Soeur Pascalina et Pie XII

Un livre publié en Italie et traduit de l’allemand revient sur la personnalité de Soeur Pascalina, religieuse incontournable dans la vie de Pie XII

Ceux qui s’intéressent à la vie et à l’œuvre de Pie XII connaissent forcément Sœur Pascalina. Elle est un personnage incontournable de toute biographie du pape Pacelli, tant elle a joué un rôle important dans sa vie. Mais la connaît-on vraiment ?

Les éditions italiennes San Paolo publient une traduction du livre de l’historienne allemande Martha Schad, intitulée La signora del Sacro Palazzo. Suor Pascalina e Pio XII, (La dame du sacré palais. Sœur Pascalina et Pie XII). Ce travail, élaboré à partir de l’historiographie de langue allemande et de recherches en archives dans les diocèses allemands, s’avère particulièrement riche. Il explore plusieurs domaines et nous permet de mieux saisir la personnalité de cette femme de l’ombre et de l’homme au service duquel elle a voué sa vie. Le livre est construit par période. Il débute sur la jeunesse de la jeune Josefine Lehnert et son entrée dans la vie religieuse, avant de très rapidement se consacrer aux années de la nonciature à Munich et à Berlin. Ensuite, il nous entraîne dans le Vatican de Pie XI et de Pie XII pour finir sur les années postérieures à 1958. Il est certain que les chapitres allant de 1917 à 1958 sont les plus passionnants, même si les autres ne sont pas dépourvus d’intérêt, loin de là. La lecture en est facile et agréable.

En 1917, Sœur Pascalina rencontre Eugenio Pacelli, qui vient d’être nommé nonce à Munich. Elle ne le quittera plus. Seule la mort du souverain pontife, en 1958, met un terme à leur relation. C’est peu dire que Sœur Pascalina compte dans la vie de Pie XII. Dès le séjour en Bavière, elle gère les affaires domestiques de la nonciature. Il en est de même à Berlin, puis au Vatican, de la Secrétairerie d’Etat jusqu’à l’appartement privé du pape. D’une efficacité remarquable, servie par des qualités de gestionnaire hors pair, elle soulage Pacelli des tâches du quotidien et permet à ce bourreau de travail de se consacrer entièrement à son activité harassante. Leur proximité n’en est que plus forte. Sœur Pascalina bénéficie de la confiance complète de Pacelli et elle est l’unique personne à pouvoir entrer dans son bureau librement. Lorsque la santé du pape commence à se dégrader, elle veille à l’entourer d’une atmosphère de calme et de quiétude, allant jusqu’à filtrer les personnes demandant audience. Un épisode est particulièrement éclairant. Il se situe en 1925. Sœur Pascalina est victime de critiques virulentes, venant sans doute de l’entourage du nonce. Elles atteignent de telles proportions que la supérieure du couvent d’Altönttig envisage de la rappeler. Pacelli monte alors au créneau et prend la défense de Sœur Pascalina, en notant que son départ jetterait « la nonciature dans la plus totale confusion, autant en ce qui concerne la gestion quotidienne que l’administration financière. » Comme le note Martha Schad, Sœur Pascalina n’est plus seulement une domestique, mais « gouvernante, secrétaire privée et administratrice. » Pacelli s’appuie sur elle avec la fascination que peut éprouver un homme aussi spirituel que lui pour la vitalité de cette femme.

Cette proximité avec Pacelli suscite, on s’en doute, bien des jalousies. Les conflits sont nombreux, notamment avec Elisabetta Pacelli, la sœur du pape. Il est vrai que le caractère entier de la religieuse n’arrange pas les rapports avec le reste de l’entourage. La confiance dont elle se sait investie, le rôle joué dans la vie quotidienne de Pacelli, et le poids de l’âge accentuent son caractère intraitable, sa volonté de pouvoir, sa rigidité. Pour autant, Pie XII lui témoigne jusqu’à la fin son attachement. Par conséquent, elle exerce une influence. Non pas sur les décisions du pape dont elle est exclue mais sur son accessibilité. Les cardinaux Spellman et Faulhaber ne s’y trompent d’ailleurs pas en cherchant à s’en faire une amie…

Les pages consacrées à la guerre ne manquent pas d’intérêt. Martha Schad s’inscrit dans le courant de défense de Pie XII en reprenant les principales actions en faveur des persécutés mais sans vraiment entrer dans le fond des polémiques. Par contre, on apprend beaucoup sur l’activité caritative de Sœur Pascalina pendant le conflit mais aussi après. Chargée par Pie XII de la gestion de son entrepôt privé, elle s’en sert pour dispenser tout le ravitaillement nécessaire aux couvents envahis de réfugiés, aux civils affamés, à Rome comme en Allemagne après 1945. Toujours active, elle n’hésite pas à prendre le volant d’un camion pour porter de la nourriture à un couvent de Rome. Couverte de distinctions honorifiques après la guerre, elle quitte le Vatican à la mort du pape, mais reste dans la Ville Eternelle auprès du Séminaire Pontifical nord-américain. Elle se consacre dès lors à la défense de la mémoire de Pie XII et fait partie des groupes poussant à l’ouverture de son procès de béatification. Elle assiste, dans les années 1960-70, à la dégradation de l’image du défunt pontife, à la suite des calomnies colportées par la pièce d’Hochhuth. Elle meurt en 1983. Le cardinal Ratzinger assiste à ses funérailles. C’est à un voyage au cœur du quotidien du Vatican que nous conduit le livre de Martha Schad. Il nous permet de mieux connaître cette femme de l’ombre et les liens très forts qui l’ont unie à Pie XII. On ne peut qu’espérer une traduction française.

Martha Schad, La signora del Sacro Palazzo. Suor Pascalina e Pio XII, Milano, San Paolo Edizioni, 2008, 272 pages, 18 Euros

3 réflexions au sujet de « Soeur Pascalina et Pie XII »

  1. dupont

    La Popessa est un livre, sans complaisance, traduit en français sur Soeur Pascalina. Les auteurs : Murphi et Arlington. Le pape Pie Xll et Soeur Pascalina en sortent grandis. Un épisode croustillant : la gifle (réelle) que donna Soeur Pascalina au cardinal Tisserand, qui lui était un drôle de coco !

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  2. boule

    Cinq années aprés sa mort on oublie le rôle joué par pie XII dans la construction européenne.Le traité de Rome ne s’est pas fait là par hasard .La conscience qu’avait le pape que l’union européenne était indispensable pour être en état de faire face au bloc des pays soviétiques, issus de la guerre,a été le catalyseur de la construction européenne.

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