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La campagne contre Pie XII, une querelle posthume

jeansevillia-piexiiLe texte de Jean Sévillia ci-dessous est extrait du chapitre « L’affaire Pie XII » de son livre Historiquement correct publié en 2003 chez Perrin, livre réédité en collection de poche Tempus en 2006 avec un texte actualisé, et de nouveau publié chez Perrin dans ses Ecrits historiques de combat(*) en 2016. Cette dernière édition comprend une bibliographie actualisée sur l’affaire Pie XII. Ne sont pas reproduites ci-après les notes et références des citations qui figurent dans le livre.

En juin 1944, au lendemain de la libération de Rome, l’aumônier juif de la cinquième armée américaine témoigne que « sans l’assistance apportée aux juifs par le Vatican et les autorités ecclésiastiques de Rome, des centaines de réfugiés et des milliers de réfugiés juifs auraient péri ». Après la guerre, le Congrès juif mondial, « au nom de toute la communauté juive, exprime une fois de plus sa profonde gratitude pour la main protectrice tendue par Sa Sainteté aux juifs persécutés pendant ces temps terriblement éprouvants » ; et l’organisation offre au Vatican une somme de 20 000 dollars « en reconnaissance de l’œuvre du Saint-Siège sauvant les juifs de la persécution fasciste et nazie ». Le grand-rabbin de Rome, Israël Zolli, et sa femme se convertissent au catholicisme, au terme d’un cheminement théologique entamé dès les années 1930 ; ils choisissent pour prénoms de baptême Eugenio et Eugenia, en hommage à l’action de Pie XII en faveur de leurs coreligionnaires. En 1946, Pie XII reçoit soixante-dix-huit juifs rescapés de la déportation, venus le remercier. Moshes Sharett, futur Premier ministre d’Israël, rencontre le pape. « Je lui dis, racontera-t-il, que mon premier devoir était de le remercier et, en lui, l’Eglise catholique, au nom de la communauté juive, pour tout ce qu’elle avait fait en différentes contrées pour secourir les juifs ». Le sénateur Levi, en témoignage de gratitude pour l’action de Pie XII en faveur des juifs, fait don au Vatican d’un palais qui abrite aujourd’hui la nonciature apostolique à Rome. En 1955, l’Union des communautés juives d’Italie proclame le 17 avril jour de gratitude pour l’assistance du pape pendant la guerre. Le 26 mai de cette même année, quatre-vingt-quatorze musiciens juifs, originaires de quatorze pays, exécutent la IXe symphonie de Beethoven, à Rome, sous la direction de Paul Kletzki, « en reconnaissance de l’œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour sauver un grand nombre de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ».

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A la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, la mémoire du pape est unanimement saluée. Devant l’ONU, Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d’Israël, fait cette déclaration : « Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes ». Le rabbin Elio Toaff (qui accueillera Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986) proclame que « les juifs se souviendront toujours de ce que l’Eglise a fait pour eux, sur l’ordre du pape, au moment des persécutions raciales ».

En 1963, le Vicaire, la pièce de Hochhuth, lance la campagne contre Pie XII. Mais un député britannique, Maurice Edelman, président de l’Association anglo-juive, rappelle que « l’intervention du pape Pie XII a permis de sauver des dizaines de milliers de juifs pendant la guerre ». Etabli à Jérusalem, l’écrivain juif Pinchas Lapide, consul d’Israël à Milan du vivant de Pie XII, est interrogé par le correspondant du Monde. « Au lendemain de la libération de Rome, se souvient-il, j’ai appartenu à une délégation de soldats de la brigade juive de Palestine qui a été reçue par le pape et qui lui a transmis la gratitude de l’Agence juive, qui était l’organisme dirigeant du mouvement sioniste mondial, pour ce qu’il avait fait en faveur des juifs. (…) Le pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l’Eglise catholique ont sauvé de 150 000 à 400 000 juifs d’une mort certaine. Lorsque j’ai été reçu à Venise par Mgr Roncalli, qui allait devenir Jean XXIII, et que je lui exprimai la reconnaissance de mon pays pour son action en faveur des juifs, il m’interrompit à plusieurs reprises pour me rappeler qu’il avait chaque fois agi sur ordre précis de Pie XII ».

Quelques années plus tard, Lapide rédige un livre – traduit en plusieurs langues – sur les rapports entre le judaïsme et l’Eglise. Après une longue enquête, il révise ses chiffres à la hausse : « L’Eglise catholique, sous le pontificat de Pie XII, fut l’instrument qui sauva au moins 700 000 mais probablement jusqu’à 860 000 juifs d’une mort certaine de la part des nazis ».

En février 2001, dans un magazine américain, un rabbin new-yorkais, David Dalin, publie un long article où il revient sur la multitude des témoignages juifs en faveur du pape, pendant et après la guerre. « Toute la génération des survivants de l’Holocauste, constate-t-il, témoigne que Pie XII a été authentiquement et profondément un Juste ». Dalin demande que Pie XII soit reconnu par Israël comme « Juste des nations », car « le pape Pacelli a été le plus grand soutien des juifs ».

L’ensemble de ces témoignages rend étranges les allégations selon lesquelles les archives du Vatican recèleraient des secrets honteux. En 1999, une commission internationale de trois historiens catholiques et de trois historiens juifs s’est réunie à Rome. Fin 2000, elle a remis son rapport au cardinal Cassidy, président du Conseil pontifical pour le dialogue avec le judaïsme. La commission a posé quarante-sept questions, à son avis non résolues, les parties juives demandant un réexamen des archives du Vatican, travail pourtant effectué de manière approfondie par les jésuites qui ont édité les Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Un refus leur a été opposé, non par principe mais pour des raisons purement techniques. Afin de désamorcer la polémique qui s’en est suivie (et qui engage d’autres enjeux, cette revendication ayant été intégrée par le gouvernement israélien dans son contentieux avec le Saint-Siège), Jean-Paul II a décidé d’accélérer les échéances : en 2003, 640 dossiers concernant les relations entre le Vatican et l’Allemagne sous Pie XI sont disponibles, et il en ira bientôt de même pour le pontificat de Pie XII. Mais selon le père Blet, il n’y a plus rien à découvrir dans les archives du Vatican.

Pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill, ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs. Dans la mesure de ce qu’il savait, Pie XII a parlé. Dans la mesure de ce qu’il pouvait, il a pris des initiatives. Il l’a fait selon les contraintes de l’époque, et selon sa nature. « Il a agi en diplomate, non en croisé, au risque évident de décevoir et d’être plus tard accusé », remarque très justement Robert Serrou.

Soixante ans après, les pièces historiques continent de s’accumuler, mais à décharge de Pie XII. Avec des surprises : John Cornwell, par exemple, est revenu sur sa position. « A la lumière des débats qui ont eu lieu, déclare-t-il, et des preuves qui ont été fournies suite à la publication de mon livre, je dirais maintenant que Pie XII avait une marge de manœuvre si réduite qu’il est impossible de juger les raisons de son silence pendant la guerre, pendant que Rome était sous la botte de Mussolini et occupée ensuite par les Allemands. » Aux Etats-Unis ont paru les Mémoires de Harold H. Tittmann, un diplomate américain qui a travaillé au Vatican de 1940 à 1944 et qui a souvent rencontré Pie XII. L’ouvrage confirme les efforts du Souverain Pontife pour s’opposer aux nazis et pour défendre les Juifs.

Pourquoi s’en prendre à Pie XII ? En 2002, Jean-Claude Grumberg, co-scénariste du film Amen (lequel produisit l’ouverture de ce site, ndlr), affirme que « c’est un film qui dit qu’hier c’est aujourd’hui, et qu’aucune autorité n’a autorité sur notre conscience ». Ce qui est visé à travers le pape, ici, c’est l’autorité de l’Eglise catholique. La querelle, dès lors, glisse sur le terrain philosophique : elle n’est plus historique. Et si Pie XII n’était qu’un prétexte ?

Jean Sévillia

Ecrits historiques de combat

ecritshistoriquesdecomabt-jeansevillia-piexii(*) Ecrits historiques de combat rassemble pour la première fois les trois principaux essais historiques de Jean Sévillia, actualisés et enrichis d’une préface inédite. L’auteur de l’Histoire passionnée de la France a été le premier à dénoncer le politiquement correct appliqué au traitement de notre histoire. Cette déformation idéologique du passé, inspirée par une vision réductrice de la France d’avant 1789, par un anticléricalisme systématique et par une certaine vulgate marxiste, a contribué, selon Jean Sévillia, à forger une interprétation monolithique, une doxa, à laquelle il rétorque par sa propre vision, inscrite dans la grande tradition conservatrice et appuyée sur une vaste culture historique et journalistique. Aussi ces essais enlevés et élevés ont-ils rencontré un très large public et contribué à ouvrir puis nourrir le débat sur les nœuds gordiens de notre histoire, du Moyen Âge à nos jours, en passant par la Révolution française, par le choc de 1940 ou encore Mai 68. Moralement correct (2007) complète et approfondit le précédent livre par une analyse thématique et transversale de la société contemporaine à travers la pensée dominante. Enfin, Le Terrorisme intellectuel, dont la première édition date de 2000, est volontairement placé en fin de volume, car il établit le lien entre histoire et actualité en attaquant les modes et passions successives, de 1945 à nos jours, de l’intelligentsia et du milieu médiatique qui sont dominés par la gauche – avec pour corollaire l’aveuglement devant le bilan du communisme, la préférence pour le multiculturalisme et la diabolisation de tout ce qui fait obstacle au prétendu sens de l’Histoire.

Sur l’auteur : essayiste et historien, chroniqueur au Figaro Magazine et membre du conseil scientifique du Figaro Histoire, Jean Sévillia est l’auteur de biographies et d’essais historiques qui ont été de grands succès de librairie.

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« Pie XII, le dernier des autocrates » ? (Bernard Lecomte)

dictionnaire-amoureux-des-papes-piexiiDans son Dictionnaire amoureux des Papes (2016), Bernard Lecomte consacre bien évidemment une notice à Pie XII. Rappelant sa formation de juriste et de diplomate, il dresse la liste des différents postes que celui-ci a occupé avant d’être élu au siège de Pierre. L’auteur souligne bien le paradoxe de Pie XII : pourquoi ce pape salué comme le défenseur de Rome et le sauveur de nombreux juifs bénéficie-t-il aujourd’hui d’une image de collaborateur ?

Si la notice se montre plutôt favorable à Pie XII on pourra regretter qu’il ne mentionne pas davantage les raisons de l’attaque qu’il a subi et l’orchestration de cette attaque par l’URSS. De même, comme le fait remarquer l’auteur, le pontificat de Pie XII s’est achevé treize ans après la fin de la guerre. Il est donc dommage que l’auteur ne mentionne pas les actions menées durant ce pontificat et les nombreux textes et encycliques écrits par ce pape. Certes les projecteurs braqués aujourd’hui sur Pie XII sont essentiellement consacrés au conflit mondial mais il aurait justement été utile, dans ce dictionnaire amoureux des Papes, de les détourner quelque peu de la guerre pour éclairer d’autres versants de son action.

Jean-Baptiste Noé, historien

Extrait du livre (p. 486-489) de Bernard Lecomte :

Pie Xll (1939-1958)

Le dernier des autocrates

le-pape-pie-xiiEugenio Pacelli, lui, était né pour être pape. Toute sa biographie va dans ce sens. D’abord, il est issu d’une famille qui sert la papauté depuis trois générations : son grand-père Marcantonio a fondé L’Oservatore Romano et son frère aîné Francesco fut le négociateur des accords du Latran ! Ensuite, il est romain : il a passé toute son enfance à quelques jets de pierre du Vatican, sur l’autre rive du Tibre. Enfin, c’est un surdoué : toujours premier de sa classe, bac avec mention, facilité désarmante en droit, don des langues, etc. Ajoutez à cela une foi vivace et d’avantageuses relations familiales : très tôt, il entre à la curie comme assistant du chef de la diplomatie vaticane de Pie X, Mgr Pietro Gasparri, dont il devient l’adjoint dès 1911. Il n’a que trente-cinq ans.

À ce poste, il traite d’importants dossiers — la séparation des Églises et de l’Etat en France, la préparation d’un nouveau Code de droit canonique — qui le préparent aux plus hautes responsabilités. Au printemps 1917, il est sacré évêque et envoyé comme nonce apostolique à Munich, où il plonge au cœur des tractations engagées par Benoît XV pour sortir du conflit mondial. C’est là qu’il va subir l’agression d’un commando de communistes spartakistes, en avril 1919, avant d’être bientôt transféré à Berlin où se joue, dans les salons huppés des chancelleries, le sort de l’Europe. En 1930, c’est un diplomate hors pair et un germaniste confirmé qui devient, à cinquante-quatre ans, le secrétaire d’Etat de Pie XI.

Pendant neuf ans, il sert loyalement ce pape difficile à vivre — les colères d’Achille Ratti sont légendaires — et l’assiste notamment dans la rédaction de ses encycliques de 1937 fustigeant le nazisme et le communisme. Quand Pie XI meurt en février 1939, alors que le grondement des chars hitlériens fait trembler l’Europe, personne ne doute de son remplacement par le cardinal Pacelli : celui-ci est en effet désigné par le conclave le 2 mars, en moins de vingt-quatre heures. À la satisfaction de tous les États européens, à l’exception du Reich allemand.

Le nouveau pape fait tout pour enrayer la marche vers la guerre et proclame, pour cela, la neutralité du Saint-Siège. En vain. Ses appels à la paix sont sans effet, et il ne parvient pas à dissuader Mussolini de rallier Hitler. Impuissant face à la barbarie, on lui reprochera plus tard
cette neutralité qui l’empêche — autant que sa crainte de représailles massives — de dénoncer haut et clair, après 1942, la politique d’extermination des juifs menée par les nazis.

À la fin de la guerre, Pie XII est fêté par les Romains comme le defensor civitatis de la Ville éternelle — il a activement contribué à en éviter la destruction en 1944 — et par la communauté juive comme un bienfaiteur — il a sauvé des milliers de juifs en leur ouvrant les portes des couvents et des séminaires de la région. C’est beaucoup plus tard, après la sortie de la pièce Le Vicaire à Berlin en 1963, que l’on accusera durement ce pape de n’avoir pas assez protesté contre l’Holocauste.

Cette accusation est-elle injuste ? La question n’est pas simple, et il serait présomptueux de la traiter ici en quelques lignes. Faire de Pie XII, germanophile convaincu, un antisémite ou un pronazi avéré est contraire à la réalité. De même que l’accuser de partialité ou de pusillanimité. Mais que sa voix puissante ait manqué, à l’époque, n’est
pas contestable non plus, comme l’a magnifiquement écrit dès 1951 Fécrivain François Mauriac dans sa préface au Bréviaire de la haine de Léon Poliakov :

Nul doute que Poccupant n’ait eu des moyens de pression irrésistibles et que le silence du pape et de sa hiérarchie n’ait été un affreux devoir; il s’agissait d’éviter de pires malheurs. Il reste qu’un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n’ont pas crié, et quelles qu’aient été les raisons de leur silence.

Après avoir tenu la barre de l’Église pendant ces cinq ans de fracas et de drames, Pie XII régnera encore pendant treize années. Comme un ascète au visage émacié, au port altier, aux gestes hiératiques, à la voix théâtrale. Comme un autocrate qui ne jugea pas utile de remplacer son secrétaire d’État, Mgr Maglione, décédé en 1944. Comme un solitaire sûr de sa valeur et de son jugement, juste entouré de quelques proches parmi lesquels sa gouvernante, la célèbre sœur Pascalinafl qui Passistera jusqu’à sa mort dans sa résidence de Castel Gandolfo, le 9 octobre 1958.

Ses obsèques, très émouvantes, donnèrent lieu à l’un des plus grands rassemblements populaires de l’histoire du Vatican. À ce moment-là, personne n’imaginait que ce grand pape deviendrait, quelques années plus tard, un extraordinaire sujet de polémique…

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Le pape François silencieux à Auschwitz

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« Ce pape vient spécialement pour rencontrer les rescapés », a témoigné une survivante de ce camp de la mort qui a fait 1,1 million de victimes pendant la Shoah…

Ce vendredi, le pape François, qui a visité l’ancien camp de la mort d’Auschwitz, a jugé que la « cruauté » qu’il y avait vue existait toujours dans le monde d’aujourd’hui. « Je ne veux pas vous affliger, mais je dois dire la vérité. La cruauté ne s’est pas arrêtée à Auschwitz et à Birkenau », a déclaré le souverain pontife en s’adressant aux participants aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) depuis une fenêtre du palais archiépiscopal de Cracovie. « Aujourd’hui aussi, tant de prisonniers sont torturés pour les faire parler, c’est affreux (…), beaucoup d’hommes et de femmes, dans des prisons surpeuplées, sont traités comme des animaux », a ajouté François.

À Auschwitz « nous avons vu la cruauté d’il y a 70 ans. Aujourd’hui, la même chose arrive dans tant d’endroits où il y a la guerre ». Dans le camp de la mort installé par les nazis allemands en Pologne occupée, le pape a gardé le silence, mais a exprimé sa réaction devant l’horreur dans le livre d’or : « Seigneur, aie pitié de ton peuple, Seigneur, pardon pour tant de cruauté », a-t-il écrit. Solitaire et recueilli, le visage grave, le souverain pontife a traversé à pied le célèbre portail orné des mots « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) en arrivant à l’ancien camp nazi, près de Cracovie. Ayant à peine franchi l’entrée, il s’est assis sur un banc et s’est plongé dans une prière silencieuse, la tête penchée, les yeux parfois fermés, pendant plus de dix minutes. Il a échangé ensuite quelques mots avec un groupe de douze rescapés du camp, Polonais, juifs et Roms, dont la violoniste de l’orchestre du camp, Helena Dunicz-Niwinska, 101 ans.

Parmi les rescapés, Janina Iwanska, 86 ans, a déclaré qu’elle était « très émue ». « Je voulais m’agenouiller devant lui, mais il m’a prise dans les bras et embrassée sur les deux joues », a-t-elle confié. Le pape lui a paru « non seulement très triste, mais également très fatigué ». La veille, elle avait déclaré avoir le sentiment que le pape venait avant tout pour voir les rescapés. « Les autres papes venaient visiter le site du camp, et par la même occasion rencontrer les survivants, et celui-ci vient pour rencontrer les rescapés », a-t-elle dit. François est allé prier dans la cellule de la mort du saint polonais Maximilian Kolbe, un prêtre qui a offert sa vie pour sauver celle d’un père de famille.
Psaume en hébreu

Il s’est ensuite rendu dans le camp d’Auschwitz II-Birkenau. Quelque 25 catholiques polonais qui avaient risqué leur vie pour aider des juifs sous l’occupation, nommés « Justes parmi les nations du monde » par l’institut israélien Yad Vashem, ont pu saluer le pape et recevoir de ses mains des médailles de son pontificat. Au mémorial de Birkenau, devant lequel le pape est passé lentement en silence, le psaume 130 a été chanté par le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich en hébreu, puis lu en polonais par un prêtre venant d’une ville où une famille catholique entière avait été exterminée pour avoir accueilli et caché des juifs. Environ 1,1 million de personnes ont été tuées à Auschwitz-Birkenau, dont un million de juifs européens. En fin d’après-midi, le souverain pontife a présidé un chemin de croix à Cracovie devant plusieurs centaines de milliers de jeunes. Il y a appelé les chrétiens à aider les exclus et les réfugiés, tout en assurant que cette manière de suivre l’enseignement du Christ n’était pas « sadomasochiste ». « Nous sommes appelés à servir Jésus crucifié dans chaque personne marginalisée (…), dans celui qui est exclu, qui a faim, qui a soif, qui est nu, détenu, malade, sans travail, persécuté, réfugié, migrant », a-t-il dit. Mais « le chemin de la croix n’est pas un chemin sadomasochiste, il est le seul qui vainc le péché (…) en ouvrant les horizons de la vie nouvelle et pleine. »

Le pape François est le troisième pape à se rendre à Auschwitz-Birkenau. Jean-Paul II en 1979 et Benoit XVI en 2006, avaient prononcé des discours très forts pour dénoncer la Shoah. Ce vendredi 29 juillet au matin, le pape François a surtout voulu rester silencieux. Il voulait se rendre seul dans ce lieu d’horreur…

Un silence apprécié

Le journaliste de France 2 présent sur place, François Beaudonnet, a affirmé que le souverain pontife a « respecté son engagement : on l’a vu se recueillir, prier, on l’a vu meurtri, comme écrasé par le poids de ce lieu où sont morts plus d’un million de Juifs ». Ce journaliste a estimé « que le choix de ce silence – qui est évidemment tout sauf de l’indifférence – a plu à la communauté juive. Le grand rabbin de Pologne a déclaré : ‘Il faut rester silencieux sur place, pour ensuite lancer un cri très fort au monde’ ».


Pape François : comment interpréter son silence lors du déplacement à Auschwitz-Birkenau ?

Sources : AFP et France 2

Témoignage inédit sur le plan d’Hitler pour enlever Pie XII

PieXII-oiseauAntonio Nogara raconte, dans le journal officiel du Vatican, L’Osservatore Romano, en italien du 6 juillet 2016, « cette nuit de 1944… quand le substitut se précipita chez le directeur des Musées du Vatican ». Les alliés venaient de confirmer le plan de Hitler d’enlever Pie XII, déjà connu du pape grâce à l’ambassade d’Allemagne. Un témoignage oculaire important et inédit, traduit intégralement par Constance Roques pour Zenit, et reproduit ici.

Dans la Rome, « ville ouverte » de 1943 et 1944, le langage habituel recourait, avec une grande fréquence, aux mots s’éloigner, s’éclipser, se tenir en embuscade, se cacher, échapper, disparaître, en référence aux personnes, et cacher, masquer, camoufler, dissimuler, en référence aux choses ; des verbes qui se confrontaient aux noms d’arrestations, déportations, razzias, coups de filet, perquisitions et séquestrations, termes révélateurs de la situation difficile d’alors.

Malgré l’afflux de personnes déplacées en quête d’une aide et d’un refuge, la Ville surpeuplée semblait presque déserte. Promenades, réceptions et divertissements en général quasiment abolis ; les « sorties », parfois à la limite de l’aventure, étaient destinées à la recherche du strict nécessaire à repérer le plus près possible, en empruntant de préférence les chemins, ruelles et petites places où la contiguïté des magasins, porches et bifurcations offraient de plus grandes possibilités de se dissimuler ou des échappatoires.

Le soir, tout le monde à la maison, autour de radios grésillantes, de portée limitée ou troublée, le volume au plus bas, en quête d’informations, ou engagé, avec des proches et des voisins d’immeubles, dans des parties prolongées de « briscola », de « scopa » (jeux de cartes populaires, ndlt) et de jeux similaires, mais toujours l’oreille tendue pour percevoir le danger imminent dans le son suspect du pas cadencé d’une ronde, un ordre militaire sec, le bruit d’un véhicule, un coup de feu…

Les rassemblements indispensables pour des raisons vitales, prompts à se dissoudre au premier signal d’alarme, se formaient à l’abri des cantines publiques et des paroisses qui distribuaient des rations fournies par le vicariat ou par le Cercle de Saint Pierre qui, grâce à la générosité de la Société générale immobilière et à ses camions protégés par les drapeaux du Vatican – certains étaient aussi mitraillés, faisant des victimes parmi les chauffeurs – se trouvaient en Italie centrale (Ombrie et Toscane).

Dans l’attente des tours, l’anonymat et le caractère occasionnel des rencontres favorisaient les échanges de conversations de circonstance, banales et circonspectes, dans lesquelles la patience forcée commune se créait des moments d’exutoire par des interjections dont l’hyperbole sarcastique masquait souvent la protestation. Parmi toutes celles qui m’ont été rapportées, je fus frappé alors par celle de quelqu’un qui, racontant avoir assisté à des coups de filet systématiques et à des disparitions de parents et de connaissances, hasarda, d’un ton sournois : « il ne manquerait plus qu’ils nous emmènent le pape ! » L’expression, à la limite de l’imaginable, aurait eu l’effet voulu en se référant à la Coupole ou au Colisée mais, avec l’allusion au pontife, elle obtenait la plus grande efficacité, comme une malédiction dans la douleur, l’humiliation et l’effarement, réveillant dans le subconscient, croyant ou non croyant, la question angoissée : mais qu’en serait-il de Rome sans le pape, centre du christianisme ?

Le tourbillon des événements ne me détourna pas du souvenir de cette boutade, jaillie ingénument telle une effusion dans un moment de colère, mais pas si invraisemblable ni infondée du tout. Quelques semaines plus tard, le hasard allait m’en donner une preuve personnelle inattendue.

En 1921, étant donné les multiples charges qui étaient confiées à mon père Bartolomeo, outre la direction générale des Musées, le pape Benoît XV lui accorda, privilège convoité et exceptionnel pour un laïc marié avec des enfants, d’habiter dans le sacré Palais apostolique qui, avec les Musées, la Bibliothèque, les Archives et une partie circonscrite des jardins actuels, complétait le territoire du Vatican avant le Concordat et le traité du Latran de 1929. En dépit des meilleures dispositions de la part des officials compétents, l’exiguïté des lieux rendait difficile le repérage de locaux habitables et adaptés à un usage familial ; après plusieurs mois de recherche, l’attribution tomba sur un ensemble de salles abandonnées du Secrétariat des Brefs, donnant par deux amples baies vitrées sur le centre du bras central de la Troisième Loge, avec par derrière des chambres et des couloirs qui donnaient sur le corridor du Triangle. L’accès était à côté de l’ascenseur, qui fonctionnait à l’eau à cette époque et servait aussi les autres « loges » de la Cour Saint Damase.

Quand la Secrétairerie d’État était fermée, la Troisième Loge déserte devenait un déambulatoire idéal avec vue sur Rome d’un bout à l’autre, par beau temps comme par mauvais temps. Mes parents en profitaient le soir après le repas ; souvent je les rejoignais et plus d’une fois je les trouvai en train de converser avec Monseigneur Giovanni Battista Montini qu’ils rencontraient alors qu’il sortait, bien au-delà des horaires, de la Secrétairerie d’État pour rentrer dans son logement situé au dos de la Première Loge, non loin de l’appartement Borgia.

Les contacts de mon père, pour raison de travail, avec Mgr Montini étaient presque quotidiens et les rencontres vespérales répétées, devenues habituelles avec les années, avaient aussi pris une empreinte familière pour ma mère et pour moi. À part l’heure – il devait être vingt-trois heures – je n’éprouvai donc pas de surprise particulière lorsqu’à un moment avancé de la soirée, en plein hiver 1944, entre la fin janvier et les premiers jours de février, ayant entendu la sonnette de l’entrée, je me trouvai face à Mgr Montini qui, entrant rapidement et fermant immédiatement la porte dans son dos, me dit qu’il « devait » rencontrer « le professeur » d’urgence.

Embarrassé de me trouver en robe de chambre et en pantoufles, je le priai de s’asseoir dans le studio-bibliothèque et je courus chez mon père qui était déjà au lit sous deux lourdes couvertures, son bonnet de nuit sur la tête et un édredon sur les pieds. Le chauffage avait été interdit par manque de charbon et par respect pour les sacrifices imposés aux Romains par les circonstances ; la chambre, exposée au nord, était particulièrement froide.

Par les temps qui couraient, surpris mais non contrarié compte tenu du caractère d’urgence manifesté par un personnage connu pour sa discrétion, mon père se rhabilla prestement. Je ne me souviens pas comment je me suis occupé de notre hôte illustre jusqu’à ce que, plus rapidement que prévu, mon père apparaisse ; après un bref conciliabule entre eux deux, ils sortirent à la hâte : mon père emmitouflé tenant à la main le lourd trousseau des clés du Musée et de la Bibliothèque, Mgr Montini avec une torche électrique qu’il avait posée sur un coffre dans l’entrée, torche du type de celles dont étaient dotés les pompiers pour leurs rondes nocturnes.

Préoccupé pour la santé de mon père plus que pour les motifs de cette excursion qui avait clairement pour objet les musées, j’attendis avec ma mère le retour qui advint au bout de presque trois heures. Mon père, qui paraissait très éprouvé et transi, nous rassura laconiquement et, renvoyant le compte-rendu à de meilleures heures, se mit au lit avec détermination et l’air préoccupé.

Ce n’est que le lendemain après-midi qu’avec la recommandation de maintenir le secret absolu, mon père nous révéla que l’ambassadeur du Royaume-Uni, sir Francis d’Arcy Osborne, et le chargé d’Affaires des États-Unis, Harold Tittmann, avaient averti ensemble Mgr Montini qu’ils avaient eu vent, par leurs services militaires d’information respectifs, d’un plan avancé du Haut Commandement allemand pour capturer et déporter le Saint-Père sous le prétexte de le mettre en sécurité « sous la haute protection » du Führer. Auquel cas, considéré comme imminent, les forces alliées interviendraient immédiatement pour bloquer l’opération, y compris par des débarquements au nord de Rome et un lâcher de parachutistes. Il fallait par conséquent préparer aussitôt un refuge secret où le Saint-Père serait introuvable pour le temps strictement nécessaire, deux ou trois jours, à l’intervention militaire.

Telles étaient la substance et la portée de la démarche diplomatique anglo-américaine, confidentiellement exposée par Mgr Montini à mon père, mobile exceptionnellement dramatique de l’excursion nocturne, qui devait naturellement être gardée secrète. C’est dans ce but que, toujours selon le récit de mon père, la recherche commença cette nuit-là, de la Galerie lapidaire à l’escalier de Bramante et, de là, dans les locaux de la vieille Direction des Musées et annexes, autour de la Grande Niche, et de la cour octogonale jusqu’à la Cour de la Pomme de pin, sans négliger les pièces mineures servant de dépôts, débarras, vestiaires à adapter éventuellement ; mais malheureusement, la recherche autour de ces locaux s’avéra négative.

Excluant a priori, pour sa trop grande visibilité, la Pinacothèque et le bâtiment attaché à la nouvelle entrée, partiellement habité, et excluant les magasins des Marbres dont la structure les rendait inhabitables, une pause s’imposait. La recherche, jusqu’alors décevante, fut étendue à la Bibliothèque qui, ne présentant pas de solutions internes, inspira cependant à mon père, qui y avait travaillé plus de dix ans comme « scrittore » au début du siècle, l’idée de visiter aussi la Tour des Vents contiguë et la visite confirma les attentes.

La grosse tour massive et élégante, en état de semi-abandon, se révéla contenir un dédale de pièces, de couloirs, d’escaliers et de petites échelles, un mini-labyrinthe dans un emplacement favorable pour un trajet couvert et rapide à parcourir. Mgr Montini en sembla convaincu et conclut l’extraordinaire galopade en rentrant à la maison.

Il ne fait pas de doute qu’il s’est bien agi d’une galopade, vu le rythme de marche que Mgr Montini avait imprimé dans la fougue de sa recherche et auquel mon père, qui avait trente ans de plus que Montini, résista bien (Bartolomeo Nogara avait alors presque 76 ans, Montini 46). Mon père rappelait aussi que son illustre compagnon de galopade, malgré l’angoisse de la recherche, manifestait de temps en temps de brefs commentaires sur la beauté suggestive des œuvres d’art entrevues par intermittence dans un rayon de lumière, au cours de cette rapide recherche. Quant au choix définitif du refuge, mon père était personnellement convaincu du caractère improbable de la solution d’y recourir, s’agissant d’un expédient précaire, d’une sécurité relative et d’une validité dans le temps très réduite. Il avait aussi proposé à Mgr Montini un plan alternatif en réserve, à savoir d’étendre la recherche à la basilique Saint Pierre, avec ses tenants et ses aboutissants, souterrains compris, comme siège peut-être plus sûr dans la fâcheuse hypothèse de la séquestration du Saint-Père. Mon père conclut le compte-rendu, nous fixant d’un regard plein d’amour, par la phrase « Que Dieu nous aide », invocation qui était aussi une invitation : « Ne me posez pas d’autre question ».

Un long silence s’ensuivit, ma mère anéantie entre incrédulité et effarement, moi surpris par la tournure que prenaient à l’improviste des événements qui demandaient la recherche immédiate de solutions certainement à haut risque personnel, y compris pour les amis que nous avions aidés à se cacher au Vatican et que nous ne voulions pas abandonner. Outre le sort malheureux et humiliant du Saint-Père à qui nous étions liés par l’affection et la dévotion, planait sur nous la pensée oppressante qu’une visite des SS ne serait bénéfique pour personne, réfugiés juifs et non juifs, avec les mesures de rétorsion possibles sur les résidents ecclésiastiques et laïcs. Quelques semaines agitées se passèrent dans l’attente spasmodique autant que vaine de développements réconfortants de l’Opération Schingle, étant donné l’enchaînement d’informations contradictoires provenant de diverses sources autorisées elles aussi.

Je me souviens ensuite comme d’un jour de grand soulagement de celui où mon père, rentrant à la maison après une de ses visites presque quotidiennes à la Secrétairerie d’État, nous confia que le plan d’Hitler était déjà connu depuis longtemps du Vatican qui avait été alerté par des indiscrétions privées allemandes de personnes hostiles au plan en question. L’ambassade d’Allemagne elle-même aurait souligné à Berlin les inévitables réactions négatives parmi les populations catholiques, y compris dans les différents pays neutres. La folle opération redoutée n’aurait pas lieu grâce aux prises de position internes des autorités diplomatiques allemandes à Rome. Il est cependant certain que les appréhensions pour la sécurité du pontife ne prirent fin qu’après l’abandon de Rome par l’armée allemande.

La solution pacifique à cet événement ne dissipa nullement certains motifs de perplexité qui l’accompagnèrent et que nous ne pouvons négliger, puisque nous en parlons. Il est hors de doute que les informations apportées par les deux ambassadeurs alliés étaient d’une gravité telle, même par rapport à ce qui était déjà su, qu’elle incita Mgr Montini à s’activer aussitôt pour faire face immédiatement, à l’improviste, à une situation d’urgence. Il est aussi impensable que Mgr Montini n’ait pas aussitôt informé de la démarche diplomatique le cardinal Luigi Maglione, alors secrétaire d’État, sans exclure des consultations plus larges et plus hautes. L’intervalle d’environ quatre heures, entre ses remerciements aux deux ambassadeurs et la solitaire visite-intrusion chez Bartolomeo Nogara, trouverait son explication dans ces consultations internes préalables à la Secrétairerie d’État. L’assurance d’une intervention immédiate qui aurait libéré le pontife en l’espace de quelques jours firent sans doute affleurer des motifs d’incertitude et de scepticisme quant au très bref délai annoncé pour l’intervention militaire, comme sur la possibilité de s’opposer aux éventuels soldats allemands qui, certainement bien entrainés et préparés dans ce but, auraient agi à coup sûr en une demi-heure ou à peine plus.

Avec du recul, en reparlant de cette excursion nocturne avec les doutes qui l’accompagnèrent, mon père exprima sa conviction qu’en cette circonstance Mgr Montini, quelles que fussent ses estimations personnelles, s’acquittait d’un devoir avec les scrupules et le zèle qui le caractérisaient. Dans la situation dramatique de ces mois, la dénonciation conjointe des ambassadeurs des deux plus grandes puissances alliées ne pouvait en aucune manière être ignorée. Heureusement, l’exécrable événement fut conjuré, épargnant l’histoire de pages plus douloureuses que celles qu’elle avait déjà écrites en ces temps-là. Je considère aujourd’hui pratiquement partagée par tous la conviction exprimée par mon père que Pie XII, en raison de son sens élevé de la dignité, du caractère fort dont il a fait preuve en diverses circonstances et du sens élevé de l’honneur qui a toujours accompagné son magistère, n’aurait jamais admis de compromis en négociant sa propre sécurité contre des solutions incompatibles – même minimes – avec la dignité et le prestige du pontife et de l’Église.

L’évocation de souvenirs de cette période vécue intensément réveille encore en moi des émotions apaisées comme celle des amples baies vitrées de la Troisième Loge qui tremblaient au grondement cadencé des coups de canon sur le front, désormais proche des « Castelli Romani », annonçant des temps nouveaux qui allaient bientôt frapper à nos portes.

 

Le Vatican n’a pas aidé les criminels nazis à fuir

L’Osservatore Romano rapporte la thèse de Pier Luigi Guiducci, professeur d’histoire de l’Église au centre diocésain de théologie pour laïcs Ecclesia Mater de l’université du Latran (Zenit du 10 août). Un éclairage utile (on se souvient d’une scène du film Amen de Costa-Gavras qui appuyait cette thèse, cf photo).

Dans le film Amen

« L’Église et le Vatican n’ont en aucune façon aidé la fuite des criminels nazis », affirme Pier Luigi Guiducci, professeur d’histoire de l’Église au centre diocésain de théologie pour laïcs Ecclesia Mater de l’université du Latran. Des propos rapportés par L’Osservatore Romano du 26 mai 2015.

Auteur de l’ouvrage « Au-delà de la légende noire » (Oltre la leggenda nera, Milan, Mursia), il travaille depuis dix ans « dans les archives allemandes, croates, italiennes, argentines et américaines, pour démentir des affirmations qui se révéleront infondées ou inventées et ne résisteront pas à l’analyse historique ».

Pour l’historien, « l’Église et le Vatican n’ont en aucune façon aidé la fuite des criminels nazis. Si ceux-ci ont réussi à s’infiltrer parmi les réfugiés avec de faux papiers ou à utiliser des filières diplomatiques pour atteindre l’Amérique du Sud ou d’autres nations où ils pouvaient compter sur de bonnes couvertures, il n’y a aucune trace de connivences d’ecclésiastiques ou d’organisations catholiques, qui ne s’occupaient que d’activités humanitaires ».

Dans la préface du livre, le père jésuite Peter Gumpel, rapporteur de la cause de béatification du pape Pie XII, souligne que Pier Luigi Guiducci « est en mesure de prouver que les thèses de divers auteurs n’expriment, la plupart du temps, que des opinions, des suppositions, des convictions personnelles non confirmées par des documents historiques, qui font l’impasse sur des données divulguées après l’ouverture d’archives civiles ».

Source : Zenit

Shades of Truth : ce nouveau film sur Pie XII rend-il service à l’Histoire ?

Présenté par Zenit comme un succès avant même sa sortie en salle, ce film ne serait finalement pas si réussi, comme le rapporte cette dépêche I.média que nous publions ici. Le journal italien Famiglia Cristiana parle en effet d’un film “qui fait mal à l’Eglise“, jugeant qu’il “n’est pas un bon service“ rendu à la vérité historique, tandis que le journal du Vatican lui-même, L’Osservatore Romano, le trouve “globalement naïf et en conséquence, peu crédible“. On en jugera après avoir vu le film, mais précisons que sa réalisatrice et productrice, Liana Marabini, est la Présidente du festival Mirabile Dictu, lequel avait, en 2011, accordé le prix international du film catholique à la série Ainsi soient-ils, avant de le retirer sous la bronca des catholiques.

Shades of Truth - Pie XIIC’est dans une salle proche du Vatican que la réalisatrice italienne Liana Marabini a présenté en avant-première mondiale, le 2 mars 2015, le film Shades of Truth (Nuances de vérité), un long-métrage visant à réhabiliter Pie XII (1939-1958) accusé de silence face à la Shoah. Au lendemain de cette projection, L’Osservatore Romano a ouvertement critiqué ce film de mauvaise qualité, pourtant au service d’une bonne cause.

Très symboliquement, les responsables de ce film sur Pie XII présenté comme un évènement mondial avaient choisi pour la projection la date anniversaire de la naissance d’Eugenio Pacelli (2 mars 1876) et celle de son élection (2 mars 1939). “Pie XII est le personnage le plus incompris du 20e siècle“, a assuré sa réalisatrice, déplorant que ce pape soit “victime d’incompréhensions“. Elle voit ainsi en lui “le Schindler du Vatican“, jugeant que son intervention discrète a permis de sauver quelque 800 000 juifs.

Le film raconte la quête de vérité menée par un journaliste italo-américain contemporain d’origine juive, David Milano, sur l’attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale. Voyageant à Rome, Jérusalem et Lisbonne, avec l’aide d’un ami prêtre, il revient peu à peu sur sa haine à l’égard de la figure de Pie XII au fil de ses découvertes et de ses rencontres avec des témoins historiques, des juifs sauvés grâce à l’intervention d’Eugenio Pacelli.

Si la volonté manifeste de défendre Pie XII et son action ne peut être objet de critiques, la qualité cinématographique de ce long-métrage est très relative, teintée de naïveté et de dialogues particulièrement simplistes, sans compter quelques erreurs grossières. Certaines réflexions semblent par ailleurs totalement superflues, comme celle d’un cardinal extrêmement favorable à Pie XII (interprété par le Français Christophe Lambert) qui critique au détour d’une réplique la possible révision du célibat sacerdotal dans l’Eglise et minimise les affaires de pédophilie au sein du clergé. Plus encore, lorsque le même cardinal Salvemini oppose Benoît XVI (2005-2013) et le pape François pour affirmer que le premier n’a pas eu peur de valider l’héroïcité des vertus de Pie XII.

Mieux vaut renoncer

Shades of Truth doit sortir au cinéma à partir du mois d’avril et devrait être présenté en marge du Festival de Cannes, au mois de mai prochain. Au lendemain de la projection en avant-première de ce film, plusieurs médias se sont montrés particulièrement sévères, à commencer par L’Osservatore Romano dirigé par l’historien italien Gian Maria Vian, auteur d’un ouvrage démontant la légende noire sur les silences de Pie XII.

“Ce n’est pas avec des travaux comme Shades of truth que l’on aide la compréhension historique de l’action de Pie XII et de son Eglise à l’égard du peuple juif pendant la Seconde Guerre mondiale“, assure ainsi L’Osservatore Romano dans son édition datée du 3 mars. “Lorsque les moyens de production et artistiques ne sont pas à la hauteur d’un travail d’une telle envergure, il vaut mieux renoncer“, juge encore le ‘quotidien du Vatican’ pour qui “même avec des décors un peu arrangés et peu d’acteurs (…) il était possible de faire bien mieux“. En conclusion, L’Osservatore Romano assure que ce film est “globalement naïf et, en conséquences, peu crédible“.

Quant au quotidien de l’épiscopat italien Avvenire, il estime que le film Shades of truth part d’une “bonne intention“, mais “donne lieu à de nombreuses perplexités“. L’hebdomadaire catholique le plus lu d’Italie, Famiglia Cristiana, parle tout simplement d’un film “qui fait mal à l’Eglise“, jugeant qu’il “n’est pas un bon service“ rendu à la vérité historique. L’hebdomadaire note en particulier que l’affiche du film risque fort de déclencher une nouvelle polémique. L’image est tirée d’une vision du journaliste américain au cours de laquelle Pie XII lui apparaît avec une étoile jaune cousue sur sa soutane blanche, à côté de sa croix pectorale. Ce film, pour certains observateurs, pourrait paradoxalement causer du tort à la cause de béatification d’Eugenio Pacelli, actuellement en cours.

Source : i.Média. 3 mars 2015.

Pie XII, le « Schindler » du Vatican ?

Pie XII

Le film-enquête « Shades of Truth » (Ombres de vérité), sur l’action de Pie XII en faveur des juifs pendant la shoah, a été projeté en avant-première à l’Institut « Maria Bambina » de Rome, le 2 mars 2015, jour anniversaire de sa naissance et de son élection comme pape.

Add. 11/03/2015 : ce film crée la polémique. Lire notre nouvel article.

Réalisé par l’historienne Liana Marabini, il sera présenté en mai (hors compétition, ndlr) au Festival de Cannes, et en septembre à Philadelphie, lors de la VIIIème Rencontre mondiale des familles à laquelle participera le pape François.

Pour Liana Marabini, ce film montre le pape Pacelli comme « le Schindler du Vatican » : il réhabilite en effet Pie XII, en révélant son œuvre silencieuse mais imposante en faveur du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale. Se basant sur plus de cent mille pages de documents et de témoignages inédits, il affirme que la diplomatie de Pie XII a permis de sauver huit cent mille juifs de la persécution nazie.

Une action qui a commencé bien avant le 16 octobre 1943, jour où des patrouilles de SS firent irruption dans l’ancien ghetto de Rome, arrachant hommes, femmes et enfants juifs à leurs habitations. Déjà, depuis que les lois raciales fascistes avaient été adoptées, en novembre 1938, celui qui était alors le cardinal Eugenio Pacelli avait commencé à se mobiliser, en tant que Secrétaire d’État du Vatican, pour garantir une protection aux juifs frappés d’interdiction de travailler dans les établissements d’État et dans les entreprises publiques ou semi-publiques.

A titre d’exemple, le P. Peter Gumpel, sj, postulateur de la cause de béatification de Pie XII, évoque pour Zenit l’histoire du juif Guido Mendes, un ancien compagnon d’école d’Eugenio Pacelli, qui, avec sa famille, put se réfugier en Suisse grâce à un sauve-conduit qui lui fut fourni par l’intermédiaire du cardinal Eugène Tisserant, de la Secrétairerie d’État du Vatican.

Mais la main tendue à la famille Mendes n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. À travers un ensemble de canaux non officiels, de directives, de messages chiffrés et de contacts avec des bienfaiteurs, le Saint-Siège mena une œuvre conséquente d’assistance aux juifs. Tout d’abord, rappelle le P. Gumpel, « pour permettre aux juifs moins aisés de s’expatrier vers l’Amérique, on lança « l’Oeuvre Saint-Gabriel » : grâce à un accord avec le président brésilien Getúlio Vargas obtenu par le cardinal Pacelli, trois mille juifs ayant fui l’Italie et l’Allemagne trouvèrent refuge au Brésil ».

L’action d’Eugenio Pacelli se poursuivit après son élection comme pape. Les églises, les paroisses et les couvents ouvrirent en secret leurs portes aux nombreux juifs – et non-juifs – qui fuyaient la persécution. Comme l’ont confirmé différentes sources, par l’intermédiaire du P. Robert Leiber, secrétaire particulier de Pie XII, le pape donna personnellement aux établissements de l’Église l’ordre d’offrir un refuge aux fugitifs. Mgr Giovanni Battista Montini, proche collaborateur du pape, fut chargé de cette tâche. On estime que, grâce à l’accueil offert par l’Église catholique, 4.447 juifs furent sauvés dans la seule ville de Rome.

« Un certain nombre de juifs étaient cachés au Vatican, explique le P. Gumpel, et Pie XII insista pour qu’ils y restent tout le temps nécessaire, au risque de se heurter à qui voulait au contraire les renvoyer. »

Non seulement des vies humaines furent sauvées, mais d’autres ont vu le jour grâce à l’aide offerte par l’Église. Le nombre de juifs qui trouvèrent refuge à Castelgandolfo, dans les murs du palais pontifical, n’est pas précisé. En revanche, on connaît le nombre de femmes juives, enceintes, qui accouchèrent en ces lieux : « Une quarantaine d’enfants juifs sont nés dans la résidence de Castelgandolfo, certains même sur le lit personnel de Pie XII. Le pape en était informé et il a envoyé des vivres », précise le P. Gumpel.

Lorsque Pie XII meurt, le 8 octobre 1958, diverses associations et quotidiens juifs et sionistes du monde entier, les rabbins de Londres, Rome, Jérusalem et d’autres en France, Égypte et Argentine, pleurent la disparition de ce pape que Golda Meir, ancienne premier ministre israélien, a défini comme « un grand serviteur de la paix ».

Un exemple de résistance spirituelle dans un camp de la mort

Victor Tiollier, séminariste

Alors que nous avons célébré en juin dernier le 70e anniversaire de la Libération de la France, nous pouvons faire mémoire de ceux qui, dans les camps de déportés, ont témoigné de leur foi, après avoir pris le risque d’entrer en Résistance. Le Journal tenu pendant huit mois par un jeune séminariste, Victor Tiollier sur de petits carnets entre le camp de Compiègne, où il fut interné après son arrestation à Lyon en 1944 et sa mort au camp de Neckarelz, en février 1945, est un de rares documents de ce genre qui nous soit parvenu. Il peut être consulté dans son intégralité sur un site qui vient de lui être dédié. Un témoignage qui intéressa aussi tous ceux qui se penchent sur la question Pie XII et plus généralement sur l’action des chrétiens pendant la Seconde guerre mondiale.

Né en janvier 1921, Victor Tiollier était né à Cruet, près de Montmélian (Savoie), où son père Albert, exploitait la vigne, dans le domaine de L’Idylle. Deux des frères de celui-ci étaient tombés pendant la Grande Guerre. La mère de Victor, Marie, était originaire de Pont-de-Beauvoisin (Savoie), où la famille était implantée depuis le XVIIIe siècle. Albert et Marie ont eu 6 enfants. Victor fait ses études au collège de La Villette à Chambéry (Savoie), qui fut à l’origine un petit séminaire, transféré près du chef-lieu de la Savoie en 1905, après les lois de séparation de l’Église et de l’État.

Victor Tiollier, séminariste

Il est imprégné dans sa jeunesse des valeurs du scoutisme. Après le baccalauréat, et les Chantiers de Jeunesse, il entre au séminaire de Chambéry. En 1943, sur le conseil de ses supérieurs, il se donne un temps de réflexion. Il entreprend alors des études de droit à Lyon. Il loge chez sa tante, Madame Jeanne Larchier, à Villeurbanne. Celle-ci héberge aussi deux autres étudiants, qui se trouvent être des agents du Réseau Gallia, un important réseau de Résistance : Paul Gentil et le cousin germain de celui-ci, Pierre Pittion-Rossillon. Ce dernier avait conseillé aux autres membres du réseau de se disperser en cas d’arrestation, car il n’était pas sûr de ne pas parler sous la torture. C’est pourquoi les deux jeunes résistants se cachent après avoir échappé à une perquisition de la Gestapo, en avril 1944.

Victor écrit alors à son père qu’il lui revient de reprendre le flambeau du « réseau » : « À un moment où tout était désorganisé et à refaire, j’ai cru et je crois encore qu’il était de mon devoir de ‘faire la relève’. On ne peut rester indifférent en face de certains actes, en face de certains procédés, en face de certaines gens. Trop de Français parlent, parlent… et ne font rien. J’ai été trop longtemps de ceux-là. »

Victor n’a pas le temps de beaucoup agir. Il est arrêté à Lyon le 19 mai 1944, alors qu’il relève une boîte aux lettres clandestine, rue Sainte-Catherine. Interrogé le lendemain, au 13 rue de la Fouaillerie, en pleine nuit, puis dans une cave d’une maison de la Gestapo, avenue Berthelot (ancienne École de Santé Militaire), il subit le supplice de la baignoire, mais ne parle pas. Menotté, il est emprisonné à Montluc (qui avait été la prison de Jean Moulin), où il restera quatre semaines.

Le 19 juin un train l’emmène, avec d’autres résistants, au camp de Compiègne-Royallieu (Oise.) Il est ensuite transféré à Dachau où il arrive le 5 juillet 1944. De ce convoi éprouvant, qui sera connu comme « le train de la mort », il réussit à lancer, alors qu’il est encore en France, un mot pour ses parents , qui le recevront. De Dachau il est bientôt transféré à Neckarelz, camp annexe du KL Natzweiler, dans la vallée du Neckar.

Depuis le 28 juin, alors qu’il était encore à Compiègne, il a noté dans un petit carnet son parcours et ses impressions au jour le jour. Il continue à Neckarelz.

Victor Tiollier, séminariste

Jour après jour, en dépit d’un travail exténuant, il s’astreint à une discipline morale et spirituelle de tous les instants dont il consigne les difficultés dans ce journal, qu’il cache soigneusement dans un de ses sabots.

Les notes s’interrompent à la date du 19 janvier 1945 : trop faible pour écrire, Victor Tiollier meurt cinq semaines plus tard du typhus. Il avait confié son journal à un camarade.

Georges Villiers, ancien maire de Lyon, et futur président du C.N.P.F. (le Patronat français), qui avait été transféré de Compiègne par le même convoi que lui, et trois autres camarades se portent volontaires pour enterrer Victor dans le cimetière de Binau avec deux autres déportés. Ils prennent soin d’entourer sa cheville d’un ruban à son nom, afin que son corps puisse être reconnu plus tard.

Son cercueil est rapatrié après la guerre dans le caveau familial du cimetière de Cruet, où il repose auprès de sa mère, décédée en décembre 1944.

Le journal de Victor Tiollier, ramené par son camarade de déportation, s’est retrouvé entre les mains de Georges Villiers, qui l’a remis à son père en 1945.

Les deux carnets qui contiennent le journal de Victor Tiollier sont visibles dans une vitrine du Musée de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Ils sont présentés comme un émouvant acte de résistance spirituelle dans un camp de la mort, à côté d’un chapelet et d’un petit crucifix confectionnés de façon artisnale dans d’autres camps.

En 1954, Albert Tiollier, recevra la Légion d’honneur à Chambéry, au nom de son fils Victor. Une plaque au nom de Victor Tiollier a été apposée après la Guerre au grand séminaire de Chambéry. L’archevêque de cette ville, Mgr Laurent Ulrich, en a inauguré une autre le 25 février 1945, jour anniversaire de son décès à Neckarelz. Il s’est ensuite rendu sur sa tombe, au cimetière de Cruet.

Victor rejoignait d’autres chrétiens, eux aussi disparus dans des camps, tel Pierre de Porcaro, prêtre de Saint-Germain-en-Laye, mort lui aussi du typhus, à Dachau, le 12 mars 1945 (868 prêtres, de plusieurs nationalités, sont décédés rien qu’à Dachau).

Une entrée au séminaire. Puis une sortie. Y serait-il revenu ? Nul ne le sait. Dans la vie d’un homme, des portes s’ouvrent ou se ferment, et, comme l’a dit Malraux, la mort finit par faire de tout cela cela un destin.

Victor ignorait qu’après son entrée en résistance, après l’épreuve atroce de la prison, de la torture et de la déportation, il avait rendez-vous avec Quelqu’un.

 

EXTRAITS DU JOURNAL DE VICTOR TIOLLIER

COMPIÈGNE-DACHAU

Séjour à Compiègne : 19 Juin – 1er Juillet
Chambre 4. Installation avec Giuseppe, sous-chef de chambre, comme second de Mr Villiers. Ravitaillement assez dur : 1 soupe et 1/3 de boule (ou 1/4 avec beurre ou fromage) 2 soupes le jeudi et le dimanche.
Camp C à cause de cas de diphtérie
Vain espoir de manquer le prochain départ
Organisation de la chambre. Bonne équipe, sympathique malgré les disputes fréquentes.
Conférence du Général Camille.
Equipe de Savoyards.
Messe quotidienne de l’abbé Gontandin. Dernière messe de Juillet avant le voyage tragique
[…]

2-5 Juillet. Voyage : Compiègne – Dachau
Départ du camp à 5h du matin, sous la pluie avec une boule et du saucisson, encadrés comme des bandits. Long stationnement : essai de groupement en vue de fuite.
100 dans un grand wagon à bestiaux (60) avec deux fenêtres ouvertes à moitié Chaleur torride dès le début.
Tous debout : impossibilité de tous s’asseoir… Tonneau d’eau, 2 tinettes
En route vers Soissons : essai de tous s’asseoir : compression intolérable. Chalons sur Marne vers midi. La chaleur devient étouffante. Vers 3h avant d’arrivée à Reims : situation tragique, on tombe dans les pommes, assaut de la fenêtre, on implore de l’eau et de l’air. A l’arrêt : eau. On ouvre les deux autres fenêtres.
Dans le reste du train la situation est tragique. Refus des S.S. d’ouvrir les wagons : les gens deviennent fous et se battent entre eux, s’écrasent, s’étouffent. Dans notre wagon situation très dure jusque vers 10h du soir. Dans les autres wagons innombrables : 36, 45, 75 ,97 (bataille à coups de couteaux et bouteilles)
Vers 4h du matin, essai d’évasion : trous dans les wagons, cris et bruits : le train stoppe, les Allemands arrivent : menacent, A demain.
Réveil tragique dans les wagons de morts, Vitry, Metz-Sarrebourg.
Vers le Rhin, Haguenau – Carlsbad (Marseillaise en quittant la France). Jolie vallée puis forêt Noire, Karlsruhe.
Nouveau wagon : espoir de fuite par grilles du bas mais déconseillé parce qu’en Allemagne. Pauvreté de la Souabe.
Passage dans une gare de marchandises de Munich
Arrivée à Dachau, inquiétude. En réalité, le camp n’est plus terrible (10 à 20.000 h.)

[…]

Mercredi 5 Juillet

Arrivée à Dachau vers 3h : débarquement. En procession interminable vers le camp : froideur de la population. Cité S.S., à droite. Rassemblement sur la place du camp (1.600.) Appel nominatif (classé I sans importance Groupe Thierry, Villiers et moi. Déshabillage total dans le pré. J’abandonne mon beau costume.
Douche, tonsure et coups de pinceau ! Habillement : 1 caleçon 1 chemise et 1 veste (K.L.)

[…]

NECKARELZ
Samedi – Dimanche 30 – Incendie à la mine de l’huile : tête de nègre.
Meilleur sommeil. Volonté très nette d’aboutir, de briser la volonté, l’intelligence, par tous les moyens.
Pas de vie, de laisser-aller, de cafard mais un acte de- volonté personnel par jour.
Être le levain chrétien dans la pâte par la prière et la charité. Réagir, vouloir.

[…]

Vendredi 25 Août 1944 : Je porte sur moi la Ste Réserve toute la nuit et le lendemain sous mon oreiller (1ers chrétiens, Tarcissius) Le soir, confession, communion. Bonne nuit à la pompe (pas d’eau 6 français et le petit russe)
Pour la 1ère fois Mr Villiers est resté au camp pour faire les pluches. Ferventes prières à St-Louis pour la France qui est en train d’être libérée et nous sommes là. Toujours grosse chaleur : dans le pays, moisson et regain.

2015, année de l’ouverture des Archives « secrètes » sur Pie XII ?

Pie XII

Pie XII à son bureau

Il y a tout juste un an, le Sunday Times accordait un entretien au rabbin argentin Abraham Skorka, ami de longue date du pape François, qui annonçait que ce dernier serait prêt à ouvrir les Archives du Saint-Siège afin de faire toute la lumière sur le rôle de Pie XII et de l’Eglise durant l’Holocauste. Problème : elles contiendraient plus de 16 millions de feuilles ! A l’occasion de cette annonce, le site Aleteia avait publié un entretien avec le postulateur de la cause de béatification du pape Pie XII, que nous republions ici. Il était alors question de cette ouverture « pour bientôt ». Pour 2015 ?

Appelé en 1960 à la Curie généralice de la Compagnie de Jésus, le père Peter Gumpel a été nommé Substitut du Postulateur Général de l’Ordre, puis assistant du professeur Paolo Molinari, le Postulateur général, qui avait été nommé expert du Concile Vatican II.
En 1983, après avoir été durant 12 ans Consulteur théologien de la Congrégation pour la cause des saints, il a été nommé rapporteur par le Pape Jean Paul II.

Qu’est-ce qu’un rapporteur? Quels droits sur les archives vous donnait cette fonction?

Le rapporteur est un fonctionnaire de premier ordre  dans la hiérarchie vaticane. J’ai été affecté à la Congrégation pour les Causes des Saints, avec pour tâche de traiter 80 cas et de vérifier si, sur les plans historique et théologique, tout le matériel présenté à la Congrégation était fiable ; ou s’il y avait des lacunes et, le cas échéant, prescrire de nouvelles investigations : en bref, je devais tout contrôler. Et pour réaliser ce travail,  je bénéficiais, sur ordre de Jean Paul II, d’un accès libre et illimité à la totalité des archives du Vatican, et en particulier, aux archives secrètes et à celles de la Secrétairerie d’Etat.

Quelle a été votre impression en ouvrant les archives ?

Après cet ordre du Souverain Pontife, j’ai été invité à jeter un coup d’œil à ces archives secrètes et à effectuer une première visite, accompagné d’un haut fonctionnaire du Vatican, pour voir ce qu’il y avait  et me rendre compte de la situation. Lors de cette visite, j’ai vu des étagères de plusieurs centaines de mètres de long et, sur les étagères, de grandes boîtes de carton. Une ou deux ont été ouvertes, à ma demande, et j’ai pu voir ce qu’elles contenaient. J’ai trouvé un mélange de choses et matériaux hétéroclites et me suis demandé comment on avait pu en arriver là.

Voici l’explication qui m’a été donnée : durant la Seconde Guerre Mondiale, sur la période 1939-1945, arrivaient parfois au Saint-Siège environ mille lettres par jour, de contenu très disparate, très divers. A cette époque le personnel était limité, répondait rapidement. Ensuite on plaçait le tout dans ces “conteneurs”, dans l’espoir de pouvoir y mettre de l’ordre, un jour.

Mais, pourquoi ce matériel est-il  resté « secret »?

Il faut savoir une chose, qui est importante : tous les Etats ont un délai dans lequel vous ne pouvez pas consulter les archives publiques : dans certains cas, 30 ans, dans d’autres 50, voire même 100 ans.  Au Vatican, il n’existe aucune loi pour cela, mais il y a une règle selon laquelle le délai de communication des archives en rapport avec un pontificat est de 70 ans après la mort du souverain pontife. Autrement dit, dans le cas de Píe XII – j’étais responsable de sa cause en tant que rapporteur –  les actes et procès-verbaux de son pontificat ne devaient être ouverts qu’en  2028, puisqu’il est mort le 9  octobre 1958.

Quelle est l’importance du matériel de ces archives de Pie XII ?

Beaucoup de personnes ne s’en rendent pas compte. Nous parlons de 16 millions de feuilles ! Une quantité énorme de lettres envoyées au Saint-Siège, de réponses à ces lettres, etc. Vous comprendrez que mettre de l’ordre dans ce matériel a nécessité un travail considérable. Le personnel était très limité: au cours des 20 premières années, il n’y avait que deux archivistes professionnels. Maintenant il y en a beaucoup plus, compte tenu de l’obligation de rendre ces fichiers accessibles. Et c’est ce que nous voulons, ne serait-ce que pour contrer toutes ces attaques et stupidités répandues sur ce pontificat.

Quelle période ces archives couvrent-elles ?

Les archives couvrent l’ensemble de la période de  Pie XII. Si on veut comprendre ce qui s’est passé pendant la guerre, il faut aussi  considérer ce qui  la précède, car cela explique de nombreuses décisions prises. Il est intéressant de jeter un coup d’oeil  sur les  12 années durant lesquelles Pacelli a été nonce apostolique en Allemagne, et ensuite les 9 années où il a été Secrétaire d’Etat de Pie XI : Píe XI est mort en février 1939, et  les procès-verbaux et les archives sont donc ouvertes. Mais qui les consulte?  Quasiment  personne.

Rappelons aussi que le Saint-Siège, sous le pontificat de Paul VI, a donné l’ordre de publier des documents diplomatiques relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de 12 volumes avec des milliers et des milliers de documents, une collection intitulée « Actes et documents du Saint-Siège » relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci ont déjà été publiés:  j’ai pris contact avec les trois experts qui ont participé à la préparation de ces volumes. Le premier volume a paru  en 1963, et le dernier, le douzième, en décembre 1981 -autrement dit : il leur a fallu 18 ans. Ces experts ont trouvé les boîtes d’archives telles que je les ai trouvées : ils ont pris chaque document l’un après l’autre, ont sélectionné ce qui était intéressant et pour finir ont publié des milliers et des milliers de pages qui sont accessibles. Mais qui les lit ? Très peu de gens.

C’est une chose que j’ai pu constater dans des conversations privées que j’ai eues avec des professeurs universitaires, surtout en Amérique du Nord.  Je me suis rendu compte que beaucoup de ces personnes ne connaissent pas ni l’italien, ni l’allemand et, par conséquent, qu’ils n’ont pas eu la possibilité d’étudier ces actes et procès-verbaux. Le français aussi leur pose problème
Nous, en tout cas, nous espérons que, dans une période relativement brève, tous les dossiers des Archives secrètes du Vatican et celles de la Secrétairerie d’Etat  seront accessibles.

Comment ont travaillé les archivistes ?

Le travail consistait principalement à sélectionner, autrement dit à mettre ensemble ce qui devait l’être, car certaines questions s’étendaient sur des années, avec des documents disséminés dans plusieurs boîtes. Ensuite il fallait les classer en fonction des divers types d’affaires : certaines lettres demandaient de l’argent, d’autres des informations sur des personnes disparues, d’autres encore étaient des documents strictement diplomatiques. Donc tout un mélange de choses.

En second lieu, il existait deux possibilités : ou les relier ou les classer dans des classeurs-chemises. L’avantage de ces classeurs est que les feuilles sont volantes et plus faciles à photocopier. Dans les classeurs-chemises, il faut attribuer au matériel une numérotation qui permet au chercheur de trouver facilement ce qu’il recherche. En outre – et c’est un travail colossal – il faut établir un index des dizaines de milliers de noms qui sont mentionnés: il s’agit d’un premier index, un index de personnes, qui me permet de vérifier assez facilement si une personne X a eu des contacts avec le Saint- Siège, et pourquoi.

Ensuite il y a un deuxième index C: par diocèses, par pays, etc. Grâce auquel on peut savoir si un diocèse a eu des contacts avec le Saint-Siège au cours de cette période, ce dont il s’est agi, quelle a été la réponse, etc. Enfin, le troisième index est thématique: selon les sujets, on peut connaître les réponses du Saint-Siège aux différents gouvernements, les prises de position essentielles. Tout cela nécessite beaucoup de temps.

Le travail se poursuit-il encore sur ces sujets ?

Oui, et il avance bien. Je demande régulièrement au préfet des Archives secrètes, Mgr Sergio Pagano, « quand êtes-vous prêt? ». Il est, bien sûr, très prudent et ne veut pas fixer un jour déterminé, mais sans préciser la date exacte de l’ouverture des archives, on peut penser que c’est pour bientôt.

Cela fait trente ans que, d’une manière ou d’une autre, vous avez pu accéder à ces archives ?

Oui, immédiatement après avoir été nommé rapporteur, j’ai convenu avec les quelques archivistes d’alors, avec qui j’entretenais des rapports très cordiaux, et aussi parce qu’ils savaient que le Pape me l’avait demandé, que s’ils trouvaient au cours de leur travail des choses susceptibles de m’intéresser, ils m’enverraient une copie du document. Ce qu’ils ont fait régulièrement, de sorte que – au fur et à mesure que le travail avançait – j’ai pu travailler à la « Position » que nous avons présentée en 2004.

Par conséquent, nous n’avons pas été bousculés. Parfois les postulations ont été rapides, mais je n’ai jamais aimé ça. Je suis historien de profession: il faut examiner une question l’une après l’autre afin de parvenir à une certitude scientifique absolue. Dans ces archives, il n’est rien que je n’aie pas vu : le postulateur, le professeur Molinari, et moi-même, avons voulu examiner chaque chose à fond, afin de présenter ensuite la cause à la Congrégation et de la soumettre aux trois discussions: d’abord la soumettre aux théologiens, et pour finir aux cardinaux et évêques de la Congrégation. 13 votants ont donné à l’unanimité un avis extrêmement positif  et ont conseillé le Pape d’alors, aujourd’hui le pape émérite Benoît  XVI, de procéder à  la publication du décret des vertus héroïques de Pie XII, qui ouvre la voie à la béatification du Pape Pacelli. Benoît XVI, pour qui j’ai beaucoup travaillé lorsqu’il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a tenu à considérer  la question en personne, car il existe un certain nombre d’oppositions à la cause de béatification.

De qui viennent ces oppositions, en particulier ?

Ces oppositions proviennent principalement de trois sources : tout d’abord des communistes, qui ont fait une grande propagande, répandant des quantités de fausses rumeurs contre Pie XII: les Russes soviétiques en particulier, mais aussi les communistes italiens, bien que dans une moindre mesure. Ensuite la franc-maçonnerie, en grande partie très anti-catholique.

Le troisième groupe, et c’est douloureux pour moi, quelques groupes juifs. Cependant, quand on parle de grands groupes de personnes d’une nation, d’une religion, etc. il faut toujours opérer une distinction : j’ai reçu la visite de 800 rabbins, très fidèles à la loi de Moïse, qui m’ont dit : « Nous n’avons rien à voir avec ces attaques contre Pie XII, nous savons qu’il a sauvé des milliers et des milliers de personnes. Nous lui en sommes reconnaissants”. Mais il y a des Juifs, souvent athées, qui ont lancé une campagne, comme quoi le Pape n’a rien fait, et allant à l’encontre des affirmations de nombreux notables juifs. Pour ne citer qu’un exemple, Martin Gilbert, qui est considéré comme le plus grand spécialiste de l’Holocauste, est en faveur de Pie XII à cent pour cent.

Traduit de l’espagnol par Elisabeth de Lavigne pour Aleteia

Le Pie XII de Pierre Milza

Pie XII - Pierre MilzaNous vous proposons ici une recension du livre Pie XII, de Pierre Milza* (Fayard, octobre 2014 – lien Amazon), par Jean-Baptiste Noé, historien.

Ad. : un contre-point de cette recension a été publié ici.

Pierre Milza est passé maître dans les biographies historiques : Napoléon III, Mussolini, Garibaldi, Verdi, et ce spécialiste de l’Italie contemporaine et du fascisme s’intéresse aujourd’hui à un autre Italien : Eugenio Pacelli. Il nous propose une biographie monumentale de plus de 400 pages, très bien écrite et documentée, abordant tous les aspects de la vie de Pacelli, et ne s’arrêtant pas uniquement à ses années de guerre mondiale. La couverture exprime d’emblée la thèse de cette biographie : ce n’est pas la photo de Pie XII qui y est imprimée, mais celle du cardinal Pacelli en 1935, secrétaire d’État et diplomate du Saint-Siège. L’auteur a à cœur de montrer comment Pacelli fut d’abord un diplomate, un homme au service du Saint-Siège, de par sa tradition familiale, l’aristocratie noire de Rome, sa formation, études de droit et de diplomatie, et ses fonctions pastorales : il travailla toujours dans l’orbite de la secrétairerie d’État.

Bien sûr, le lecteur ira immédiatement aux pages consacrées à la guerre, pour savoir ce que l’auteur pense de l’action de Pie XII face aux nazis et face au génocide juif. C’est commettre une erreur épistémologique que de procéder ainsi, car l’attitude de Pie XII entre 1939 et 1945 ne peut se comprendre sans sa formation initiale et ses missions diplomatiques durant les années 1920-1930. Pierre Milza démontre de façon admirable comment Pacelli était un conseiller recherché par les papes qu’il a servi, Benoît XV et Pie XI, et le secrétaire d’État avec qui il a longtemps travaillé, le cardinal Pietro Gasparri. C’est Pacelli qui est envoyé dans la plupart des États d’Europe pour négocier les concordats que ceux-ci veulent signer avec le Saint-Siège. C’est lui qui est nommé nonce à Munich, voyant ainsi de l’intérieur les affres de la déroute de 1918, dans une Allemagne en proie à la dissolution et secouée par les difficultés de la république de Weimar. Il affronte la révolution spartakiste, et risque sa vie à plusieurs reprises, étant la cible des révolutionnaires communistes. Bras droit de Pie XI, c’est lui qui travaille sur la rédaction de l’encyclique condamnant le nazisme (1937), comme il avait auparavant négocié avec le régime fasciste pour aboutir aux accords du Latran (1929). Ce diplomate écouté, que Pie XI a envoyé faire des voyages aux Amériques et en Europe, est un des plus grands connaisseurs de l’Europe et des dangers totalitaires quand s’ouvre le nouveau conflit mondial en 1939.

Sur l’action de Pie XII pendant la guerre, Pierre Milza reprend les travaux pionniers du père Pierre Blet et de Philippe Chenaux. Il montre comment Pie XII a contribué à sauver des juifs, comment il fut aussi torturé par ses dilemmes de savoir s’il devait parler publiquement et des conséquences que cela aurait sur les nazis. Il n’omet pas non plus de mentionner l’action de Roosevelt et de Churchill, sur le sujet beaucoup plus passifs que le pape.

Tout au long de sa biographie, Pierre Milza s’attache à nous montrer l’humanité de Pie XII et à briser l’image pieuse d’un homme hiératique et froid. Il évoque ses problèmes de santé, des douleurs gastriques qui le tiraillent tout au long de sa vie, ses longues heures passées à travailler, dormant très peu, et son amour du peuple romain et des ouailles qui lui sont confiées. Pendant les bombardements de Rome, il part régulièrement visiter les quartiers touchés, au mépris des règles de sécurité. Il visite directement les populations frappées par la guerre, revenant poussiéreux et la soutane tachée de sang.

Si le Pacelli diplomate est très bien étudié, on regrettera que l’auteur passe un peu vite sur le Pacelli pape, dont le pontificat d’après-guerre a duré presque 15 ans. Tous les grands thèmes de son pontificat sont abordés : les prêtres ouvriers, la réforme de l’Église, la modernité et la construction de l’Europe. L’auteur en parle très bien, et s’attache à montrer que Pie XII fut un pape réformiste et innovant, ce qui surprendra ceux qui ont de celui-ci une vision quelque peu figée. Le dernier chapitre est ainsi consacré à l’Europe violette et vaticane, où l’on découvre que Pie XII a porté la naissance du projet européen, et qu’il a proposé à plusieurs reprises les institutions suisses comme modèles politiques pour l’Europe des nations. Celui qui fut toute sa vie juriste et diplomate était à même de pouvoir proposer des institutions adaptées pour l’Europe.

Ce Pie XII sera probablement un classique. C’est en tout cas d’ores et déjà une grande biographie. Pierre Milza a su appliquer ses qualités et ses talents à une personne qui ne correspondait pas au champ premier de ses recherches.

 

(*) Biographie de l’auteur

Né en 1932, Pierre Milza est historien, spécialiste de l’histoire du fascisme et de l’Italie des XIXe et XXe siècles. Docteur ès lettres, il est professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris et membre du conseil scientifique de l’Institut François Mitterrand. Jusqu’en 2000, Pierre Milza a été directeur du Centre d’histoire de l’Europe au XXe siècle (CHEVS) à la Fondation nationale des sciences politiques, et président du Comité franco-italien d’études historiques.

Pierre Milza a publié de nombreux manuels dans la collection « Initial », aux éditions Hatier, en collaboration avec Serge Berstein. Il est notamment l’auteur de Voyage en Ritalie (Plon, 1993), Les Relations internationales de 1918 à 1939 (Armand Colin, 1995), Les Relations internationales. I. De 1945 à 1973 (Hachette, 1996), Les Relations internationales. II. De 1973 à nos jours (Hachette, 1997), Sources de la France au XXe siècle (Larousse, 1997), Mussolini (Fayard, 1999), prix Guizot et Grand prix d’histoire de la Société des gens de lettres 2000, Fascisme français, passé et présent (Flammarion, 2000), L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites de 1945 à aujourd’hui (Fayard, 2002), Napoléon III (Perrin, 2004), prix des Ambassadeurs 2004, Histoire de l’Italie des origines à nos jours (Paris, Fayard, 2005) et Voltaire (Perrin, 2007).