Marianne et Pie XII

La position de l’hebdomadaire Marianne et ses évolutions…

Ceux qui s’intéressent à la question Pie XII et travaillent à défendre la vérité historique sur ce pape n’ont pu qu’être profondément choqués par le dossier que lui a consacré l’hebdomadaire Marianne, dans son numéro 663 du 2 janvier 2010.

La couverture associant Hitler et Pie XII, dans une situation de subordination du second à l’égard du premier, était particulièrement malhonnête. Le contenu du dossier ne trahissait que fort peu la couverture. Passons sur le texte de Jean-François Kahn, expliquant ce que devrait être un saint pour l’Eglise catholique. Plus sérieusement, les articles de Jean-Louis Schlegel et de Henri Tincq confirment plusieurs aspects de la question Pie XII : la simplification des faits historiques, la position moraliste (on ne commentera pas la position de M. Schlegel considérant que le pape aurait dû se sacrifier lui-même), l’hostilité des milieux progressistes et leur rôle moteur dans les attaques en France et bien sûr l’animosité sans pareille à l’égard de Benoît XVI.

Le 12 janvier, le site de Marianne publie un texte de Roland Hureaux, chroniqueur régulier du journal, qui s’oppose à la prise de position du dossier du 2 janvier. On ne peut bien sûr que s’en féliciter, d’autant plus que le ton est modéré, le propos mesuré.

Le cœur de l’argumentation se situe au niveau de la notion et de la réalité de responsabilité dont est dépositaire un chef d’Etat. C’est en effet une des clefs de compréhension de l’attitude de Pie XII. Combien de fois faudra-t-il rappeler que le pape vit dans un monde à feu et à sang, dans lequel les massacres se succèdent, sans aucun respect de la dignité et de la vie de l’être humain ? Comment peut-on faire une analyse historique en oubliant le contexte de l’époque étudiée ? La parole d’un souverain pontife n’est pas anodine, les conséquences de l’affaire dite du discours de Ratisbonne sont là pour le montrer.

Le portrait tracé de Pie XII prend en compte son opposition au national-socialisme, son rôle dans la rédaction de Mit brennender Sorge, la faible influence de son anticommunisme dans sa position à l’égard de l’Allemagne nazie, et sa lucidité face à Hitler et aux dangers de son idéologie criminelle.

Et surtout Roland Hureaux replace le pape dans son univers catholique, qui lui permet de saisir la nature démoniaque de Hitler et la nécessité de la lutte. Mais il est le pape et il est responsable de la vie de millions d’êtres humains.

Enfin, le rôle des milieux progressistes, dans les attaques contre Pie XII comme dans l’amalgame entre Tradition et nazisme, est repris et finement présenté.

Roland Hureaux s’oppose à l’argument de la question interne à l’Eglise que constituerait le procès en béatification de Pie XII. Nuançons le propos. C’est une question interne. C’est seulement le contenu historique de la question Pie XII qui appartient à tous.

Quoi qu’il en soit, cet article laisse espérer que l’outrance des attaques du mois de décembre réveillera les consciences les plus posées. Rappelons que le livre de Cornwell motiva la rédaction de nombreuses études sérieuses qui l’ont poussé à se rétracter. Peut-être assisterons-nous bientôt à un mouvement analogue.

Lire la tribune sur le site de Marianne

3 réflexions au sujet de « Marianne et Pie XII »

  1. joachim

    Merci pour votre blog qui contribue à rétablir la vérité historique et à Roland Hureaux qui a le courage de ses opinions en prodiguant des arguments très justes.

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  2. Despointes

    Scandalisé dans un premier temps par l’article de J.F. Khan, j’ai vite compris que ce texte était superficiel, léger et sans rigueur intellectuelle, concernant le contexte historique. J’ai lui ai cependant écrit pour lui rappeler certaines vérités notamment sur la date de l’encyclique Mit Bremender Sorge. Bien évidemment, J.F. Khan s’est bien gardé de me répondre…

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