II. Attitude de l’Eglise en Allemagne face au nazisme (4/4)

Quelle fut l’attitude de l’Eglise en Allemagne face aux crimes odieux des nazis ? Fut-elle la complice ou la victime du régime totalitaire ? Et plus généralement, quelle fut l’attitude de l’Eglise dans les pays annexés par l’Allemagne ?

3) Quelques portraits de catholiques victimes du nazisme.

  • Bienheureux Clemens August von Galen (1878-1946)

Cousin de Konrad von Preysing, évêque de Münster en 1933, il est la figure emblématique de la résistance et de la lutte de l’Eglise catholique contre le nazisme dont, avant même son accession à l’épiscopat, il dénonçait les dérives. Son opposition inlassable, parfois retentissante, au national-socialisme faillit lui coûter la vie. Créé cardinal le 18 février 1946, il mourut le 22 mars suivant.

  • Konrad von Preysing (1880-1950)

Esprit anxieux, à la limite du scrupule, mais déterminé et très courageux, il s’oppose d’emblée au national-socialisme. Evêque d’Eichstätt, puis, en 1935, archevêque de Berlin, il a été dans l’épiscopat allemand – avec son cousin Clemens August von Galen – l’un des tenants d’une politique refusant tout compromis envers le régime, et il a soutenu plusieurs mouvements de résistance. Il fut créé cardinal le 18 février 1946.

  • Michael Faulhaber (1869-1952)

Archevêque de Munich depuis 1917, cardinal en 1921, il est une figure majeure de la résistance des évêques allemands au national-socialisme. Son inlassable action en faveur des juifs persécutés lui a valu de la part des nazis le surnom de Juden Kardinal. Il fut, avec le cardinal Pacelli, le principal collaborateur de Pie XI dans la rédaction de l’encyclique Mit brennender Sorge.

  • Johaness Baptista Sproll (1870-1949)

Evêque de Rottenburg en 1927, il dénonce dès 1928 le national-socialisme montant. Son combat contre le régime culmine en 1936 avec ses homélies contre la religion du sang. Banni de son diocèse par le gouvernement et, ne voulant pas compromettre ses confrères disposés à l’accueillir, il s’exile en Suisse en 1938. Rentré en Allemagne le 12 juin 1945, il reprend le gouvernement de son diocèse deux jours plus tard. Mort en 1949, il fut salué par son clergé comme un « fanal » exemplaire pour l’Eglise.

  • Mgr Piguet

En juin 1944, Mgr Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, est arrêté pour avoir aidé des Juifs. Il est déporté à Dachau où il rencontre et ordonne prêtre le jeune diacre Karl Leisner. En 2001, il reçoit à titre posthume la médaille des Justes par Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France.

  • Benedikt Schmittmann (1872-1939)

Professeur à l’Université de Cologne, Benedikt Schmittmann est un catholique engagé qui n’a de cesse de dénoncer le nazisme. En 1933, sa maison est investie par les Jeunesses hitlériennes, suite à une dénonciation d’un de ses étudiants. Sa femme et lui sont emprisonnés durant cinq semaines. Il choisit cependant de rester en Allemagne pour continuer à lutter contre le national-socialisme. Le 1er septembre 1939, il est arrêté par la Gestapo avant d’être transféré au camp de concentration de Sachsenhausen : le martyre commence. Les SS lui imposent des séances de sport jusqu’à l’épuisement. Schmittmann a 77 ans : il s’effondre. Essuyant les coups et les injures de son gardien, il ne parvient pas à se relever et meurt quelques heures plus tard, à l’infirmerie, non sans avoir auparavant forcé l’admiration de ses codétenus par sa foi vive et ses valeurs chrétiennes.

  • Sainte Edith Stein

Juive allemande convertie au catholicisme, elle devient carmélite et prend le nom de sœur Bénédicte de la Croix. Au lendemain de la protestation vigoureuse des évêques catholiques, le 26 juillet 1942, contre les déportations des juifs hollandais, elle est arrêtée, transférée à Auschwitz le 7 août 1942, avant d’être gazée deux jours plus tard.

  • Bienheureux Bernhard Lichtenberg

Prévôt de la cathédrale de Berlin, le Père Bernhard Lichtenberg organise un véritable réseau de résistance pour venir en aide aux Juifs pourchassés. Il est victime du nazisme et meurt martyr. Il fut béatifié par le pape Jean-Paul II.

  • Bienheureux Karl Leisner

Karl Leisner veut devenir prêtre. L’évêque de Münster lui confie la charge de responsable de la jeunesse diocésaine. C’est alors que la Gestapo le remarque. Pendant les deux semestres à Fribourg, il est ébranlé par de durs combats intérieurs : prêtrise ou mariage et famille ? Il est ordonné diacre le 25 mars 1939. Quelques mois il devrait être ordonné prêtre. Cependant Dieu en décide autrement. Apprenant qu’il est atteint de tuberculose pulmonaire, il part en Forêt-Noire en convalescence. C’est là qu’il est arrêté par la Gestapo le 8 novembre 1939 et transféré au camp de concentration de Sachsenhausen puis à celui de Dachau. C’est alors que l’inattendu se produit : le 17 décembre 1944, au bloc 26, sous danger de mort pour tous les participants, l’évêque français Gabriel Piguet, détenu lui aussi, ordonne prêtre le diacre Karl Leisner presque mourant. Le nouveau prêtre célèbre sa première et unique messe le jour de la fête de saint Etienne en 1944. Il est libéré le 4 mai 1945 et passe ses dernières semaines au sanatorium de Planneg près de Munich. Il n’a plus que deux seules pensées : l’amour et la pénitence. Le 12 août 1945, il meurt dans l’amour du Christ auquel il a cru et qu’il veut annoncer aux hommes. Dernières lignes de son journal : « Bénis aussi, Seigneur, mes ennemis ! » Le 23 juin 1996, le pape Jean-Paul II béatifie celui qui écrivait dans son journal secret, à la date du 16 mars 1945 : « Une chose seulement : ô toi, pauvre Europe, retourne à ton Seigneur Jésus-Christ. C’est là que se trouve la source des plus belles valeurs que tu déploies. Retourne aux sources fraîches de la vraie force divine ! Seigneur, permets qu’en cela je sois un peu ton instrument. Oh, je t’en supplie ! »

  • Abbé Everhard Richarz

Prêtre du diocèse de Cologne, il est nommé en 1938, vicaire à la paroisse Sainte Marie d’Oberhausen. Comme il y a une forte minorité de Polonais dans la Ruhr, il se consacre tout d’abord à l’apprentissage de cette langue. Blessé par les persécutions qui s’enchaîne en Hollande, il décide d’aider au sauvetage des persécutés, en particulier des juifs, et s’y rend régulièrement de nuit. Il finit par être très vite suspecté par les nazis qui le surveillent étroitement, jusque dans la moindre de ses paroles. En février 1939, il est arrêté pour « infraction à la réglementation des changes, sabotage économique, transfert aux Pays-Bas de capitaux de familles juives ». Son calvaire commence : il change souvent de prisons. Il attrape une pneumonie, qui nécessite une hospitalisation d’urgence, puis la tuberculose. Sa famille obtient alors l’autorisation de le ramener chez elle. L’infirmière qui l’accompagne avoue que l’abbé a servi de cobaye aux médecins nazis pour des expériences sur la tuberculose. Le lendemain de son retour, Everhard Richarz meurt, à 37 ans.

  • Robert d’Harcourt (1881-1965)

Fils d’Albert de Mun, ancien combattant, Robert d’Harcourt est germaniste à l’Institut catholique de Paris. Voyageant en Allemagne, il voit la montée du nazisme et publie, en 1936, L’Evangile de la force, Le visage de la jeunesse du IIIe Reich et Catholiques d’Allemagne en 1938, deux ouvrages qui figurent pour cette raison sur la liste « Otto » (interdits par l’occupant). Sachant que son appartement serait perquisitionné dès l’arrivée des Allemands à Paris, il laisse volontairement sur sa table une longue lettre de Pie XII le félicitant de ses travaux sur le nazisme. Il entre dans la Résistance et apporte sa contribution aux Cahiers du Témoignage chrétien. Deux de ses trois fils sont déportés à Buchenwald. Le plus jeune s’engage dans les Forces Françaises de l’intérieur à 17 ans. Après la guerre, il consacre ses efforts à la réconciliation franco-allemande.

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