Le pape François estime utile les ‘silences’ de Pie XII…

…pour que ces « silences » ne tuent pas davantage de Juifs !
Pape François

Le 12 juin 2014, un jour après la prière pour la paix avec les présidents d’Israël et de Palestine, le pape François a accordé une interview au journal espagnol “La Vanguardia” dans laquelle il revient sur le rôle de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale. Extraits choisis avec d’autres passages sur le judaïsme.

Pourquoi est-il important pour tout chrétien de visiter Jérusalem et la Terre Sainte ?

Pape François : A cause de la Révélation. Pour nous, tout a commencé, là-bas. C’est comme « le ciel sur la terre », une avance de ce qui nous attend dans l’au-delà, dans la Jérusalem céleste.

Vous et votre ami le rabbin Skorka, vous vous êtes donnés l’accolade en face du mur des Lamentations. Quelle importance a eu ce geste pour la réconciliation entre les chrétiens et les Juifs ?

Au Mur, se trouvait aussi mon bon ami le professeur Omar Abu, président de l’Institut du Dialogue interreligieux de Buenos Aires. J’ai voulu l’inviter. C’est un homme très religieux, père de deux enfants. Il est aussi l’ami du rabbin Skorka et je les aime tous les deux énormément, et j’ai voulu que cette amitié entre les trois soit comme un témoignage.

Vous m’avez dit il y a un an que « dans chaque chrétien, il y a un Juif » ?

Peut-être que le plus correct serait de dire que « vous ne pouvez pas vivre votre christianisme, vous ne pouvez pas être un véritable chrétien, si vous ne reconnaissez pas votre racine juive ». Je ne parle pas de Juif dans le sens sémitique de race mais dans le sens religieux. Je crois que le dialogue interreligieux doit approfondir cela, la racine juive du christianisme et dans la floraison chrétienne du judaïsme. Je comprends que c’est un défi, une patate chaude, mais on peut faire comme des frères. Je prie tous les jours l’office divin avec les psaumes de David. Les 150 psaumes nous les passons en une semaine. Ma prière est juive, et ensuite j’ai l’eucharistie, qui est chrétienne.

Comment voyez-vous l’antisémitisme ?

Je ne saurais expliquer pourquoi il existe, mais je crois qu’il est très lié en général, et sans que cela soit une règle fixe, à la droite. L’antisémitisme a l’habitude de mieux se nicher dans les courants politiques de droite que de gauche, n’est-ce pas ? Nous en avons même qui nient l’holocauste : une folie.

Un de vos projets est d’ouvrir les archives du Vatican sur l’holocauste.

Ils apporteront beaucoup de lumière.

Quelque chose que l’on pourrait découvrir vous préoccupe-t-il?

Sur ce sujet ce qui me préoccupe c’est la figure de Pie XII, le pape qui était à la tête de l’Église pendant la Seconde Guerre Mondiale. On a tiré à boulets rouges sur le pauvre Pie XII. Pourtant il faut se rappeler qu’avant on le voyait comme le grand défenseur des Juifs. Il en a cachés beaucoup dans les couvents de Rome et d’autres villes italiennes, et également dans la résidence estivale de Castel Gandolfo. Là-bas, dans la chambre du Pape, dans son propre lit, sont nés 42 bébés, des enfants de Juifs, et d’autres persécutés qui étaient réfugiés là-bas. Je ne veux pas dire que Pie XII n’a pas commis d’erreurs – moi-même j’en commets beaucoup – mais son rôle il faut le lire selon le contexte de l’époque. Qu’est ce qui était le mieux, qu’il ne parle pas pour qu’ils ne tuent pas plus de Juifs, ou qu’il parle ? Je veux aussi dire que parfois cela me donne un peu d’urticaire quand je vois que tous s’en prennent à l’Église et à Pie XII et qu’on oublie les grandes puissances. Savez-vous qu’elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire des nazis pour amener les Juifs jusqu’aux camps de concentration ? Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé ces voies de chemin de fer. Pourquoi ? Il serait bon que nous parlions un peu de tout.

 

NB : L’Argentine, d’où est issu le pape, est le pays d’Amérique Latine qui compte la communauté juive la plus importante. Au début du XXème siècle et dans la période de l’entre-deux-guerres, des juifs d’Europe sont partis là-bas pour les raisons que l’on sait de l’antisémitisme européen mais aussi pour répondre au projet de création de « fermes juives » initié par le baron allemand Maurice Hirsch qui avait, au 19ème siècle, acheté des terres dans ce but. L’Argentine faisait alors partie de ce que l’on appelle les projets d’ex-territorialisation avec la Crimée et bien sûr le Birobidjan, même si ces deux derniers cas se situaient dans un autre contexte. Le projet agraire n’a pas réellement réussi mais les familles juives sont restées en Argentine et la communauté est aujourd’hui importante. Depuis plusieurs décennies le dialogue entre juifs et catholiques y est très vivant et le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François, a toujours été attentif et très présent aux rencontres, aux partages spirituels et aux actions communes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *