Cardinal Vingt-Trois : « Dire que Pie XII n’a rien fait pour les Juifs est aberrant »

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France était hier l’invité de Guillaume Tabard dans le Talk Orange – Le Figaro. « Il ne s’agit pas d’une béatification (du pape Pie XII). Le pape a ouvert une voie pour que ce soit possible un jour, ce qui supposerait un miracle reconnu » a-t-il déclaré. Verbatim de l’émission.

Concernant l’accord donné par Benoit XVI pour une béatification du pape Pie XII

« Je suis devant un fait. Le Pape a pris une décision. Je suis solidaire de cette décision. Il ne s’agit pas d’une béatification. Il n’a pas signé le décret de béatification du Pape Pie XII… Il a ouvert la voie pour que ce soit possible un jour, ce qui supposerait qu’il y ait un miracle reconnu, ce qui n’est pas le cas. Nous sommes dans un calendrier indéfini. Donc il ne faut pas faire la confusion que j’ai entendue trop souvent, qui est de dire que Benoît XVI a décidé de béatifier Pie XII. ».

Concernant l’attitude du pape Pie XII pendant la seconde guerre mondiale

« Il y a une projection anachronique dans la manière de juger Pie XII pendant la guerre. On juge ce qu’il a fait ou n’a pas fait en fonction de nos critères d’aujourd’hui. Or ce n’était pas du tout les critères de l’époque. Il est intervenu à plusieurs reprises. Je pense en particulier à son message de Noël 1942 où il parle directement de l’extermination progressive qui touche un certain nombre de centaines de milliers de personnes innocentes pour des raisons de nationalité et de race. (…) Que peut-être, on puisse estimer qu’il y aurait eu d’autres manières d’agir possibles, ça, c’est toujours légitime. Dire qu’il n’a rien fait, ou prétendre que les 5000 Juifs romains qui ont été épargnés dans la rafle de juin 1944 l’ont été à son insu, c’est complètement aberrant. (…) Il y a une espèce de fixation névrotique dans ce cas-là, on veut à tout prix en faire une caricature… »

Faut-il ouvrir les archives du Saint-Siège, comme le réclame Israël ?

« Bien sûr. L’ouverture des archives ne fait aucun problème de principe, c’est une question pratique, il y a 6 millions de documents à préparer pour les mettre à la disposition des historiens. Il ne faut pas non plus rêver sur les archives… s’imaginer toujours que dans le dernier tiroir de archives, il y aura l’information qui a toujours été cachée, ça fait partie des mythes du Da Vinci Code. Les archives ne pourront pas livrer ce qui n’a pas existé. »

« Un certain nombre de gens, au mépris de tous les critères de vérité, décident de se payer le pape. »

Voir la vidéo : cliquez ici

4 réflexions au sujet de « Cardinal Vingt-Trois : « Dire que Pie XII n’a rien fait pour les Juifs est aberrant » »

  1. jdum

    Je me pose la question suivante à propos des impératifs de prudence dont on fait état pour justifier les silences de Pie XII pendant la shoah : a-t’il donné instruction – ne serait-ce que de façon confidentielle –au clergé ou au moins à l’ensemble de sa haute hiérarchie d’aider les juifs ?
    N’est-ce pas là une question fondamentale ?
    Est-ce une erreur de penser qu’une telle démarche faite dans la discrétion n’était pas nécessairement dangereuse ?
    Si cette démarche a été entreprise, pourquoi ne pas en faire état dans les débats actuels pour les clore ?
    Si cette démarche n’a pas été entreprise, comment le justifier simplement ? Une telle directive apparaîtrait bien plus convaincante que la liste d’actions de protection de juifs de Pie XII, qui ne peut de toute façon suffire en regard du rôle et des moyens de l’Eglise et surtout des exigences de son apostolat ?

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  2. Vincent

    -« Dans ce dossier le métropolite ukrainien Sheptytsky fit la même déclaration et usa des mêmes expressions que les évêques français, belges et hollandais, comme si tous avaient reçu les mêmes instructions du Vatican. »
    Dr Frederic, fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. Document No. CXLV, a-60, Archives of the Centre de Documentation juive, Paris; quoted in Philip Friedman, Their Brothers’ Keepers, New York, Crown, 1957, p. 212.
    (Compte-rendu de la protestation du métropolite contre le traitement réservé aux Juifs).

    -« Une propagande insidueuse exploite les différences de conceptions entre les gouvernements allemand et italien concernant la solution apportée au problème juif. La problématique est la suivante : en premier, la pertinence des mesures appliquées ; et en second lieu, leurs conceptions chrétiennes et catholiques en tant qu’inspirées par le Vatican. »
    Colonel SS Helmut Knochen, Quoted in Leon Poliakov and Jacques Sabile, Jews Under the Italian Occupation, Paris, Editions du Centre, 1955,p. 96.

    – « Cette aide directe donnée par le pape en tant qu’évêque de Rome aux juifs persécutés, fut l’expression symbolique d’une activité qui s’est déployée à travers toute l’Europe, encourageant et promouvant les efforts manifestés par les Eglises locales catholiques dans la majorité des pays. Il est certain que des instructions secrètes furent données par le Vatican, exhortant les Eglises locales à intervenir en faveur des Juifs. »
    Leon Poliakov, « Le Vatican et la question juive, » Monde juif, December, 1950; quoted in Duclos, op. cit., pp. 191-192.

    Cf aussi les archives nazies déterrées au siège de la Stasi, et en partie publiée par la « Reppublica » en mars 2007 : « Pie XII aide les Juifs » etc.

    => Les situations divergeaient tellement d’un pays occupé à l’autre qu’il était rigoureusement impossible de donner des instructions et une politique uniforme qui auraient eu la même efficacité pour tous : la situation de la Pologne occupée n’avait rien à voir avec celle de la France occupée etc. Dans une situation, une protestation publique entraine une aggravation des persécutions (Hollande, Pologne) ; dans d’autres cas, elle parvient à faire cesser les déportations (Hongrie, Roumanie). Le but de Pie XII était d’aider dans la mesure du possible les persécutés, et non d’exciter davantage la furie des nazies.
    D’autres part, si selon certains un vague blabla est plus convaincant que l’action proprement dite de sauver concrètement des Juifs, cette position est très contestable. Je doute que ceux qui furent sauvés par l’action de Pie XII y souscrivent.
    J’aimerais aussi savoir ce qu’on appelle « les moyens du Vatican ». Si qq’un à des infos précises sur le nombre de divisions blindées du Vatican, ça nous intéresse. En tous cas Staline était pas au courant de leur existence.

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  3. jdum

    Merci pour vos informations.

    L’affirmation que vous citez -« Il est certain que des instructions secrètes furent données par le Vatican, exhortant les Eglises locales à intervenir en faveur des Juifs. »- répond parfaitement à ma question. Mais pourquoi ne mentionne-t’on pas ces instructions secrètes dans les débats actuels?

    J’espère aussi que vous comprenez que mon expression « les moyens du Vatican » concerne son autorité sur l’ensemble des évêques et non ses hypothétiques divisions et que les instructions dont il est fait mention plus haut sont tout sauf du « blabla ».

    Et enfin, les actions de Pie XII en faveur des juifs sont évidemment magnifiques mais on aurait aimé que l’ensemble de l’Eglise fasse de même.

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  4. Vincent

    C’est ce qu’affirme Léon Poliakov dans la suite de la citation : « expression symbolique d’une activité qui s’est déployée à travers toute l’Europe, encourageant et promouvant les efforts manifestés par les Eglises locales catholiques dans la majorité des pays. »
    Nous ne disons pas que l’Eglise fut exemplaire en toutes circonstances : il y eut des insuffisances, des défaillances, et même des trahisons, mais ainsi va la réalité, qui est toujours très nuancée (c’est l’objet de l’Histoire en tant que science de bien exposer toutes les nuances, contrairement à l’histoire en tant que simple idéologie), et certains verront toujours le verre au dixième vide et diront : « voilà la vérité, le verre est vide », mais il ne s’agit que d’une partie de la vérité. Certains diront par ailleurs en réaction : non, la vérité, c’est que le verre est plein » : ils osculteront le dixième vide et ne montreront que les neuf dixièmes pleins ; mais il ne s’agit aussi que d’une partie de la vérité.

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