I. Montée du nazisme (4/4)

Le nazisme est-il d’inspiration chrétienne ? Quelle fut l’attitude de Hitler vis-à-vis des catholiques dans son ascension fulgurante ?

4) Et… concrètement ?

« Minoritaires dans le gouvernement constitué le 30 janvier 1933 et présidés par Hitler, les nazis s’appliquent dans un premier temps à rassurer les forces traditionnelles et à donner à leurs alliés (…) l’illusion d’un proche retour à l’ancien régime. Plaçant son cabinet (Liste de ministres non nazis indiqués entre parenthèses) sous le signe du « redressement national », multipliant les professions de foi légalistes et les références au christianisme, Hitler se présente comme l’homme qui va réconcilier la tradition historique et du Reich impérial et les jeunes forces de la nouvelle Allemagne. Mais en même temps, il prépare soigneusement l’élimination de ses adversaires et l’avènement de sa dictature personnelle. »

Les historiens Berstein et Milza révèlent dans ce texte les nombreuses manipulations de Hitler, « multipliant les professions de foi légalistes et les références au christianisme », afin de garantir une certaine stabilité de gouvernance. Il convient donc de prendre du recul sur tous les propos du dictateur entre le 30 janvier 1933 et 1er août 1934, date à laquelle Hitler prend les pleins pouvoirs, la veille même de la mort du maréchal Hindenburg. Hitler multiplie les promesses, notamment envers les catholiques, pour affermir dans un premier temps son nouveau pouvoir : « Je ne tolèrerai pas de nouveau Kulturkampf , je protégerai les droits et la liberté de l’Eglise. » ; le 1er février 1933, dans son premier discours comme chancelier, il utilise même cette expression : « le christianisme comme le fondement de notre morale, de la famille, la cellule première de notre peuple », qui s’adresse autant aux catholiques qu’aux protestants .

Les élections de mars 1933 donnent 288 députés au parti national-socialiste, soit 44% des voix. Grâce au désistement des 81 députés communistes et au soutien du Centre catholique – Zentrum – à qui il a promis un concordat, Hitler obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans. Dès le mois de juillet suivant, le NSDAP est proclamé parti unique. Le 20 juillet de la même année est signé un concordat entre les catholiques et les nazis. Quelle portée a ce concordat ? A première vue, ce pacte scellé est énorme. De nombreux historiens ont, par cet accord, dénoncé la complicité entre l’Eglise et le nazisme. La réalité est en réalité tout autre.

Il convient tout d’abord de rappeler que les catholiques sont très minoritaires en Allemagne et ont accédé pleinement à la citoyenneté que peu de temps avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ont-ils été favorables au nazisme ? Cette question sera analysée dans le chapitre suivant. Ce qui est certain, c’est que le dictateur les a séduit pour obtenir la majorité. Le concordat fut un leurre en témoignent les persécutions qui s’ensuivirent : syndicats, mouvements de jeunesse et journaux catholiques sont sinon supprimés du moins réduits au silence. Les religieux, dès 1933-1934, sont persécutés, selon la maxime célèbre qui leur est destinée : « Nous ne ferons pas des martyrs mais nous débusquerons des criminels. »

Voici quelques exemples :

– Le 30 juin 1934, lors de la Nuits des long couteaux visant à l’élimination des SA (l’aile révolutionnaire du parti nazi), les SS en profitent pour supprimer les différents responsables catholiques, notamment Eric Klausener, président de l’Action catholique de Berlin, et Adalbert Probst, directeur national de l’Association catholique de la jeunesse. Méprisant la tradition catholique, les nazis incinérèrent leurs corps.

  • En 1936, les nazis inculpent deux cent soixante-dix-sept franciscains sur près de cinq cents environ que compte l’Eglise en, pour atteinte aux moeurs. C’est également à cette époque que les calvaires, les cimetières et tous les emblèmes de l’Eglise sont profanés.
  • En 1937, quatre jeunes filles d’un petite commune appelée Heede an der Ems auraient des apparitions de la Vierge Marie (non reconnues à ce jour par l’Eglise). Les nazis réagissent aussitôt et internent les quatre enfants, cherchant à éteindre une polémique qui menace l’ordre voulu par les nazis : « Ce que nous avons mis quatre ans à construire à grand peine, voici que quatre gamines vont le détruire en un instant », écrit le gauleiter Röver .
  • Au lendemain de la publication de l’encyclique Mit Brennender Sorge, le 14 mars 1937, le régime nazi durcit ses persécutions : prêtres et imprimeurs sont envoyés en camps de concentration. En mai 1937, plus de mille prêtres et religieux sont emprisonnés, en même temps qu’une centaine de catholiques était condamnée.
  • En 1938, les associations d’étudiants catholiques sont dissoutes. Le 4 octobre notamment, les fonctionnaires ont l’interdiction d’appartenir à une organisation confessionnelle.
  • En 1939, à l’aube de la Première Guerre mondiale, les nazis achèvent de dissoudre les dernières organisations catholiques (Quick-born, groupements des ouvriers catholiques…) et supprime totalement toutes les écoles confessionnelles.

Un découpage des persécutions des catholiques par les nazis a été fait par l’historien allemand Ulrich von Hehl. Les trois premières années, les nazis détruisent toutes les structures catholiques afin qu’elles ne puisent rivaliser avec l’idéologie nazie. De 1935 à 1937, le régime nazi porte le combat sur le plan doctrinal en cherchant à devenir lui-même une Eglise. Les deux dernières années précédant la guerre voient un enchaînement des arrestations, des expulsions et des interdictions de prêcher ou d’enseigner.

Il va de soi que, même si certains criminels de guerre se réclamèrent de Luther, considéré comme père du nationalisme allemand et dont les écrits antisémites ont souvent repris par les milieux protestants favorables aux nazis, les Eglises protestantes firent également l’objet de persécutions. Il n’appartient pas à ce dossier de retracer les persécutions contre les protestants, ni la lutte de ces derniers contre le nazisme. Les différentes études réalisées à ce sujet sont nombreuses. Il convient toutefois de donner quelques faits, au vu de ce qui a pu être écrit précédemment sur l’antisémitisme de Luther et afin d’éviter toute confusion voire raccourci simpliste :

  • Soumission obligatoire des principaux chefs d’Eglises protestantes à Hitler.
  • Arrestation de sept cents pasteurs en novembre 1937.
  • En janvier 1938, le ministre nazi Kerrl exige des pasteurs un serment de fidélité à Hitler.
  • Le 22 février 1943, Hans et Sophie Scholl, fondateurs du célèbre mouvement de résistance La Rose blanche, rassemblant catholiques (Karl Muth…) et protestants (les Scholl, Théodor Häcker, etc.), sont sommairement condamnés à mort pour distribution de tracts – quatre jours auparavant – dénonçant les crimes nazis.
  • Le pasteur Dietrich Bonhoeffer appelle dès 1933 à la résistance chrétienne contre le nazisme. Il aura notamment pour disciple François de Beaulieu qui sera condamné pour avoir reproduit et diffusé les sermons du cardinal von Galen et le message de Noël 1942 du pape Pie XII. Après la guerre, François de Beaulieu deviendra pasteur à Paris.

2 réflexions au sujet de « I. Montée du nazisme (4/4) »

  1. Brangolo

    Bonjour, j’ai bien connu le pasteur François de Beaulieu lors de recherches généalogiques, formidable homme, courageux , et d’une humilité incroyable. Nous nous sommes souvent rencontrés à l’Ile aux Moines. Il a été filmé sur France 2 lors d’ une émission relatant la révocation de l’édit de Nantes pour les 5OO ans. Bravo pour votre article. Brangolo.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *