Pie XII n’a pas kidnappé d’enfants juifs !

Nous avions déjà évoqué cette polémique dans différents articles (cf. Rubrique « Polémiques »). En voici un nouveau écrit par Jean-Claude Leclerc qui évoque la mise à jour de documents exceptionnels par l’historien canadien Michael Marrus.


Non, Pie XII n’a pas kidnappé d’enfants juifs. L’historien canadien Michael Marrus a découvert, en Israël, des archives révélant l’existence de réunions tenues, peu après la Deuxième Guerre, entre le Vatican et le Congrès juif mondial.

D’aucuns accusaient le pape d’avoir refusé de rendre aux juifs ces enfants que des catholiques avaient sauvés des camps nazis.

Dès la fin de la guerre, le Congrès juif tente de retrouver les enfants qui ont survécu à l’holocauste. Chaque enfant est d’autant plus précieux que la communauté juive d’Europe a presque totalement été détruite. Combien d’enfants durent leur survie aux familles et aux institutions qui les ont secrètement cachés? On ne le sait au juste. Mais il est certain que des familles catholiques en ont fait baptiser et les ont éduqués comme leurs enfants.

Pie XII lui-même participe aux réunions avec des dirigeants du Congrès juif. Le pape veut savoir combien d’enfants sont sous la garde de catholiques et où ils se trouvent. Dans le chaos qui règne en Europe, les délégués juifs ne le savent pas trop. Les rencontres sont néanmoins cordiales. Isaac Herzog, le grand rabbin de Palestine (Israël n’existe pas encore), discute même de théologie avec Pie XII. Le pape se montre sympathique à la mission du Congrès. Il donne à Herzog la permission d’invoquer l’appui du Vatican s’il rencontre quelque résistance chez les catholiques en tentant de retrouver ces enfants. Bien que le Congrès souhaite une déclaration publique du Vatican, ses représentants n’en font toutefois pas la demande.

Les dirigeants juifs sont conscients du problème que posent à Pie XII les enfants baptisés. Pour les sauver, en effet, des parents juifs ont consenti au subterfuge. Au cours des années, ces enfants seront élevés dans la foi chrétienne. (On l’ignore à ce moment-là, mais le baptême ne sauvera pas le juif découvert par les autorités d’occupation.)

D’après les archives trouvées par le professeur Marrus, les leaders juifs ont par la suite présenté leur mission comme un succès et reconnu que le Vatican avait été d’une grande aide. La découverte jette un éclairage différent sur la question, un des sujets de la controverse douloureuse qui subsiste, un demi-siècle plus tard, entre Rome et les juifs.

Article paru le 7 novembre 2005 (Merci à Francine C.)

3 réflexions au sujet de « Pie XII n’a pas kidnappé d’enfants juifs ! »

  1. Nicolas

    Bonjour,

    je suis impressionné par le parti pris de votre article. Vous omettez de mentionner les faits qui posent question.

    Pour rappel, voici ce le message officiel que le Saint-Siège envoya au nonce apostolique Roncalli (futur Jean XXIII) :

    «Il ne doit pas donner de réponse écrite aux autorités juives et doit bien préciser que l’Église jugera cas par cas; les enfants baptisés ne peuvent être donnés qu’à des institutions qui garantissent leur éducation chrétienne; les enfants qui “n’ont plus de parents” ne doivent pas être rendus et les parents qui auront survécu ne pourront récupérer leurs enfants que s’ils n’ont pas été baptisés»

    La source qui cite ce texte est fiable puisqu’elle se range finalement de votre avis. http://www.30giorni.it/fr/artico... Cependant, bien qu’apologétique, cet article cite ses sources.

    La réalité du terrain se situe certainement à mi-chemin entre la position officielle énoncée dans ce document et votre vision idyllique. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’être profondément choqué qu’un texte officiel émanant du Saint-Siège recommande explicitement que "les parents qui auront survécu ne pourront récupérer leurs enfants que s’ils n’ont pas été baptisés".

    Quel est le genre d’humanité prônée par cette Eglise gouvernée par Pie XII qui empêche les parents survivants des horreurs nazies de récupérer leurs enfants sous le prétexte qu’ils sont baptisés ? C’est absolument incensé !

    Il y a certes matière à un débat historique sur l’application terrain de ce principe édicté par Pie XII, mais encore faut-il en tenir compte dans la présentation que l’on veut faire de la vérité historique.

    Nicolas Baguelin

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  2. syber

    Bonjour, comme ce commentaire est un peu ancien, il est possible que celui qui l’a écrit ne lise pas ma réponse.

    Le problème que vous soulevez est particulièrement douloureux.

    Ce document que vous citez, je le connais bien. En fait, il en manque la première partie qui n’a pas été retrouvée dans le fonds d’archive dont il provient. C’est un document tronqué donc et à prendre avec circonspection.

    Il pose la question des enfants juifs baptisés qui, selon le droit canon de l’époque, devaient être élevés dans le christianisme. Ces enfants ne sont pas restitué à leurs familles qui en font la demande mais certains sauveteurs catholiques, comme le père Roger Braun, se sont émus de ce problème et ont voulu qu’il n’y ait pas d’autres affaires Mortara. Il fallait, selon lui, rendre les enfants au plus vite aux organisations juives.

    Le document que vous citez a été envoyé au nonce en France Mgr Roncalli en 1946 car il y avait des milliers d’enfants cachés dans les institutions catholiques françaises. Il y a eu des baptêmes assez nombreux dans l’après guerre surtout. L’histoire douloureuse des enfants Finaly le montre bien puisqu’ils ont été baptisés en 1948.
    Les sauveteurs catholiques n’avaient plus les coordonnées des familles et il fut assez difficile pour les organisations caritatives juives de retrouver les enfants qui étaient donc bien cachés et protégés et surtout de prouver qu’ils étaient les tuteurs légitimes de ces enfants orphelins.

    Les documents du Congrès juif mondial sont en train d’être étudiés actuellement, dans ce domaine la recherche historique avance beaucoup et elle a besoin de nuances et de prudence avant de tirer des conclusions hâtives.

    C’est donc toute une histoire qui reste encore à écrire.
    Mais effectivement c’est une grave question dont on ne peut parler à la légère.

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