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En 1930, la première femme embauchée par les Musées du Vatican était… juive !

Elle s’appelait Hermine Speier.

Le 2 mai dernier, les descendants du professeur Bartolomeo Nogara ont remis aux autorités vaticanes les carnets de leur ancêtre, directeur des Musées du Vatican de 1920 à 1954. Véritables pans de l’histoire du Saint-Siège durant la Seconde guerre mondiale, ces 41 carnets mettent en lumière le remarquable itinéraire d’Hermine Speier, réfugiée juive allemande dans les Musées et première femme embauchée par l’institution muséale.

Pionnière en son domaine de spécialité – l’archive de photos archéologiques -, érudite au destin sinueux qui a subi de plein fouet la tragédie de l’Histoire, Hermine Speier est une archéologue méconnue. Et pourtant, en tant que première femme employée par l’institution culturelle du Saint-Siège, elle est une figure essentielle à l’histoire des douze musées du Vatican. Issue d’une famille juive fortunée de Francfort-sur-le-Main, Hermine Speier fait ses humanités dans sa région de naissance, avant de poursuivre un doctorat à l’université d’Heidelberg en philologie et en archéologie classique, c’est-à-dire l’étude des vestiges antiques. Largement inspirée par le père de l’archéologie moderne, Johann Joachim Winckelmann, elle obtient son sésame en 1925.

Elle travaille ensuite aux archives photographiques de l’Institut allemand d’archéologie (DAI) à Rome, où elle acquiert une large reconnaissance professionnelle. Une ascension rapidement freinée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 qui la contraint à quitter ses fonctions, à la suite de la loi qui interdit aux Juifs tout travail dans la fonction publique.

Déjà dans la Ville éternelle, Hermine Speier se réfugie aux Musées du Vatican où elle gagne le soutien du directeur de l’époque, Bartolomeo Nogara. Il l’embauche aux archives photographiques du musée pontifical, le Pape Pie XI signe son contrat en 1934, et fait d’elle la première femme à occuper un poste au sein de l’institution, et l’une des premières à travailler au service du Saint-Siège. Par cette embauche, le plus petit État du monde envoie ainsi un double message: contre l’antisémitisme nazi et pour l’emploi des femmes. Au sein des Musées, alors en pleine expansion à la suite des accords de Latran, Hermine Speier initie la classification des archives photographiques en trois périodes : classique, médiévale et moderne.

Comme les premiers chrétiens

En 1939, à la veille de la guerre, Pie XI décède et c’est un de ses très proche collaborateur, le cardinal Eugenio Pacelli, qui est élu sous le nom de Pie XII. Alors que l’Allemagne nazie est plus menaçante que jamais, que le Vatican est entouré par l’Italie fasciste, il n’hésite pas à confirmer le choix de Pie XI d’employer cette femme juive, nous rapport aussi Aletiea. La même année, Hermine se convertit librement au catholicisme et reçoit à cette occasion un télégramme de félicitations du souverain pontife. Preuve de l’affection réelle du Pape pour cette femme qui ne partageait jusqu’alors pas sa foi en Jésus-Christ. Malgré son baptême, Hermine Speier est toujours considérée comme juive par les nazis qui occupent la ville de Rome en 1943-1944 et Pie XII s’occupe personnellement de sa protection. L’archéologue allemande est ainsi cachée parmi les religieuses du couvent des Catacombes de Sainte-Cécile ! Si jamais les nazis venaient à fouiller le couvent, elle pourrait alors s’enfuir dans les catacombes par un passage secret. Comme les premiers chrétiens…

Actrice de la vie culturelle vaticane

Responsable de nombreux événements culturels et instigatrice d’un salon littéraire, Hermine Speier se positionne comme une femme incontournable de la vie vaticane des décennies de l’après-guerre. Dans les années 1960, elle règne sur la collection d’antiquités des Musées. Elle ne prendra sa retraite qu’en 1967 avant de se retirer en Suisse, où elle décède en janvier 1989 à Montreux. A l’instar de son prédécesseur Pie XI, le Pape François a également procédé à une nomination féminine historique. Cette fois-ci au poste de directrice, l’historienne de l’art italienne, Barbara Jatta, nommée en janvier 2017.

Source : Vatican news (Delphine Allaire)

Le lion de Münster : un évêque allemand contre le nazisme

Mgr von Galen s’est distingué en menant l’opposition catholique aux euthanasies commises par le régime hitlérien et en dénonçant la persécution de l’Église. Extrait de la recension de David Roure pour La Croix, en attendant celle d’un de nos historiens.

Von Galen. Un évêque contre Hitler,
de Jérôme Fehrenbach,
Cerf, 2018

Surnommé le « lion de Münster », Clemens August von Galen (1878-1946) est devenu une des grandes figures de l’Eglise catholique en Allemagne à cause de sa résistance à Hitler. Il est né dans une famille nombreuse et très croyante et l’auteur de cette belle biographie se plaît à nous narrer tous les liens familiaux qui l’attachaient à de nombreuses familles germaniques aristocratiques et même princières, et parfois ce n’est pas toujours évident à suivre (quelques petits tableaux généalogiques en fin d’ouvrage auraient pu être bien utiles !) En revanche, J.Fehrenbach passe assez vite sur le quart de siècle (1904-1929) où, pourtant incardiné dans le diocèse de Münster, le jeune prêtre a servi diverses paroisses à Berlin, qui était alors à la fois « un poste d’observation de la vie parlementaire » mais aussi une « capitale en crise perpétuelle » !

Homélies virulentes contre le régime

Revenu dans son diocèse d’origine, il y sera nommé par Pie XI archevêque en 1933, juste après qu’Hitler soit devenu chancelier. Alors, « l’itinéraire de Clemens August au cours des années 1933-1942 est celui d’une ascension régulière, par degrés, vers une contestation de plus en plus ouverte du gouvernement ». C’est sur cette période-là de sa vie que, de manière assez logique,  notre biographe est le plus disert. En 1937, avec quatre autres évêques allemandes, Clau (surnom donné dans sa famille au prélat) aide le pape à rédiger la fameuse encyclique Mit Brennender Sorge, qui, par un véritable « tour de force de communication », parviendra à être lue dans toutes les paroisses catholiques d’Allemagne le dimanche des Rameaux !

C’est quatre ans plus tard que Von Galen accomplira une œuvre plus personnelle qui le fera connaître dans tout le pays : durant l’été 1941, il prononce en effet dans différentes églises de Münster trois homélies (dont le texte est fourni à la fin du présent ouvrage), longues et très virulentes contre le régime nazi, en particulier contre l’euthanasie des personnes handicapées et contre les mesures discriminatoires envers les chrétiens que mettait en place ce régime à l’idéologie néopaïenne. « Les sermons ne se répandent pas seulement par les villes et les campagnes, dans la société encore civilisée, dans le milieu des opposants actifs ou des dissidents latents, parmi les sympathisants du milieu catholique. Ils prennent aussi, parfois, la direction du front. »

« Grand regret »

Fehrenbach répond, à juste titre, aux deux questions que ne peut manquer de se poser le lecteur d’aujourd’hui, trois-quarts de siècle après les faits : tout d’abord, si Von Galen ne parle jamais ouvertement des persécutions contre les Juifs c’est qu’il croyait, comme d’autres responsables d’Église de l’époque, qu’il était plus efficace d’essayer d’en sauver quelques-uns concrètement et discrètement et que, au contraire, une critique publique aurait entraîner un acharnement encore plus meurtrier de la part des nazis ; pourtant, une fois la guerre finie, il confiera à son vicaire général son « grand regret » de ne pas avoir osé une « prise de position publique envers les Juifs après la nuit de Cristal » !

Ensuite, si Von Galen n’a plus élevé de protestation forte à partir de 1942, ce n’est bien sûr pas du tout parce qu’il se serait rallié à Hitler, mais parce qu’il pensait que cela n’aurait plus été d’aucune utilité face à un régime qui commençait à se déliter. Si les nazis n’ont pas osé l’éliminer lui-même car il était devenu très connu, il n’empêche qu’il a connu de grandes souffrances dans les dernières années de la guerre : en représailles, camp de concentration pour une quarantaine de prêtres de Münster, diocésains ou religieux (une dizaine ne reviendront pas !) mais aussi mort au front de proches parents (dont au moins cinq neveux !) et bombardement de sa cathédrale et de son évêché en octobre 1943 où lui-même sauve sa vie de justesse.

Usé par les épreuves

Une fois la guerre terminée, Pie XII, qui l’avait toujours soutenu, lui donne le chapeau de cardinal dès février 1946. Malheureusement, sans doute usé par toutes les années d’épreuve qui avaient précédé, le cardinal von Galen meurt le mois suivant, juste après son retour triomphal dans sa ville ! Quelques décennies plus tard, le 4 octobre 2005, il sera béatifié à St-Pierre de Rome (et ce fut la dernière béatification célébrée en ce lieu !) par un autre Allemand, le pape Benoît XVI !

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Le Vatican contre Hitler

Pie XII

Le Figaro Magazine écrit ici :

Il y a huit ans, Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au « Figaro Magazine », publiait un essai appelé à devenir un best-seller : « Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique » (100 000 exemplaires vendus). Une dénonciation en bonne et due forme du « terrorisme intellectuel » et du prêt-à-penser sur les Croisades, les guerres de Religion, la Révolution, la décolonisation, etc. Constatant que, à l’école comme dans les médias, rien, depuis, n’a vraiment changé dans la manière de présenter l’histoire, l’écrivain-journaliste récidive cet automne avec « Historiquement incorrect » (1). Sur ce que l’Occident médiéval doit ou non aux Arabes, sur Galilée, l’Eglise et la science, sur le sentiment de culpabilité qu’entretient l’Europe vis-à-vis de l’aventure coloniale, sur notre perception contemporaine de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale, sur l’immigration, Sévillia bouscule les idées reçues, balaye les clichés et restaure la vérité historique, chiffres et témoignages à l’appui, en se basant sur les meilleures sources et les travaux de recherche les plus récents.

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Benoît XVI : « la situation interdisait à Pie XII toute protestation publique »

Benoît XVI - Peter Seewald

Dimanche était fêté le 53e anniversaire de la mort de Pie XII. Fin 2010, dans le livre d’entretien avec le journaliste Peter Seewald, Lumière du monde, Benoît XVI revenait sur la question de son prétendu ‘silence’ pendant la guerre (1). Nous publions aujourd’hui le texte intégral de l’avis de Benoît XVI, affirmant que Pie XII « a sauvé des juifs plus que quiconque » et que la situation de l’époque « interdisait au pape » de protester ouvertement.

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Pie XII : le cardinal Kasper fait le point des recherches sur son pontificat

L’ouverture des archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII, annoncée par le Saint-Siège aura lieu d’ici 6 ans, indique le cardinal Walter Kasper, dans une conférence à l’université « Hope » de Liverpool, dans laquelle et rappelle aussi que les déclarations de Vatican II sur le judaïsme sont « irrévocables » (cf. Zenit du 27 mai 2010).

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« Pas la moindre trace de naziphilie au Vatican »

Qui a écrit, le 28 octobre 1940 : « Il n’y a pas la moindre trace de naziphilie au Vatican » ? La réponse est donnée par un article d’Histoire du Christianisme Magazine (HCM) n°44, paru en décembre 2008, que nous reproduisons ici, avec leur aimable accord. L’auteur, Yves-Marie Hilaire, est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Lille II, et a dirigé, entre autres publications, Histoire de la papauté (Tallandier, 1996).

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