Pie XII dénonce l’antisémitisme !

Florilège non exhaustif de discours et sermons contre le racisme et l’antisémitisme…

Pie XII

¤ Des textes forts qui dénoncent l’antisémitisme…

Rares sont les fois où Pie XII dénonce l’antisémitisme et la persécution contre les Juifs en utilisant les mots « nazis », « Juifs » et « camps de concentration ». Pourquoi ? Pie XII choisit toujours la mesure pour exprimer sa pensée, afin de ne pas compromettre des personnes en particulier et ne pas provoquer de plus vives persécutions. Il emploie ainsi des expressions voisines pour décrire la même horreur. Ces messages et discours sont si précis qu’il n’est nullement possible de se tromper sur le destinataire.

  • Le 6 mars1939, soit 4 jours après son élection, il fait diffuser par le Saint-Office une mise en garde contre la politique antisémite de Mussolini.
  • Le 20 octobre 1939, il publie sa première encyclique, Summi Pontificatus, dans laquelle il défend une doctrine anti-totalitaire et antiraciste, condamnant l’Etat divinisé et réaffirmant l’égalité de tous les hommes et toutes les races devant Dieu. L’encyclique est complètement interdite en Allemagne. Le 9 novembre, un journal juif de Cincinatti, American Israelite, écrit : « En condamnant le totalitarisme, Pie XII a confirmé l’égalité fondamentale des hommes. Cette encyclique souligne l’inviolabilité de la personne humaine et son caractère sacré. » David Dalin ne peut que constater l’impact de l’encyclique en Allemagne : « (elle) était si clairement antiraciste que les avions alliés en larguèrent des milliers de copies sur l’Allemagne, pour y nourrir un sentiment anti-raciste. » (1) Si les journaux européens sont souvent soumis à la censure, le New-York Times du 28 octobre 1938 se fait largement l’écho du texte : « Le pape condamne la dictature, les violeurs des traités et le racisme Dans la première encyclique de son règne, Pie XII dénonce la violation des traités, la ruine de Pologne et la déportation forcée de populations, et il proclame sa détermination à combattre les païens ennemis de l’Eglise, à défendre les droits des individus et des familles contre les abus des dictatures. »
  • « Le Canossa de Hitler », tel est le titre de la Une du New-York Times du 15 mars 1940 ! La veille, « Joachim von Ribbentrop, secrétaire allemand des affaires étrangères, est venu au Vatican pour une visite officielle ». Le journal rapporte qu’à cette occasion, le pape prit la défense des juifs en Allemagne et en Pologne, et que von Ribbentrop quitta l’audience très « abattu ».
  • Lors des mesures prises contre les Juifs par Vichy, Mgr Valeri, nonce apostolique, rencontre le maréchal Pétain, le 16 septembre 1941 : « Le pape est absolument opposé aux mesures iniques qui ont été prises. Et je demande la permission au héros de Verdun de poser la question de savoir si beaucoup de soldats qui sont morts glorieusement pour la France n’étaient pas juifs, et s’il est sûr que le soldat inconnu qui repose sous l’Arc de triomphe n’était pas juif. »
  • Dans son message radiodiffusé de Noël 1942, le pape publie un texte fort où il évoque : « Les centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une extinction progressive. » Le discours de Pie XII est aussitôt traduit clandestinement et diffusé discrètement. Toute personne trouvée en possession de ce texte sera jugée coupable de trahison par les nazis. Pourquoi ? Parce que la dénonciation est d’une clarté exemplaire, le pape allant même jusqu’à parler de « race ». Le New-York Times n’est pas dupe : « Ce Noël, plus que jamais auparavant, le Pape est une voix solitaire déchirant l’assourdissant silence d’un continent entier. » Le reste de l’article évoque le courage du pape et le caractère singulier et exceptionnel de cette intervention. Enfin, il ne méconnaît pas le danger délibérément encouru par Pie XII, du fait de ces paroles fortes.
  • Le 26 juin 1943, Radio Vatican déclare : « Quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu. »
  • En décembre 1943, le Vatican proteste contre la décision du gouvernement italien d’interner tous les Juifs, même les convertis au catholicisme ou les descendants de Juifs. (2)
  • En juillet 1944, Pie XII adresse un appel urgent aux autorités religieuses de Budapest pour intervenir au nom des Juifs de Hongrie : « Ce n’est pas désespéré parce que nous pouvons toujours compter sur les forces du christianisme et de l’humanité en Europe pour résister à la fureur nazie. » (3)

¤ Pie XII aurait-il pu être plus explicite ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que, pour les nazis, les textes de Pie XII étaient on ne peut plus explicites. Tous ceux qui étaient surpris en possession de l’un d’entre eux étaient aussitôt accusés de trahison, au mieux dégradés et emprisonnés, au pire déportés dans un camp de concentration. Sommes-nous meilleurs juges, au XXIe siècle, que les nazis entre 1933 et 1945 ? Il est tout de même paradoxal qu’il soit reproché à Pie XII, des années après sa mort, d’avoir été trop mesuré alors même que les nazis trouvaient ses condamnations trop fermes. Au moment de la parution du radiomessage de Noël 1942, les services secrets du Reich écrivent un rapport dans lequel il montre que la déclaration papale est « dirigée contre le nouvel ordre européen représenté par le national-socialisme. Pie XII accuse virtuellement le peuple allemand d’injustice envers les Juifs. Il s’est fait l’allié et l’ami des Juifs. Il défend donc notre pire ennemi politique, les gens qui veulent détruire le peuple allemand. »

Mais il est vrai que, à plusieurs reprises, Pie XII a choisi de se taire. Aurait-il dû parler plus fort ? Il aurait effectivement pu le faire. Il le savait. Mais avec quelles conséquences pour les Juifs et les catholiques des pays soumis au totalitarisme ? On peut donc le lui reprocher dans l’absolu, mais pas en portant des accusations infondées (germanophilie, antisémitisme, phobie du bolchevisme…). Lorsque le pape demande au Père Pirro Scavizzi de voyager à travers l’Europe pour recueillir des informations sur les persécutions et apporter un message de réconfort, voici le message qu’il délivre : « Dites-leur que le Pape souffre avec eux, il souffre avec les persécutés Si par moments il n’élève pas davantage la voix, c’est seulement pour ne pas causer de pires maux. » (4)

Il va cependant de soi que Pie XII aurait pu condamner avec davantage de fermeté les persécutions dont étaient victimes les Juifs. Mais ce serait oublier tout d’abord que la réalité des persécutions éclata que très tardivement, notamment avec le rapport connu sous le nom de protocole d’Auschwitz. Ce document d’une trentaine de pages est un témoignage de deux juifs échappés d’Auschwitz qui révèlent que 1 785 000 personnes ont été gazées à mort. Rédigé le 22 mai 1944, il ne parvient à la secrétairerie d’Etat qu’en octobre de la même année, soit six mois avant l’armistice, alors que la guerre est à son apogée (ce qui explique le délai entre la rédaction du document et sa réception à Rome).

Ensuite, il convient de rappeler quelle fut la réaction des nazis à la protestation des évêques hollandais : redoublement de la persécution et nouvelles déportations en masse. Si un épiscopat national provoque une telle vengeance, il est facile d’imaginer ce que pourrait entraîner une intervention trop musclée du pape. C’est d’ailleurs ce qu’explique Pie XII devant les cardinaux, en juin 1943 : « Toute parole de notre part à l’autorité compétente, toute allusion publique, doivent être pesées sérieusement et mesurées, dans l’intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre encore plus grave et plus insupportable leur situation, à l’encontre de nos intentions. »

L’historien luxembourgeois Victor Conzemius affirme que les pressions romaines « favorisaient la communauté juive au sens large ». (5) On peut ainsi reprocher à Pie XII sa mesure, mais aucunement de s’être tu. Ribbentrop et Steengracht, ministre et sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères du IIIe Reich, déclarèrent à Nuremberg : « Nous avions des tiroirs pleins de protestations du Vatican. »

(1) David DALIN, Le Mythe du pape d’Hitler, Tempora, 2007
(2) New-York Times, 5 décembre 1943
(3) New-York Times, 15 juillet 1944
(4) Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale – Voir aussi l’ouvrage du père Blet.
(5) Victor CONZEMIUS, Eglises chrétiennes et totalitarisme national-socialiste, 1969

2 réflexions au sujet de « Pie XII dénonce l’antisémitisme ! »

  1. HR

    Claude Lanzman ne semble pas porter Pie XII dans son coeur. Il fait allusion notamment au fait que c’est l’Eglise, qui, sur le continent, était la mieux informée, après Hitler s’entend, de ce qu’il se tramait pour les juifs et autres déportés dans les camps.
    Ce serait probablement naïf également de penser qu’il fallait des mois à un prêtre de Pologne pour faire passer le message au Vatican.
    Alors la Pologne, le Pape, le contexte historique… je voudrais savoir si le Pape savait que des millions de gens mourraient. Que ces gens étaient juifs… et qu’ils étaient jusqu’alors "ennemis" du Christ.
    Merci pour votre réponse.
    HR

    Répondre
  2. Garibaldi

    L’Eglise avait des indices sur l’ampleur et l’horreur des persécutions nazies, c’est une certitude, autrement elle n’aurait jamais déployé et risqué autant d’efforts, sous l’impulsion de son chef, pour sauver des Juifs. Elle était aussi consciente de la réalité des rapports de force et de son extrême fragilité, donc de l’inutilité d’une confrontation frontale qui aurait été inutilement dangereuse et contre-productive. Enfin n’oublions pas que l’Eglise catholique elle-même dut subir des persécutions pendant cette période. La Pologne par exemple peut en témoigner.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *