Pie XII, les raisons de l’histoire

Un livre qui prend la défense de Pie XII

Notre site s’est fait l’écho du livre publié en juin dernier par Giovanni Maria Vian, intitulé  »In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia » (blog du 28 juillet 2009). Les « détracteurs » de Pie XII y voient immédiatement un travail panégyrique. En effet, l’ouvrage rassemble plusieurs textes, tous en faveur de Pie XII, dont plusieurs de Benoît XVI lui-même, rassemblés par le directeur actuel de  »l’Osservatore romano ». Le titre résume, à lui seul, l’esprit et le contenu puisqu’il évoque « la défense de Pie XII ». Pourtant, la lecture des textes ici présentés conduit à donner une autre version. En effet, si les analyses vont toutes dans le sens de la défense du pape Pacelli, elles n’en demeurent pas moins extrêmement rigoureuses, respectant à la lettre les grilles de lecture scientifiques.

Le but du livre, relativement court (167 pages) est avant tout de comprendre Pie XII en le replaçant constamment dans l’époque qui a été la sienne. C’est la raison pour laquelle les auteurs ne se contentent pas du problème posé par son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. On ne peut réduire l’œuvre du pape aux cinq années du conflit, aussi essentielles soient-elles, alors que son règne dure près de vingt ans. On risquerait en outre de s’intéresser uniquement aux aspects politiques, ce qui est insuffisant quand on parle du chef de l’Eglise catholique. On doit se féliciter de cette démarche globale. Le principal fil conducteur du livre se situe dans la remise en cause des images négatives sans cesse colportées sur Pie XII.

Les auteurs se plaisent à démontrer l’inanité des critiques à propos de son attitude pendant la guerre, mais aussi celles faisant du Vatican une officine des Etats-Unis. En effet, accusé d’être pronazi pendant la guerre, Pie XII se voit ensuite reprocher son soutien au combat mené par Washington contre le communisme pendant la Guerre froide. Or, si l’Eglise condamne en 1949, une nouvelle fois, le communisme, via un décret du Saint-Office, le Vatican ne demeure pas moins étranger à l’alliance occidentale, élaborée au nom d’un libéralisme qu’il condamne toujours. Les relations entre les Etats-Unis et l’Eglise sont loin d’être simples et claires. De même, la très grande modernité de Pie XII est bien mise en lumière par Rino Fisichella et Gianfranco Ravasi.

Leurs deux contributions décrivent un homme pleinement intégré dans son temps, utilisant sans aucun problème les techniques les plus modernes, y compris dans sa vie quotidienne et de travail. Avec la plus grande ouverture d’esprit, il s’intéresse à la science et aux nouveautés technologiques. C’est lui qui donne une impulsion majeure au dialogue entre la science et la théologie, qui approuve la décolonisation et en saisit les enjeux, qui exalte le rôle social de la femme et même du sport (lui qui apparaît si éloigné de « l’athlète de Dieu » !). En vérité, il convient de relire ses 43 encycliques ( !) pour se rendre compte combien a été forte son influence sur les travaux du concile Vatican II.

On ne peut plus douter de la stupidité de la thèse opposant le conservateur Pacelli aux modernes Roncalli et Montini, alors même que Paul VI n’a cessé de défendre la mémoire et l’œuvre du pontife dont il fut l’étroit collaborateur. Le manichéisme n’est pas historique. Pour Giovanni Maria Vian comme pour Andrea Riccardi, la responsabilité de la « légende noire » sur Pie XII incombe largement au communisme, à l’URSS, à ses agents et autres idiots utiles. Comment a-t-on pu passer d’une popularité immense, qui n’est pas sans rappeler celle de Jean-Paul II, du vivant et à la mort du pape Pacelli, à la campagne actuelle, calomnieuse, et en réalité déstabilisatrice pour l’Eglise ? Il s’est bien agi de décrédibiliser Pie XII et l’Eglise en les associant au nazisme et à la Shoah, en suivant les bonnes recettes de l’instrumentalisation de l’antifascisme. Avec une profonde connaissance de la diplomatie pontificale, Andrea Riccardi rappelle qu’elle suit des cycles, alternant confrontation et apaisement à l’égard des régimes totalitaires. Et on ne peut que se féliciter de lire qu’ «  »il existe un « silence » de Vatican II sur le communisme, comme il y a des atténuations à cet égard dans les paroles du pape » [Paul VI]. » (p.68)

La contribution, solidement construite, énergique et dense, du cardinal Bertone est intéressante à plusieurs égards. D’abord parce que c’est une analyse faite par un lointain successeur de Pacelli dans la charge de secrétaire d’Etat, ensuite parce qu’il insiste sur la faiblesse des pourfendeurs réclamant l’ouverture à corps et à cris des archives vaticanes qu’ils n’exploitent pas quand elles le sont (comme c’est le cas pour le Bureau d’information du Vatican sur les prisonniers de guerre…p.144), et enfin parce qu’il rappelle que la cause de la béatification est «  »de la compétence exclusive du Saint-Siège » », p.147. En fin de compte, c’est un livre fort utile que celui de Giovanni Maria Vian, qui fournit connaissances et pistes de réflexion sur un pape que les raisons de l’histoire conduisent à défendre. Giovanni Maria Vian,  »In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia », Venezia, Marsilio editori, 2009, 167 pages, 13,00 €

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