Summi Pontificatus de Pie XII : Actualité (2/2)

L’analyse de l’encyclique Summi Pontificatus a mis en exergue l’actualité de ce texte. Suite et fin de l’étude menée par le père Eric Iborra sur cette lettre du pape Pie XII.


Les propos de Pie XII dans sa 1ère encyclique me paraissent être d’une étonnante actualité pour éclairer tant l’état de notre société que celui des relations internationales.

  • § 1 – L’ordre social

    a) La mentalité moderne

Le tableau qu’il dresse des mentalités de son époque vaut encore davantage pour nous quand il parle d’un monde plongé dans le culte des biens passagers qui s’égare toujours plus dans la froide recherche d’idéals terrestres, monde qui se détache de la foi au Christ et plus encore de la reconnaissance et de l’observation de sa loi, un monde pour qui la doctrine d’amour et de renoncement du Sermon sur le Montagne et le divin témoignage rendu sur la croix apparaissent comme scandale et folie, bref un monde en passe de devenir hédoniste. Et le pape de s’interroger : Quelle époque fut plus que la nôtre tourmentée de vide spirituel et de profonde indigence intérieure, en dépit de tous les progrès d’ordre technique et purement civils ?

    b) La responsabilité de l’Etat

La diffusion de cet état d’esprit tient d’abord à une propagande plus ou moins favorisée par l’Etat : Beaucoup peut-être, en s’éloignant de la doctrine du Christ, n’eurent pas pleinement conscience d’être induits en erreur par le mirage de phrases brillantes qui célébraient ce détachement comme une libération du servage dans lequel ils auraient été auparavant retenus ; ils ne prévoyaient pas davantage les amères conséquences de ce triste échange entre la vérité qui libère et l’erreur qui asservit ; et ils ne pensaient pas qu’en renonçant à la loi infiniment sage et paternelle de Dieu (…) ils se livraient à l’arbitraire d’une pauvre et changeante sagesse humaine ; ils parlèrent de progrès alors qu’ils reculaient ; d’élévation alors qu’ils se dégradaient ; d’ascension vers la maturité, alors qu’ils tombaient dans l’esclavage. Comment ne pas voir dans cette description un portrait du désarroi de notre époque, notamment en matière éthique !

Mais la responsabilité de l’Etat est également engagée lorsque celui-ci s’arroge le monopole d’éduquer la jeunesse. Pie XII dénonce l’idéologie laïciste qui reproche à l’Eglise, soupçonnée d’ébranler les montants de l’autorité civile ou d’usurper ces droits, de tenir les peuples sous sa tutelle : ce n’est pas à elle, qui a civilisé les peuples, qu’on reprochera d’avoir retardé l’humanité dans la voie du progrès, dont au contraire elle se félicite et se réjouit avec une maternelle fierté. Il souligne que cette idéologie finit par se retourner contre la société car elle détruit la moralité de l’homme, en particulier celle des jeunes : un système d’éducation (…) qui fermerait à la jeunesse le chemin qui mène au Christ (…), qui considérerait l’apostasie du Christ et de l’Eglise comme symbole de fidélité à tel peuple ou à telle classe, prononcerait, ce faisant, sa propre condamnation et expérimenterait, le moment venu, l’inéluctable vérité des paroles du prophètes : ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans le sable (Jr 17, 13). On l’a bien vu avec le délitement moral et les dérives mafieuses qui secouent le monde post-soviétique.

Face à toutes ces menaces, hier franches et brutales, aujourd’hui plus sournoises et insidieuses, le pape rappelle la nécessité du témoignage : combien qui, dans les jours de tranquillité et de sécurité, se comptaient au nombre des disciples du Christ, mais qui à l’heure où il faut persévérer, lutter, souffrir, affronter des persécutions cachées ou ouvertes, deviennent victimes de la pusillanimité, de la faiblesse, de l’incertitude et, pris de terreur en face des sacrifices que leur impose leur profession de foi chrétienne, ne trouvent pas la force de boire le calice amer des fidèles du Christ.

  • § 2 – L’ordre international

    a) La fraternité universelle et le rôle des nations

A l’heure du débat sur l’Europe, il est bon d’entendre ces paroles lumineuses : Les nations en se développant et en se différenciant selon les diverses conditions de vie et de culture, ne sont pas destinées à mettre en pièces l’unité du genre humain, mais à l’enrichir et à l’embellir par la communication de leurs qualités particulières et par l’échange réciproque des biens, qui ne peut être possible et en même temps efficace que quand un amour mutuel et une charité vivement sentie unissent tous les enfants d’un même Père et toutes les âmes rachetées par un même sang divin. Ainsi la mise en garde d’hier vient éclairer l’erreur symétrique d’aujourd’hui. Le but de l’Eglise, poursuit-il, est l’unité surnaturelle dans l’amour universel senti et pratiqué, et non l’uniformité exclusivement extérieure, superficielle et par là débilitante. Une remarque qui vaudrait pour notre mondialisation par exemple. Quant au débat sur nos racines, il est éclairé par ces paroles : seul le Christ est la pierre angulaire sur laquelle l’homme et la société peuvent trouver stabilité et salut.

    b) Les relations internationales

Car s’il est vrai que les maux dont souffre l’humanité d’aujourd’hui proviennent en partie des déséquilibres économiques et de la lutte des intérêts pour une plus équitable distribution des biens que Dieu a accordés à l’homme comme moyens de subsistance et de progrès, il n’en est pas moins vrai que leur racine est plus profonde et d’ordre interne : elle atteint en effet les croyances religieuses et les convictions morales. Ce qui, mutatis mutandis, éclaire la situation actuelle à l’échelle du globe. La charité ordonnée ne peut exclure l’universalité de la charité chrétienne qui enseigne à considérer aussi les autres et leur prospérité dans la lumière pacifiante de l’amour.

CONCLUSION

En écho à l’encyclique Spe salvi de Benoît XVI, on peut encore citer ces lignes de Pie XII : Peut-être est-il permis d’espérer que cette heure de suprême indigence sera aussi une heure de changement d’idées et de sentiments pour beaucoup. (…) Les angoisses du présent sont une apologie du christianisme (…). Du gigantesque tourbillon d’erreurs et de mouvements antichrétiens ont mûri des fruits si amers, qu’ils en constituent une condamnation dont l’efficacité surpasse toute réfutation théorique. Puisse-t-il être aujourd’hui entendu !

Père Eric IBORRA

Le père Eric Iborra est vicaire de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile à Paris. Il enseigne à l’Ecole cathédrale.

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