP et des conservateurs indépendants qui excluait le Parti du Centre, Kaas se sentit trahi. »

Par la suite, Kaas s’opposa vigoureusement au nouveau gouvernement…

Pour en savoir plus : la page qui lui est dédiée sur Wikipédia